18 septembre 1598 : Décès de Toyotomi Hideyoshi, deuxième des trois unificateurs du Japon.

Il y a 420 ans s’éteignait le daimyo le plus puissant de son temps, Toyotomi Hideyoshi. Fils de fermier, il sut faire preuve d’opportunisme et d’ingéniosité pour se hisser au rang de noble. L’AMA vous propose aujourd’hui de revenir sur la vie de celui que son ancien suzerain surnommait « le Singe ».

 

Toyotomi naît en mars 1537, d’un père fermier, ancien fantassin, dans la province d’Owari, fief du clan Oda.  Baptisé Hiyoshi, il grandit dans les temps troublés du Sengoku Jidai, période de l’histoire du Japon durant laquelle les clans de samouraïs rejettent l’autorité centrale du shogunat Ashikaga de Kyoto, et s’affrontent pour unifier l’archipel sous leurs propres bannières. Orphelin de père à 7 ans, Hiyoshi possède un fort caractère qui l’empêche de garder un travail stable.

Il quitte sa province natale pour offrir ses services à un vassal du clan Imagawa, situé dans la province de Suruga, à mi-chemin entre Edo et Owari. Il revient cependant en 1558 servir Oda Nobunaga (1534-1582) comme ashigaru, c’est-à-dire comme soldat de rang. Il parvient à se faire remarquer par son suzerain, participant à la bataille d’Okehazama en 1560 et en érigeant le château de Sunomata en 1561, en une nuit selon la légende. Il démontre ensuite ses qualités de négociateur en soudoyant une partie des vassaux du clan Saito, rival d’Oda sur sa frontière nord, facilitant ainsi la victoire décisive du château d’Inabayama en 1567. Celui qui se fait désormais appeler Hashiba Hideyoshi est désormais un général respecté de l’entourage proche d’Oda Nobunaga. Pour autant, sa laideur et un sixième doigt à la main droite lui valent des moqueries de ses pairs et même de son maître, qui le surnomme Saru, « le Singe ».

Hashiba continue de servir le clan Oda, lui apportant victoires et succès, notamment contre le clan Azai puis le clan Asakura, dont est issu le shogun. En récompense, Hashiba est élevé au rang de daimyo, seigneur régional, et reçoit en fief une partie de la province d’Omi en 1573. L’année suivante, il fait construire le château de Nagahama, et prend la fleur de paulownia, également appelée kiri, comme symbole personnel.

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Le mon de Toyotomi, l’emblème de son clan

Alors que son pouvoir personnel augmente, Hashiba continue de servir loyalement Nobunaga : il est présent à la bataille de Nagashino en 1575 où l’alliance Oda-Tokugawa écrase le clan des Takeda ; il reçoit ensuite la charge de contrer puis d’envahir le territoire du clan Mori, qui contrôle alors la majeure partie occidentale de l’ile d’Honshu.

L’assassinat de Nobunaga et du fils de ce dernier par Akechi Mitsuhide (1528-1582) pousse Hashiba à faire la paix avec les Mori, poussés dans leurs derniers retranchements après la perte du château de Takamatsu, leur fief d’origine. Il s’oppose à Akechi lors de la bataille de Yamazaki le 2 juillet 1582, et met son adversaire en déroute. Il fait ensuite pression pour la succession du clan Oda : plutôt que le troisième fils de Nobunaga, Nobutaka, il soutient le quatrième et le plus jeune, Hidenobu. Un affrontement entre les deux factions voit Hashiba sortir vainqueur. Son influence sur le clan Oda est désormais établie, et son pouvoir personnel lui assure le contrôle du Japon depuis le nord-est de Kyushu jusqu’aux montagnes de Kai.

En 1583, Hashiba entreprend la construction de son nouveau château, qu’il fait ériger à Osaka. L’année suivante, après une bataille sans issue décisive, il fait la paix puis s’allie au clan Tokugawa.

