8 septembre 1951 : Signature du Traité de San Francisco

Il y a 67 ans, la Guerre du Pacifique s’achevait formellement avec la signature à San Francisco d’un traité de paix. Les États-Unis et le Japon n’étaient ainsi officiellement plus ennemis, alors que le pays du Soleil levant se voyait restituer son indépendance. L’AMA vous propose de revenir aujourd’hui sur cet événement historique.

Le 1er septembre 1951, les délégués de cinquante et un pays se rencontrent à San Francisco, aux États-Unis, pour décider du sort de l’Empire japonais et des territoires conquis par ses forces armées entre la déclaration de guerre aux États-Unis en décembre 1941 et la reddition signée en août 1945. Tous les continents du monde sont représentés durant cette conférence. Le 8 septembre, au Herbst Theater, le Traité de paix avec le Japon (Nihon-koku tono Heiwa-Jōyaku) est signé, en présence notable de Shigeru Yoshida (1878-1967), alors Premier Ministre du Japon.

Par ce traité, le gouvernement japonais reconnait l’indépendance de la Corée et renonce à ses revendications sur ce territoire, ainsi que sur Taïwan, les iles Pescadores, les iles Kouriles et le sud de Karafuto-Sakhaline. Le Japon s’engage à ne jamais revendiquer une partie de la zone antarctique, ni les iles Spratley et Paracel en mer de Chine méridionale. Les possessions et capitaux nippons en Mandchourie et Mongolie intérieure sont saisis sans contrepartie par la Chine. Par ailleurs, le Japon accepte de dédommager les civils et prisonniers de guerre alliés : plus de 25 milliards de dollars américains seront redistribués, dont près de 16 milliards pour la Chine (Taïwan non inclus), ainsi que quatre millions et demi de livres sterling à la Croix-Rouge. Des compensations seront également prévues pour les pays d’Asie du Sud-Est occupés pendant le conflit par le biais des traités postérieurs, pour une valeur totale dépassant le milliard de dollars.

Additionnellement, le Japon reconnait et accepte les jugements rendus par le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient durant le Procès de Tokyo, ainsi que ceux des autres Cours militaires des Alliés. En contrepartie de ces nombreuses concessions, le Japon cesse d’être occupé par les troupes américaines, et reprend le contrôle direct sur les affaires courantes. Au demeurant, les iles Ryūkyū restent sous contrôle militaire américain.

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Le Herbst Theater, lieu de signature du traité ; abrite également un
mémorial pour les victimes du conflit

Si le Traité est une référence de la diplomatie d’après-guerre, son déroulement et son issue ne sont pas optimaux. En premier lieu, la Chine n’est pas représentée, que ce soit par la République chinoise de Taïwan, ou la République populaire de Chine du continent. La Birmanie et l’Inde refusent de participer : le gouvernement indien estime que le traité signé à San Francisco n’est pas honorable, et propose au Japon un traité séparé l’année suivante. Aucun des deux États coréens n’est invité, pas plus que le Portugal, en dépit de l’invasion japonaise du Timor oriental.

En second lieu, certains États élèvent des objections, notamment l’Union soviétique. L’URSS proteste sur de nombreux points du traité ; entre autres, l’absence de la République populaire de Chine, l’absence de mesure pour éviter un regain du militarisme au Japon, l’absence de reconnaissance de la souveraineté soviétique sur Sakhaline et les Kouriles, et l’annexion d’iles japonaises par les États-Unis en dépit de l’absence de revendications antérieures. L’URSS refuse donc de signer le traité, et ne mettra techniquement terme au conflit avec le Japon qu’en octobre 1956. De son côté la RPC dénonce le traité, arguant de sa souveraineté déclarée des iles Paracel, Spratley et Pratas. Enfin, l’État de Ceylan (Sri Lanka moderne) se déclare hostile à des termes trop sévères, selon le principe que le Japon, destiné à rejoindre la communauté internationale, doit être capable de restaurer son économie de manière rapide. Dans cette optique, Ceylan refuse les réparations auxquelles l’État pouvait prétendre après le ravage de ses plantations de caoutchouc, vitales pour l’effort de guerre allié pendant la guerre.

Au total, 48 des 51 pays représentés signent le traité. L’URSS, la Pologne et la Tchécoslovaquie s’y refusent. Par ailleurs, les Philippines ne ratifieront le traité qu’en juillet 1956, et l’Indonésie se contente d’accords bilatéraux avec le Japon. Le Traité de San Francisco entre en application le 28 avril 1952, marquant officiellement la fin de l’occupation du territoire nippon, à l’exception notable d’Okinawa. Le Japon tourne une page de son histoire, et s’engage dans une coopération étroite avec le bloc occidental, signant le même jour que le traité de paix un traité de défense mutuelle avec les États-Unis.

Cédric Legentil

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