Le kanji de l’année au Japon : 2018, une année sous le signe des catastrophes

La fin de l’année approchant à grands pas, tout un chacun s’adonne à l’effervescence des fêtes et aux espoirs et résolutions de l’année nouvelle qui vient. Dans cet élan unanimement porté vers l’avenir il ne faut pas oublier de prendre du recul et de faire le bilan de l’année qui se clôt.

Au Japon, le 12 décembre dernier, à l’occasion de la journée des Kanji, les japonais ont ainsi joué le jeu de la rétrospection en élisant le kanji qui représentait le mieux l’année 2018.

 

Tout d’abord qu’est-ce qu’un kanji ?

Ce sont des caractères ou idéogrammes importés de Chine au Vème siècle qui permettent d’écrire en partie la langue japonaise. La particularité de ses signes étant que chacun d’eux possède plusieurs lectures possibles et un ensemble de différents sens.

Pour ce qui est de l’élection du kanji de l’année, c’est en 1995 qu’elle a eu lieu pour la première fois. Les propositions et votes sont enregistrés par “The Japan Kanji Aptitude Testing Fondation” dont le but premier est d’organiser des tests d’aptitude en kanji et le 12 décembre, le grand gagnant est annoncé par le prêtre bouddhiste en chef du temple de Kiyomizu à Kyoto, – actuellement le prêtre Seihan Mori – qui va le calligraphier en public pour le révéler à tous, lors d’une cérémonie retransmise à la télévision.

Le kanji choisi est censé représenter l’année qui s’est écoulée mais plus encore c’est l’état d’esprit de la nation qui en transparait avec le souci de toujours concilier les aspects positifs et négatifs des différents évènements. Par exemple le kanji représentant l’année 2017 était celui signifiant “nord” (北, kita) en écho à la menace nord-coréenne qui avait occupé l’opinion publique et les politiques japonaises cette année-là mais aussi pour reconnaitre les efforts de reconstruction et de développement du nord de l’île de Kyūshū dévastée par les intempéries et les succès de l’équipe de baseball d’Hokkaido, la région la plus au nord du Japon. Pour l’année 2011, c’est le kanji “kizuna” (絆), au sens de “lien” qui l’avait emporté, pour représenter la solidarité et l’esprit de partage qui avait gagné la population japonaise à la suite de la catastrophe de Fukushima.

Pour cette année 2018, parmi les 193,214 propositions avancées, c’est le kanji “saï” (災) pour “catastrophe” qui va être retenu. En effet l’année 2018 a été marquée, pour le Japon, par de nombreuses catastrophes naturelles allant des inondations, aux fortes chaleurs en passant par les tremblements de terre et les typhons. Mais pas que. Les catastrophes ont aussi été humaines avec le vol de 6,7 milliards de yen de crypto-monnaie le 14 septembre dernier, ou encore les différents scandales qui ont secoué l’opinion publique avec notamment les révélations de discrimination des femmes dans l’accès à l’université de médecine de Tokyo par exemple, et de falsification de documents touchant à une affaire de favoritisme par le ministre des finances.

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Malgré une année haute en couleurs, symbolisée par ce mot de “catastrophe”, il est intéressant de noter que le kanji arrivant en deuxième position est celui signifiant “paix”. Ces deux mots ne sont au final que les deux faces d’une même pièce, exprimant ensemble l’envie de conjurer le mauvais sort et l’espoir d’une nouvelle année, meilleure, marquée par la paix et le renouveau. En prenant en compte le fait que 2018 est l’année clôturant l’ère Heisei – qui comporte d’ailleurs l’idéogramme 平 (hei/taira) signifiant paix – puisque l’empereur Akihito va abdiquer en avril prochain au profit de son fils, le prince héritier Naruhito, cette ambivalence entre les deux termes prend encore plus de sens. Il est question pour la population de mettre derrière elle toutes les difficultés de l’année écoulée et de les geler en cette fin d’ère pour se tourner toute entière vers les aspirations de paix et de félicité que soutient l’avènement prochain du nouvel empereur. Pour autant, il ne s’agit pas de faire table rase du passé, au contraire, les calamités ont rappelé à tous l’importance d’être prêts et solidaires face à l’adversité et c’est en prenant les leçons de 2018 que va se construire l’année 2019.

“Catastrophe” aura été le mot de l’année pour les japonais. Impliquant tout autant le constat des évènements de l’année passée que la nécessité de désormais prévenir les calamités et d’y faire face, son pendant reste la paix ou tout du moins les espoirs de paix auxquels tous aspirent en période trouble.

Cet état d’esprit est surement loin d’être exclusif aux japonais. Les différentes catastrophes naturelles ou humaines, qu’elles soient politiques ou sociales, ont jalonné 2018 pour nombre de pays asiatiques comme l’Indonésie par exemple, qui encore ce 23 décembre a essuyé un nouveau tsunami, mais, plus largement encore, partout dans le monde. Aussi, si pour beaucoup l’année a été catastrophique, elle prend bientôt fin et il est temps pour tous de se tourner vers 2019 avec espoir et résolution.

Malak Benhamida

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