27 juillet 1953 : signature de l’armistice de Panmujeom entre les deux Corée

Il y a très exactement 65 ans, le premier conflit de la Guerre froide s’achevait à Panmunjeom avec la signature d’un armistice par les Nations Unies, la République démocratique de Corée du Nord (RDC) et la République populaire de Chine (RPC). Pourtant, la réunification de la Corée ne fut pas achevée ce jour. L’AMA vous propose de revenir sur cet événement, jalon de l’histoire et de la situation  coréenne.

 

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Le texte du traité

Quand le Japon accepte de se rendre aux Alliés le 2 septembre 1945, la Seconde Guerre mondiale arrive à son terme. Dans la péninsule coréenne, auparavant annexée à l’Empire nippon, les forces armées soviétiques ont progressé jusqu’au 38e parallèle, selon l’accord passé avec les États-Unis d’Amérique.

La fin du conflit mondial aurait dû permettre la réunification de l’ancien royaume ; du moins telle avait été la décision des Alliés. Des élections libres étaient prévues pour 1948, afin de donner à la Corée un gouvernement et un pouvoir choisi par sa population.

Ces élections échouèrent à atteindre leurs objectifs, notamment devant la réticence des deux superpuissances naissantes, l’URSS et les États-Unis, à abandonner leurs zones d’influences respectives et laisser une idéologie différente gagner du terrain. Au lieu d’une réunification, la Corée fut divisée encore plus entre Nord et Sud, de part et d’autre du 38e parallèle.

En 1950, Kim Il-sung (11912-1994), président de la RDC, est confiant dans le soutien de l’URSS ainsi que celui de la RPC, récemment vainqueur de la Guerre civile chinoise. Il déclare donc la guerre à la République de Corée du Sud dans le but de réunifier la péninsule sous son autorité. La Guerre de Corée commence.

La progression de la RDC n’est endiguée que par l’intervention in extremis d’une coalition internationale des forces armées des Nations Unies, placées sous encadrement américain. La contre-attaque repousse les forces nord-coréennes jusque sur leur territoire ; la RDC n’est sauvée que par l’intervention des forces armées chinoises et le soutien logistique des Russes. Pendant deux ans, le front se maintient sur la position de départ, le 38e parallèle. Trois ans après la déclaration de guerre,  les pertes de part et d’autre s’élèvent à environ deux millions de morts.

Dès la stabilisation du front en 1951, des pourparlers avaient été entamés, sans résultats probants. La mort de Joseph Staline, survenue le 5 mars 1953, débloque la situation. Pour autant, les forces « volontaires » chinoises, qui ne se battent pas sous leurs couleurs nationales pour éviter des frappes directes contre la RPC, continuent de faire pression sur les troupes alliées. Fin mai et fin juillet, toujours pendant les pourparlers, les batailles pour l’arrête dite « du Crochet »  et pour le fleuve Samichon font plus de 5 000 victimes dans les deux camps.

À  Panmujeom, petit village aujourd’hui disparu sur la route de Kaesong, les négociateurs parviennent à un accord. Sont présents : le lieutenant-colonel William Kelly Harrison Jr. (1895-1987) pour les Nations unies, le général Nam Il (1915-1976) pour la Corée du Nord et le maréchal Peng Dehuai (1898-1974) pour l’armée chinoise.

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 Deux des signataires du traité. A noter, l’absence du représentant nord-coréen.

Le traité entérine la situation d’avant-guerre : la frontière entre les deux Etats coréens est fixée sur le 38e parallèle. Par ailleurs, une zone démilitarisée (DMZ) de 4 kilomètres de large est instaurée tout le long de la frontière : toute arme dans cette zone est strictement prohibée. Une zone de sécurité (Joint Security Area) est également créée, sous contrôle de l’ONU pour permettre de futures négociations entre les deux Etats. Il est prévu que les prisonniers de guerre soient rapatriés dans leur camp d’origine ; cependant, près de 22 000 Nord-coréens et Chinois refuseront de franchir de nouveau la DMZ. Plus surprenant, plus de 300 Sud-coréens et une vingtaine de soldats américains rejetteront l’offre de rapatriement pour rester en Corée du Nord ou en Chine.

Le traité de Panmujeom établit enfin la recommandation de la tenue d’ici trois mois d’une conférence entre les deux parties coréennes pour un règlement pacifique de la question de la division du pays, ainsi que du retrait des forces étrangères présentes. Cette recommandation ne sera pas suivie, pour la raison essentielle que la Corée du Nord rejette et refuse de signer le traité d’armistice. De manière concrète, si la RDC accepte le cessez-le-feu –encore que des escarmouches continueront de part et d’autre de la frontière pendant les années suivantes –elle reste en état de guerre avec son voisin du Sud.

Par la suite, la Corée du Nord exploitera cette situation singulière pour menacer de reprendre les hostilités, à au moins six reprises entre 1994 et 2013. Les dirigeants nord-coréens successifs estiment que toute négociation entre les deux entités coréennes doit être menée sur la base d’une situation de conflit, ce qui complexifie le processus de paix et de réunification de la péninsule.

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Figure 3: L’accord de paix dans le pavillon ouvert aux visites sur le site

Pour autant, Panmujeom n’est plus le symbole d’une occasion manquée et d’une division éternelle. Le 27 avril dernier, les dirigeants des deux États, Kim Jong-un et Moon Tae-jin se sont rencontrés en ces lieux pour engager un processus de paix formel. 65 ans exactement après la « première » fin du conflit, il est possible que la Guerre de Corée s’achève de manière définitive.

Cédric Legentil

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