Matsuri, à Kyoto et à Paris

Le Jidai Matsuri, une célébration à la mémoire du rayonnement de la ville de Kyoto

Le 22 octobre est une date particulière pour la ville de Kyoto puisqu’elle marque la célébration du Jidai Matsuri ou Festival des Ages, l’un des plus important festival de la ville avec le Gion Matsuri.

Sous le règle de l’empereur Kanmu (737/781-806), Kyoto alors appelée Heian-Kyo est édifiée comme capitale le 22 octobre 794, en remplacement de l’actuelle ville de Nara. C’est la pression et l’influence croissante du bouddhisme et des sectes qui y sont liées qui vont contraindre l’empereur, pour s’y soustraire, à changer de capitale. Dès lors Kyoto restera la capitale impériale du Japon jusqu’en 1868 début de l’ère Meiji et de la période de l’Empire du Japon. Edo rebaptisée Tokyo lui succédera.

Le Matsuri Jidai, lui est un festival en l’honneur de la ville de Kyoto. Si l’on peut penser que les Matsuri en général, sont des célébrations anciennes, le Matsuri Jidai est quant à lui une fête relativement récente puisque sa création date de 1895. Destituée de son rôle de capitale, Kyoto conserve néanmoins l’attachement de l’autorité impériale, qui, pour y avoir régner pendant 1074 ans, a à coeur de préserver sa grandeur et son rayonnement. Elle va ainsi mettre en place cet évènement qui sera fêter tous les ans le 22 octobre jour de la création de la ville.

Petit cours d’Histoire en marche à Kyoto

La première édition du Matsuri Jidai va d’ailleurs coïncider avec le 1100 ème anniversaire de Kyoto mais aussi avec l’inauguration du temple Heian-Kyo, ancienne appellation de la ville, qui honore et élève au rang de dieu l’empereur Kanmu, le fondateur et l’empereur Komei (1831/1846-1867) le dernier empereur a y avoir régner, tous deux vu comme des dirigeants ayant réussi à assoir et à consolider l’autorité impériale : sur la religion bouddhiste pour le premier et face à l’effondrement du système féodal du shogunat Tokugawa pour le second, en donnant une unité au pays.

D’ailleurs la célébration du Matsuri Jidai commence au palais impérial, ou un temple portatif appelé Mikoshi est installé permettant aux esprits des deux empereurs de quitter le temple. Le Matsuri Jidai est la seule occasion à laquelle cela peut se produire; de ce fait, le Mikoshi revêt une importante toute particulière. Il va ainsi, après avoir été exposé durant la matinée devant le palais impérial, fermer une processions qui va s’acheminer aux regards de tous, jusqu’au temple Heian-Kyo.

La parade participe bien évidemment à la célébration de la ville, notamment en ce qu’elle met en scène différents personnages historiques ou fictifs de la ville de Kyoto, qu’ils soient dirigeants, seigneurs de guerre, poètes, courtisans, héroïne dramatique ou simples sujets tout au long des différentes périodes qui segmentent l’histoire japonaise et a fortiori l’histoire de Kyoto en tant que capitale. La marche est ouverte par les acteurs de l’ère Meiji et est clôturée par ceux de l’ère Enryaku qui clôt elle même l’époque de Nara (710-794).

Cette marche composée de milliers d’acteurs portant les vêtements traditionnels des différentes périodes de l’histoire célèbre le patrimoine, les arts traditionnels et l’artisanat kyotoite à travers les âges. La reconstitution est poussée jusqu’au savoir-faire utilisé lors de la confection des costumes qui correspondra pour chacun d’eux à celui de l’époque.

Cent vingt-trois ans plus tard, le Matsuri Jidiai reste une célébration particulièrement marquante dans le calendrier festif de l’archipel, tant il permet à tous, un petit retour en arrière et une vision globale historique et artistique sur plus d’un millénaire.

 

A Paris, célébration de la vitalité des cultures régionales au travers des matsuri

Si le 22 octobre est une date particulière durant laquelle Kyoto est hantée par les fantômes de son histoire, en plus des esprits de ses empereurs, cette année Paris a elle aussi été traversée ce 22 octobre par des célébrations japonaises dans le cadre du Grand Matsuri qui a eu lieu au Jardin d’Acclimatation.

Si dans le Pacifique on fêtait les temps anciens, au Jardin d’Acclimatation c’est les différentes régions de l’archipel et leurs célébrations les plus emblématiques qui ont été mises à l’honneur.

Tokushima, Yamanashi, Ichikiwa, Iwate, Goshogawara, Kochi et Nara sont les villes et régions représentées. Il aura bien fallu trois jours (du 20 ou 22 octobre) pour mettre en avant, à toutes, leur principal festival. Si chacun d’eux à bien évidemment ses spécificités, l’ambiance joyeuse, les processions costumées souvent dansantes et chantantes en sont les qualités communes et permettent à tout spectateur de passer un bon moment haut en couleurs.

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Les Tachi-Neputa, des géants de papier et de feu

A l’entrée du jardin trônait fièrement un Tachi-Neputa. Lanterne géante de 12 mètre, celle qui était présentée était loin d’être la plus haute de ses paires puisqu’elle peuvent aller jusqu’à 23 mètres. Ces constructions de bois et de papiers sont fêtées lors du Neputa Matsuri tenu du 4 au 8 aout dans la ville de Goshogawara. Ce festival est en réalité une fête du feu qui découle d’un rite visant à conjurer les forces maléfiques de la ville d’où le visage menaçant des personnages des lanternes. Le festival de Goshogawara n’est néanmoins pas propre à la ville et on le retrouve célébré dans toute la région de Tsugaru. Sa particularité relève en fait de la taille des lanternes qui comme dit plus haut peuvent atteindre les 23 mètre. Ville marchande prospère durant l’ère Meiji, ses nombreux commerçants et propriétaires fonciers, rivalisant de moyens, ils ont fait construire des lanternes toujours plus imposantes pour faire montre de leur richesse.
Aujourd’hui comme à l’époque, la procession se tient de nuit, offrant le spectacle de lanternes allumées aux couleurs encore plus vives accompagnées de tambours de chants et de danses.

