10 septembre 221 av. J.-C. : Décès de l’Empereur chinois

Il y a 2239 ans s’éteignait Zheng Ying, plus connu sous le nom de Qin Shi Huangdi, Roi de Qin ou de Premier auguste souverain. De son vivant, il a unifié pour la première fois un territoire correspondant à la moitié orientale de la Chine moderne. L’AMA vous propose de revenir brièvement sur cette figure majeure, tant par son action que son héritage.

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Statue de l’Empereur sur le site de sa tombe à Xi’an

D’un œuf a éclos le ciel, la terre et le géant Pangu. À la mort de Pangu, de son sang naissent les rivières, de ses yeux le soleil et la lune, de son souffle le vent et les nuages. Des parasites qui se repaissent de son cadavre, sont originaires les ancêtres des êtres humains et les Trois Augustes, premiers souverains légendaires de la Chine. Leur succèdent les Cinq Empereurs, figures semi-mythologiques dont Huangdi, l’Empereur jaune, auquel est attribué la création de l’administration chinoise.

Cette période légendaire de l’histoire chinoise est suivie du règne de trois dynasties royales : les Xia (2070-1600 avant Jésus-Christ), les Shang (1600-1046 avant JC) et les Zhou (1046-256 avant JC). Aucune de ces successions de souverains ne revendiquent le titre impérial, ni ne règne sur un territoire supérieur à la moitié de la Chine orientale actuelle.

La dynastie des Zhou perd au VIIIe siècle avant JC son hégémonie sur ses voisins et ses vassaux. La chute de la capitale en -771 donne aux féaux des Zhou l’opportunité de saisir le pouvoir pour eux-mêmes. Les rois de Zhou règnent sur un territoire de plus en plus restreint alors que les petits royaumes rivaux se multiplient et s’affrontent, sans qu’un vainqueur décisif n’émerge.

 Au Ve siècle avant JC, un équilibre instable se distingue entre les royaumes de Chu, Han, Qi, Qin, Wei, Yan et Zhao. La période dite des Printemps et des Automnes, commencée avec le déclin des Zhou, s’achève ; l’ère des Royaumes combattants commence. Pendant près de deux siècles, ces sept royaumes s’affrontent, concluent et brisent des alliances avec un voisin contre un autre, lèvent des armées de plusieurs milliers d’hommes pour réaliser l’ambition ultime : l’unification du territoire des Han, l’ethnie majoritaire. Car si les rois se livrent une guerre sans fin, ils ont conscience d’avoir beaucoup en commun avec leurs rivaux ; plus qu’avec les « barbares » qui sont exclus du Zhong, le Centre du monde.

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Situation des Royaumes combattants à la naissance de Zhao Zheng

Dans ce contexte troublé mais non dépourvu de progrès (développement du confucianisme et du taoïsme entre autres), naît vers -259 Zhao Zheng à Handan, capitale de l’Etat du Zhao. Il est le petit-fils du roi de Qin, le royaume combattant le plus occidental de tous, ayant pour voisins direct Chu, Han, Zhao et Wei. Le grand-père de Zhao Zheng est alors otage de l’Etat de Zhao.

Les premières années de Zhao Zheng sont difficiles, marquées par le conflit qui oppose Qin à Zhao, et dans lequel Qin prend l’avantage. Sa famille, du fait de son statut d’otage, est constamment menacée par les autorités de la capitale. En -251, le père de Zhao Zheng monte sur le trône de Qin ; ce dernier quitte Zhao pour la capitale de Qin, Xianyang. Le nouveau prince héritier prend le nom de Ying Zheng, tandis que son père prend pour chancelier Lü Buwei (-291/-235), riche marchand et protecteur de longue date de la famille royale. En -247, le père de Ying Zheng meurt ; ce dernier monte sur le trône. Toutefois, âgé de treize ans, il ne peut s’opposer à une régence par sa mère et Lü Buwei, et ne règne de manière effective qu’à partir de 238 avant JC.

Ying Zheng continue de grandir dans un climat de grande effervescence : le régent gouverne efficacement son royaume, consolidant l’armée de Qin, déjà parmi les plus puissantes des Royaumes combattants. Lü Buwei encourage les intellectuels de toute la Chine à venir à sa cour ; certains deviennent les pédagogues, et plus tard les conseillers du jeune roi. En revanche, ce dernier doit affronter des situations difficiles, dont la rébellion de son frère en -239, puis une tentative de renversement par sa mère et le concubin de cette dernière, alors qu’il atteint sa majorité. Lü Buwei est également écarté du pouvoir à la suite de cet événement.

Désormais bien installé sur le trône, Ying Zheng se consacre à la tâche de ses prédécesseurs : l’expansion par la conquête militaire. Il peut compter sur une armée de vétérans, forts d’une expérience militaire de plus d’un siècle, et sur des clans familiaux dont sont issus les généraux qui lui offrent des victoires successives sur ses voisins. Son ambition dépasse cependant celle de ses ancêtres : la chute définitive de la dynastie Zhou en -256 a laissé un vide pour la détention symbolique du pouvoir. Ying Zheng compte dédier ses forces et ses moyens à la conquête de tous les autres royaumes, et parvenir à unifier le Zhong.

