19 septembre 1339 : Décès de Go-Daigo, 96e Empereur du Japon

De toute l’histoire du Japon, peu d’Empereurs tentèrent de s’émanciper de l’influence des dynasties shogunales et de prendre le pouvoir temporel. L’AMA vous propose aujourd’hui de revenir sur l’une de ces figures d’exception, l’Empereur Takaharu, ou Go-Daigo.

Historiquement, l’Empereur du Japon est le souverain du royaume de Yamato, l’un des premiers Etats de l’archipel nippon. Au VIIe siècle, le roi de Yamato est reconnu par l’Empire chinois ; l’archipel devient le Pays du Soleil levant (Nihon) et son souverain l’Empereur céleste (Tennō) pour marquer son affiliation à la Chine, perçue comme une référence absolue.

L’Empereur japonais cesse rapidement de se charger des affaires courantes de son royaume : des familles de conseillers et d’administrateurs, puis des clans guerriers remplacent le souverain pour gérer le fonctionnement de l’Etat. Le Tennō se contente d’un rôle symbolique, devenant le chef de la branche shinto du bouddhisme qui prospère au Japon. La continuité de la dynastie impériale, censée remonter à la déesse Amaterasu et à l’empereur fondateur mythique Jinmu, est assurée par ascendance paternelle : tant que le nouvel empereur est directement affilié à son prédécesseur, par lien de sang ou adoption, la pérennité impériale n’est pas en danger.

Takaharu naît le 26 novembre 1288 à Kyoto, capitale et résidence de la cour du Japon. Le contrôle politique revient alors au shogunat de Kamakura, instauré par Minamoto no Yoritomo (1147-1199) à la suite de la Guerre du Genpei. Les shoguns qui se sont succédé depuis gouvernent le Japon depuis la ville de Kamakura, dans la plaine du Kantô ; en effet, ces derniers préfèrent garder leurs distances avec la cour impériale.

Takaharu reçoit une éducation digne de son rang princier. Il est amené à lire et apprendre les classiques de la littérature, dont le Nihon Shoki, les Annales du Japon, qui retrace l’histoire de l’archipel sous l’autorité de ses fondateurs légendaires jusqu’au début du VIIIe siècle. Imprégné de l’histoire de ces souverains, ses ancêtres, qui régnaient directement sur leurs sujets et le royaume, Takaharu se persuade de la nécessité de réduire l’influence et le rôle du Bakufu de Kamakura.

En 1318, conformément à l’accord entre deux branches de la famille impériale, l’Empereur Hanazono (1297-1348) abdique en la faveur de Takaharu. Lorsque son père, l’empereur retiré Go-Uda (1267-1324) cesse définitivement de participer à la vie de la cour, Takaharu est désormais seul sur le trône du chrysanthème. Il a déjà pris plusieurs mesures dans le but de se réapproprier le pouvoir, comme le choix de changer son nom en Go-Daigo (Daigo « postérieur », en hommage à l’Empereur Daigo ayant régné au début du Xe siècle), et l’instauration d’une nouvelle ère (décompte du calendrier).ja

Mon de la dynastie impériale et du clan Minamoto 

L’Empereur entreprend ensuite de gagner les nobles de la cour à sa cause, et à rassembler une armée pour s’opposer au shogun, le prince Morikuni (1301-1333). Cependant, cette première tentative est découverte par le responsable du shogunat chargé de surveiller la capitale. Le complot appelé Shōchū no hen est éventé ; toutefois, Go-Daigo nie son implication, qui n’est pas formellement établie. Il échappe donc à des représailles.

Go-Daigo n’abandonne pas ses ambitions, et échafaude une nouvelle tentative. Celle-ci, passée à la postérité sous l’appellation d’Incident du Genkō, est également découverte en 1331 par le shogunat à la suite d’une trahison. L’Empereur quitte Kyoto avec trésors sacrés, symboles de son pouvoir, et rassemble une armée de partisans. En 1332, le Bakufu assiège et s’empare du château où s’était réfugié l’Empereur ; il est envoyé en exil dans les iles Oki, au large de la province d’Izumo. Il est remplacé par l’empereur Kōgon (1313-1364), héritier désigné appelé à régner en 1328 si Go-Daigo était resté fidèle à l’accord entre les familles princières.

Go-Daigo passe deux ans en exil, avant de s’échapper pour revenir sur Honshu en 1333. Il rassemble une nouvelle fois une armée dans les environs du lieu de son débarquement, où le Bakufu envoie une armée pour rétablir l’ordre. Mais celle-ci est commandée par Ashikaga Takauji (1305-1358) qui choisit de se rallier à l’Empereur et de combattre le shogunat de Kamakura. L’intervention d’une seconde armée emmenée par Nitta Yoshisada (1301-1338), autre partisan de l’Empereur, met définitivement fin au pouvoir shogunal.

Go-Daigo revient à Kyoto et dépose Kōgon, avant de déclarer une nouvelle ère, communément appelée la Restauration Kenmu. L’Empereur prévoit de régner sans partage, sur le modèle impérial chinois. Sa négligence des guerriers qui ont rallié sa cause, les réformes mal gérées et l’inexpérience de son administration font rapidement vaciller le nouveau régime. En 1335, Ashikaga se voit refuser le titre de shogun et se rebelle en conséquence. L’année suivante, les loyalistes sont battus de manière décisive à Minatogawa. Go-Daigo s’enfuit une nouvelle fois de la capitale avec les trésors nationaux, et se réfugie à Yoshino, dans l’actuelle préfecture de Nara. Là, il proclame la fondation de la Cour du Sud, en opposition de la Cour du Nord, toujours située à Kyoto et soumise à Ashikaga, qui se fait proclamer shogun en 1338.

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Ashikaga Takauji, soutien puis opposant de l’Empereur

Commence alors la période du Nanboku-chō, qui durera jusqu’en 1392, et verra les deux branches impériales régner en parallèle. La Cour du Nord, soutenue par le shogunat Ashikaga, finira par l’emporter ; cependant, la légitimité restera entre les mains des descendants de la Cour du Sud, ceux-ci conservant les Trois Trésors.

Auparavant, l’Empereur Go-Daigo envoie ses héritiers en plusieurs endroits du Japon pour y trouver et soutenir des partisans à sa cause. La veille de son décès, il abdique en faveur de son fils et successeur, Go-Murakami (1328-1368). Go-Daigo s’éteint le 19 septembre 1339, à 50 ans.

Avec cet homme disparait la volonté des Empereurs japonais d’intervenir directement dans les affaires de l’Etat, par ailleurs accaparées par les clans de guerriers sous l’autorité du shogunat des Ashikaga. Les shoguns de cette époque choisissent de rétablir le centre de leur pouvoir à Kyoto, afin de surveiller plus étroitement les deux lignées de Tennō. Il faut attendre la montée sur le trône de l’Empereur Meiji (1852-1912) pour voir de nouveau un empereur nippon participer activement à la politique de l’archipel.

 

Cédric Legentil

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