Non loin, un Mikoshi était présenté. Ce temple portatif similaire à celui de la parade du Matsuri Jidai est un élément récurent des festivals. Il est le seul moyen donné aux divinités de sortir du temple et permet en cela à tous les participants au festival d’honorer la divinité en le voyant passer. Il est notamment incontournable de tous les festivals liés aux récoltes puisqu’il est souvent question dans ces cas-là de remercier les dieux de la féconde saison agricole.

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Légendes et festivités du Sansa Odori

Le Morioka Sansa Odori est un festival propre à la ville de Morioka dans la préfecture d’Iwate et participe de la mythologie entourant le nom de cette dernière. En effet la légende veut qu’un démon terrorisant les habitants de la ville, le dieu du temple Mitsuishi le vainquit et lui fit promettre de ne jamais plus importuner les habitants en échange de sa liberté. Pour sceller leur pacte le démon posa sa main sur une roche en guise de sceau. Cela va donner son nom à la préfecture d’Iwate, s’écrivant en japonais avec les caractères chinois « roche » et « main ». Les habitants délivrés du démons vont alors se mettre à danser et à chanter autour de la roche. C’est ainsi que nait la danse Sansa et le festival Sansa Odori. Aujourd’hui il est un des plus prestigieux festival de tout l’archipel, notamment en raison du nombre important de joueurs de tambours qu’il comporte, allant jusqu’à le faire entrer dans le Guinness des records pour cette raison (Record de plus large ensemble de jour de tambours du Japon avec 3437 participants en 2014).

 

 

Le On-Matsuri, raffinement des célébrations shintoïstes

Le On-Matsuri est un festival vieux de plus de 880 ans qui prend place dans la ville de Nara.
Une année de forte pluie ayant ravagé les récoltes, le peuple du Japon a dû faire face à la famine. Le premier conseiller de l’empereur implora alors la divinité Kasuga Wakamiya de porter secours eu peuple du Japon et pour l’honorer lui fit construire un temple à cent mètres du sanctuaire Kasuga Taisha qui est le principal temple de la ville. S’en suivit de grandes célébrations qui vont dès lors donner naissance au On-Matsuri. Encore une fois, c’est une parade somptueuse qui caractérise ce Matsuri même si on y dénote l’absence de musique ou de danse. Composée des prêtres et prêtresses, de guerriers et d’acteurs la processions quitte le sanctuaire et fait suite à vingt-quatre heure de prières à huit clôt au sein du temple. Plus cérémonieux et peut être moins populaire, ce festival n’en reste pas moins fastueux et rend compte de l’importance du shintoïsme et des divinités dans le patrimoine japonais puisque près d’un millénaire plus tard cette célébration perdure encore.

 

Awa Odori et Yosakoi, ou comment fêter les morts dans la joie et la bonne humeur

Le Awa Odori est un festival de danse célébré du 12 au 15 aout. Les origines de cet évènement restent floues mais on fait remonter sa première célébration a au moins plus de 400 ans. Si pour certains, elle est le fait d’un prêtre bouddhiste du 10 ème siècle, le prêtre Kuya (903-972), qui non content de seulement chanter ses prière lors de la fête des morts d’O-bon, décide d’y ajouter une danse ; pour d’autres, elle découle d’une fête organisée par un seigneur de Tokushima, ville ou se tient encore ce festival, pour inaugurer son château.

Comme le Sansa Odori de la ville de Moriaka, le Awa Odori a très vite été assimilé aux célébrations liées à O-bon, la fête des morts, durant laquelle les esprits des ancêtres reviennent sur terre pour être honorés par les vivants.

Dynamique et festif il ne tient qu’à tout un chacun d’écouter les paroles des chants de la parade et d’entrer dans la danse : « Celui qui danse est un fou, celui qui regarde aussi ! Si tous deux le sont autant danser et s’amuser ».

Pour rester dans le thème du Awa Odori, il reste encore à évoquer le festival du Yosakoi de la ville de Kochi qui est encore une fois une parade dansante qui se tient du 9 au 12 aout et qui est une variante de la danse du Awa Odori. Encore une fois dynamisme et bonne humeur sont au rendez-vous. Variante récente qui ne remonte qu’à 1954, sa particularité tient aux naruko (sorte de castagnettes) utilisés par les danseurs là ou la danse du Awa Odori se fait à main nu.

 

Le Shingen-ko Festival, le plus grand festival de guerriers en armure

Ce matsuri qui se tient dans la ville de Kofu en avril à cela de particulier qu’il célèbre, un homme, un seigneur de guerre : Takeda Shingen (1521-1573) reconnu pour ses faits de guerres et la bonne administration de sa province au 14ème siècle. Le point d’orgue de la célébration est alors la procession de près de 2000 armures de samouraïs.

 

A Paris il n’était certes pas autant mais plus d’une cinquantaine de volontaires chanceux ont pu s’essayer à la voie du samouraï le temps d’une heure en paradant fièrement en armure.

 

Malak Benhamida

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