Han, le plus faible des voisins de Qin, est annexé en -230 ; Zhao suit en -228. En -226 et -225 tombent respectivement les royaumes de Yan et de Wei. Le grand royaume de Chu, au Sud, résiste plus longtemps et inflige même des revers à son adversaire ; mais une armée de 600 000 hommes renverse la situation. En -223, Chu capitule. Deux ans plus tard, après une résistance symbolique, le royaume de Qi, dernier Etat indépendant, rend les armes.

En -221, Ying Zheng est donc parvenu à unifier tout le territoire des Han. Il prend alors le nom de Qin Shi Huangdi, le « Premier Empereur ». Il règne désormais sur le Pays du Milieu, le Zhōngguò. Par assimilation, le royaume de Qin donne son nom à l’Etat moderne de Chine, après sa reprise par les étrangers.

Sous l’Empire, la féodalité est abolie, remplacée par un Etat de droit régi par des fonctionnaires, suivant le système éprouvé du royaume de Qin et inspiré par les différents penseurs chinois dits « légistes ». L’Empereur fait normaliser les poids, mesures, écritures et monnaies, jusqu’alors différentes d’un royaume à l’autre. Pour contrer les incursions de la Confédération tribale des Xiongnu, prédécesseurs des Huns et des Mongols, Qin Shi fait relier tous les tronçons de murailles existant sur sa frontière Nord ; de cet effort architectural émerge la Grande Muraille de Chine, l’un des monuments les plus célèbres de l’humanité.

Le règne de l’Empereur est également marqué par des décisions impopulaires : les grands travaux, dont ceux de la Grande Muraille, requièrent une main-d’œuvre conséquente et coûtent cher en vies humaines. La volonté impériale de rompre avec le passé entraine la destruction des ouvrages antérieurs au règne de Qin Shi, et la stricte surveillance des productions intellectuelles ; face aux protestations des lettrés, l’Empereur répond par une répression violente.

L’unification du Pays du Milieu achevée, l’Empereur entreprend d’autres conquêtes, étendant ses frontières jusqu’à la frontière coréenne au nord, et jusqu’à l’actuel Guangdong dans le sud.

À mesure qu’il vieillit, Qin Shi Huangdi s’effraie de l’approche de sa mort. Il entreprend une quête pour découvrir l’immortalité, alors que son empire s’est stabilisé par le biais de l’efficacité des fonctionnaires et des inspecteurs de provinces. Il se fait fabriquer par un prétendu magicien des « perles rouges », sensées prolonger sa vie de plusieurs années, qu’il ingère régulièrement. En réalité, ces « perles » sont fabriquées à partir de cinabre, du sulfure de mercure, l’un des métaux les plus toxiques qui soient. En fait de prolonger son existence, elles le tuent à petit feu.

Le Premier Empereur chinois meurt le 10 septembre 221 avant JC, à l’âge de 49 ans. Il laisse un héritage en demi-teinte : d’un côté, il lègue à ses successeurs un empire unifié, solidement établi grâce à une administration compétente à toutes les échelles de l’Etat. Les menaces extérieures ont été repoussées loin des frontières. Des trésors d’architectures ont été édifiés. D’un l’autre côté, sa politique concernant son traitement des legs antérieurs à son règne et des intellectuels en général lui valent une mauvaise image auprès des dynasties suivantes. Son règne despotique et très centré sur sa personne fragilise la montée sur le trône de ses successeurs, qui ne parviendront à maintenir la cohésion de l’Empire que très brièvement. Moins de cinq ans après sa mort, les Qin sont supplantés par une nouvelle dynastie impériale, celle des Han.

Au demeurant, Qin Shi Huangdi conserve, même dans la mort, un prestige inégalé, notamment du fait de sa dernière demeure. Le Premier Empereur est enterré dans un mausolée grandiose : une pyramide de terre d’environ 100 mètres de haut sur 350 mètres de long. Plus encore, Qin Shi applique la tradition antique de se faire enterrer avec ses serviteurs, dans une variante moins macabre : de son armée forte d’un million d’hommes, des modèles de fantassins, de cavaliers et de conducteurs de chars sont réalisés. Près de 7 000 hommes en terre cuite, sans compter leurs montures, accompagnent et gardent l’Empereur dans son tombeau. Le site de Xi’an, dans le Shaanxi, est redécouvert en 1974 et coupe le souffle aux archéologues. Si des voix s’élèvent pour contester l’authenticité de ce site, il reste admis qu’il s’agit bien du lieu de repos de Qin Shi Huangdi, né Zhao Zheng, unificateur et premier Empereur du Pays du Milieu.

 

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Vue d’une partie de l’Armée de terre cuite de l’Empereur

Insensible aux controverses et aux critiques, l’image de Qin Shi Huangdi et ses actions, que Mao Zedong lui-même n’hésitait pas à revendiquer, sont profondément gravées dans le patrimoine chinois.

 

Cédric Legentil

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