Les origines roturières d’Hashiba l’empêchent de briguer le titre de shogun, général en chef et dirigeant effectif du Japon. Souhaitant tout de même poursuivre le rêve d’unification de son défunt suzerain, Hashiba se fait adopter par un membre du clan Fujiwara, l’un des clans les plus prestigieux de la cour impériale de Tokyo, puis se fait nommer Régent impérial (Kampaku) en 1585. L’année suivante, il reçoit le nom de Toyotomi. Il est désormais considéré comme un membre de l’aristocratie, un kuge né paysan, fait aussi surprenant qu’inédit dans l’histoire nippone.

Possédant désormais une légitimité « impériale », Toyotomi Hideyoshi poursuit l’unification du Japon. Il soumet le clan Chosokabe de Shikoku, la province d’Etchū puis l’ile de Kyushu, où il s’oppose au clan Shimazu. Pour garantir son influence sur Kyushu, en particulier sur les daimyos convertis au christianisme depuis l’arrivé des Jésuites depuis 1550, il ordonne le bannissement des missionnaires catholiques, sans pour autant remettre en cause le commerce avec l’Europe. Toujours dans le but de sécuriser son pouvoir, Toyotomi fait interdire le port d’armes à l’exception de la classe sociale des guerriers (bushi), et fait confisquer les épées possédées par les paysans. Ainsi, les révoltes sont tuées dans l’œuf, et le pays se stabilise.

En 1590, Toyotomi achève l’unification du Japon en soumettant le clan des Hojo, originaires de la région du Kantô. Il propose alors à Tokugawa Ieyasu (1543-1616) d’échanger son fief de Mikawa pour celui du Kantô. Toyotomi s’attend à un refus, ce qui lui donnerait un prétexte pour soumettre un allié encombrant ; pourtant, Tokugawa accepte et transfère le siège de son pouvoir dans sa nouvelle capitale, Edo.

En 1592, après avoir perdu son jeune fils puis adopté son neveu Hidetsugu, Toyotomi se retire de son rôle de Régent, prenant le titre de Taiko. Il continue cependant de jouer un rôle actif, plus particulièrement militaire : à 55 ans, Toyotomi Hideyoshi souhaite reprendre l’un des rêves d’Oda Nobunaga, et envahir la Chine des Ming. Pour y parvenir, il est en contact depuis 1587 avec le royaume de Corée ; ce dernier, vassal de l’Empire chinois, refuse catégoriquement d’offrir un accès militaire au maître du Japon. En conséquence, Toyotomi ordonne l’invasion de la péninsule coréenne ; plusieurs campagnes successives, regroupées sous l’appellation de Guerre d’Imjin, ont lieu entre 1592 et 1598. La supériorité militaire terrestre des guerriers japonais n’est pas suffisante pour faire plier les Coréens, qui écrasent à plusieurs reprises la flotte nippone, coupant le ravitaillement des envahisseurs. Alors que Toyotomi a transféré son héritage à son deuxième fils Hideyori en 1595, il doit se résoudre à abandonner son projet de conquête démesurée.

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Statue de Toyotomi à l’extérieur du château d’Osaka

Toyotomi Hideyoshi décède le 18 septembre 1598, à l’âge de 61 ans. Il laisse derrière lui un héritage tronqué : les clans qui lui ont été fidèles ont perdu beaucoup de guerriers et de ressources dans les campagnes coréennes. Son fils est placé sous la tutelle des Cinq Anciens (Go-Tairo) qui doivent assurer la régence jusqu’à sa majorité ; mais ces cinq individus sont ambitieux, tout particulièrement Tokugawa Ieyasu, qui a tôt fait d’asseoir son autorité sur ses pairs et sur le reste du Japon, devenant ainsi le troisième et dernier unificateur du pays du Soleil levant.

Cela dit, Tokugawa ne remet pas en question les mesures mises en place par son prédécesseur, notamment l’interdiction de l’esclavage des travailleurs, ou l’interdiction du port d’armes par les individus non-issus de la classe sociale des guerriers. L’emblème de la famille Toyotomi, une fois celle-ci éteinte, sert aujourd’hui de sceau officiel au Premier Ministre du Japon.

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