19 juillet 1947 : Décès d’Aung San, architecte de l’indépendance birmane

Le 19 juillet 1947, un groupe paramilitaire s’introduit dans le bâtiment de Rangoon, la capitale de Birmanie, où s’est réuni le Conseil exécutif birman. Celui-ci représente le gouvernement provisoire, soutenu par l’administration britannique, ayant pour but la transition du pouvoir colonial à un gouvernement indépendant et officiel. Les assaillants font huit victimes, dont six ministres. Parmi eux, Bogyoke Aung San, dirigeant provisoire et figure emblématique de l’indépendance birmane. 71 ans après ce triste événement, l’AMA vous propose un portrait d’un homme qui est aujourd’hui considéré comme l’architecte de la nation birmane.

Image de couverture : Portrait d’Aung San en 1940

Aung San nait le 13 février 1915 à Nat Mauk dans la région du Magway, au Nord de Rangoon. Son père, un avocat, ainsi que son grand-père sont reconnus pour le combat qu’ils ont mené face au pouvoir colonial britannique présent depuis 1886. Aung San poursuit ses études jusqu’au supérieur, à l’Université de Rangoon où il s’intéresse notamment à l’histoire et à la science politique.  À l’Université, il rejoint la Rangoon University Students’ Union (RUSU), association pour laquelle il est élu secrétaire. Il officie aux côtés de son ami U Nu (1907-1995), élu président. Avec celui-ci, il se développe des convictions politiques et affirme son opposition au régime pro-britannique.

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Photo d’Aung San

À 23 ans, Aung San quitte l’université pour se consacrer à la politique. Il participe l’année suivante à la fondation du Parti communiste birman dont il devient le secrétaire. Il contribue également au Dobama Asiayone (Association de Nous les Birmans), mouvement anti-impérialiste et très porté sur le nationalisme. Il se fait désormais appeler Thakin Aung San, maître déclaré de la destinée de son pays, la Birmanie.

En 1940, Aung San quitte la Birmanie en quête d’alliés pour la lutte contre les impérialistes occidentaux. Il passe d’abord par l’Inde où il assiste au Congrès national ; pourchassé par les autorités anglaises, il se dirige alors vers la Chine. Son idée première est d’en appeler au Guomindang de Tchang Kaï-chek (1887-1975); il est cependant intercepté par les forces japonaises qui occupent le pays depuis l’invasion de 1937. Transféré au Japon, Aung San se laisse convaincre d’accepter l’aide nippone, et forme le mouvement des « Trente camarades », embryon de la future Armée pour l’indépendance birmane (AIB), formée l’année suivante en Thaïlande.

En mars 1942, la campagne de Birmanie bat son plein : les Japonais, partis de l’Indochine française occupée, progressent en Birmanie sous contrôle anglais jusqu’à prendre Rangoon, dans le but d’atteindre l’Empire des Indes britanniques. L’AIB reçoit d’abord un rôle d’administration et d’intermédiaire pour le pouvoir militaire nippon, avant d’être dissoute et de devenir l’Armée de défense birmane (ADB). Aung San est promu colonel puis général de cette armée, avant d’être reçu et décoré par l’Empereur japonais Hirohito (1901-1989). Le 1er août 1943, le Japon proclame l’indépendance de la Birmanie sous l’autorité de Ba Maw (1893-1977), un ancien Premier ministre de l’administration britannique. Aung San est nommé Ministre de la Guerre, et l’ADB change à nouveau de nom pour devenir l’Armée nationale birmane (ANB).

Désillusion et déception sont cependant rapides: les Birmans n’ont fait qu’échanger un maître pour un autre. Doutant de plus en plus des promesses nippones et de la capacité japonaise à gagner la guerre, Aung San se tourne secrètement vers les Alliés et les mouvements de résistance communistes. L’Organisation antifasciste de Birmanie est ainsi créée, et le 27 mars 1945, l’ANB se révolte face aux Japonais.

«  Il existe un grand désir chez l’homme pour l’héroïsme et l’héroïque […] À moins que l’homme ne croie en son propre héroïsme et l’héroïsme des autres, il ne peut accomplir de grandes choses. Nous devons cependant porter une grande attention à ne pas rendre un culte au concept du héros, au risque de nous transformer en prophètes et en adorateurs de faux dieux. » 20 janvier 1946 

Alors que la guerre s’achève, l’ANB et l’Organisation antifasciste sont graduellement désarmées par les Britanniques qui reprennent le contrôle du pays. Aung San prend la tête de la coalition entre nationalistes et communistes ayant permis la victoire finale. Cependant, entre la confiance toute relative des Anglais (Churchill le considère comme un traître) et l’incapacité des courants politiques internes à la coalition à s’entendre, il ne peut empêcher les dissensions et l’implosion finale de l’Organisation.

Néanmoins, c’est bien Aung San qui mène les négociations avec les Britanniques pour obtenir l’indépendance de la Birmanie. En janvier 1947, un accord est trouvé pour l’année suivante : la Birmanie sera entièrement indépendante, et non un dominion[1]. La crainte d’un affrontement pour l’indépendance comme en Indochine s’estompe rapidement ; par ailleurs, en février 1947, la Conférence de Panglong voit les différents mouvements politiques et ethniques adhérer au projet d’une Union birmane. Aung San est donc parvenu à orienter son pays vers une liberté sans heurts additionnels. Les élections qui se tiennent en avril donnent à son parti 176 sièges sur 210, assurant encore plus son pouvoir, et pavant la voie vers un poste de Premier ministre.

« Nous ne pouvons investir nos espoirs dans des possibilités. Nous devons placer notre confiance en nous-mêmes, en nos capacités, nos efforts, notre force et nos préparations, non seulement pour notre succès mais pour éviter notre propre défaite » Août 1946

Aung San aura connu sa fin au faîte de sa puissance et de sa popularité. Il est la victime d’U Saw (1900-1948), ancien Premier ministre birman sous l’autorité britannique. Tombé en disgrâce pour son implication avec les Japonais avant la prise de Rangoon, celui-ci ne parvient pas à concurrencer Aung San dans la course aux élections de 1947 et pour le poste de Premier ministre d’une Birmanie indépendante. Fourni en armes par des officiers britanniques, U Saw commandite l’assassinat de son rival politique. Son succès est de courte durée : il est arrêté, reconnu coupable et exécuté l’année suivant la mort d’Aung San. L’implication directe de la Grande-Bretagne reste incertaine à ce jour.

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Statue d’Aung San à Yangon

En lieu et place d’Aung San, c’est son ancien camarade d’université U Nu qui devient le premier dirigeant de la Birmanie indépendante. Aung San acquiert rapidement le statut de martyr et de père fondateur de la Birmanie moderne. Sa mort violente tourne naturellement sa fille, Aung San Suu Kyi née en 1945, vers la non-violence. Pour la patrie et la fille d’Aung San, ce sont de dures épreuves qui s’annoncent, avec dès 1962 un coup d’État militaire avant la mise en place au pouvoir d’une junte.

Cédric Legentil

 

[1] État indépendant membre de l’Empire britannique. La Couronne britannique conserve cependant la prérogative en ce qui concerne la diplomatie, la guerre, la citoyenneté, la plus haute instance judiciaire ainsi que la constitution. Le chef de l’État reste le souverain du Royaume-Uni.

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