De 1917 à la Coupe du Monde 2018 : Retour sur l’histoire de l’équipe japonaise de football

           Aujourd’hui, 19 juin 2018, le Japon a emporté une victoire inattendue contre la Colombie à l’occasion des matchs de poule de la Coupe du Monde de Russie. L’occasion pour nous de revenir sur le parcours riche en rebondissements de l’équipe de football nippone.

 

Naissance de l’équipe nationale et débuts aux Jeux Olympiques

            Le football n’est pas quelque chose de récent au Japon. L’archipel n’a peut-être pas une relation avec le foot aussi intense que les pays européens ou sud-américains. Son rapport à ce sport n’est pas non plus comparable avec celui entretenu par ses voisins sud-coréens et chinois où, malgré des ratés, le football est très populaire. Pourtant cela fait plus d’un siècle que l’on pratique ce jeu au Japon, puisqu’il fait partie des nombreuses choses que le Japon a repris des occidentaux lors de son ouverture au monde à partir de 1853.

La vraie histoire du football à la japonaise commence en 1917, alors que sont organisés à Tokyo la troisième édition des Jeux de l’Extrême-Orient[1]. C’est en effet pour cette occasion qu’est constituée la première équipe nationale du Japon[2]. Les débuts internationaux japonais ne sont pourtant pas brillants. Peu expérimentés dans ce sport, et surtout inhabitués de la compétition, les Japonais perdent leurs deux matchs, alors disputés contre la République de Chine et contre les Philippines. La défaite face aux Philippines est d’ailleurs plutôt salée : à 15 points contre 2, elle demeure à ce jour la plus grande défaite enregistrée par le Japon.

1921 est une autre année clef, celle de la création de la Fédération japonaise de football. Elle se détache immédiatement des premières expériences internationales japonaises, déclarant que c’est en 1923 pour de nouveaux Jeux de l’Extrême-Orient que le Japon fait vraiment ses débuts. Il faut attendre 13 ans (et plusieurs défaites) pour que l’équipe s’internationalise réellement, invitée aux Jeux de Berlin de 1936. Ceux que l’on surnomme les « Blue Samurais » (ou Samourais bleus) ont l’occasion de briller. Auteurs d’une remontée spectaculaire face à la Suède, on leur accorde le surnom de « miracle de Berlin ». La fête est cependant courte : l’équipe perd peu après face à l’Italie.

            Les décennies qui suivent sont pauvres pour la discipline. Bien sûr, le contexte de guerre internationale (totale dans le cas du Japon comme nous le savons bien), puis celui des destructions ne sont pas propice. Des défaites importantes dans les années 1950 semblent également avoir raison de l’engouement autour de ce sport. Du moins pour un temps.

Le retour du football avec les Jeux Olympiques de Tokyo en 1964

En 1964, l’enjeu est important : gagner à domicile. A l’époque, les principes olympiques empêchent les joueurs professionnels de participer à la compétition. Un atout pour le Japon quand ses adversaires ne peuvent faire appel à leurs joueurs expérimentés pour leurs sélections. La sélection nationale ne déçoit pas, éliminant l’Argentine, géant du foot à l’époque, au premier tour de la compétition sur un score étonnant de 3-2. Malheureusement, elle ne peut rien faire face à la puissante équipe tchécoslovaque lors des quarts de finale et perd 4-0. Même sans médaille, le parcours impressionnant proposé par l’équipe du Japon ne manque pas de séduire le public et de remettre le foot au goût du jour.

L’équipe japonaise sort également renforcée. Durant les phases de qualifications pour les Jeux de 1968 elle écrase Philippines sur le large score de 15-0 (leur plus grande victoire aujourd’hui encore). Durant le tournoi les Japonais continuent sur leur lancée. Ils battent le Brésil (même si le but est un CSC de Fernandez), puis le Nigéria sur le score de 3-1 avec un triplé du joueur vedette de l’époque, Kunishige Kamamoto. C’est ensuite au tour de la France, battue également 3-1, avec cette fois un doublé du joueur vedette. Le pays s’enflamme, le Japon passe en demi-finale. Si la marche pour la victoire finale est écourtée après une défaite face à la Hongrie, la dispute de la troisième place avec le Mexique est gagnée. C’est la première médaille japonaise dans la discipline. Kamamoto est quant à lui salué pour son jeu, il obtient le titre de meilleur buteur de la compétition.

Les deux décennies suivantes voient l’essoufflement de cet élan. Le Japon essaie à de nombreuses reprises de se qualifier pour participer aux Coupes d’Asie des Nations, sans succès. Ses tentatives pour participer à la Coupe du monde se soldent également sur des échecs.

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Couverture d’un livre dédié à Kunishige Kamamoto

Une remontée dans les années 1990 ?

            En 1984, on ouvre la porte des Jeux aux professionnels. Cela a un impact fort sur la sélection japonaise dont le niveau augmente très rapidement. En 1988 il parvient à participer à la Coupe d’Asie des Nations du Qatar, même si l’aventure est courte pour lui avec une défaite au premier tour. Alors que le pays accueille la tenue de l’édition de 1992 de la Coupe d’Asie des nations, les Samourais bleus atteignent la phase finale après une victoire impressionnante contre la Chine. Puis, émotion nationale, après un but de Takuya Takagi, le Japon écrase l’Arabie Saoudite et remporte son premier titre international.

Que ce soit en 1994 ou en 1996, le Japon ne parvient pas à protéger son titre, emporté consécutivement par le Koweït et par l’Arabie Saoudite. Cela n’empêche pas la révélation tout au long de la décennie de grands talents comme Hidetoshi Nakata ou Hiroshi Nanami.

Le tournant des années 2000 apporte deux nouveaux défis. Premièrement, le Japon est choisi avec la Corée pour accueillir la Coupe du Monde de 2002. Ensuite, le Japon est sélectionné pour concourir au Liban lors d’une nouvelle édition de la Coupe d’Asie des Nations. En même temps est engagé un sélectionneur étranger, Philippe Troussier, dont le but est de faire gagner à son équipe la complétion asiatique mais aussi lui permettre de passer les phases de groupes durant la Coupe du Monde de 2002. La première compétition citée se déroule bien pour le Japon qui sort en tête de son groupe, écrase l’Irak sur le score de 4-1 en quart de finale, élimine la Chine en demi-finale sur le score de 3-2 et enfin, remporte pour la deuxième fois de son histoire le titre de champion d’Asie en battant l’Arabie Saoudite sur le score de 1-0. Les récompenses sont nombreuses : l’ancien joueur évoluant à Venezia, dans le championnat d’Italie, Hiroshi Nanami est élu meilleur joueur du tournoi, et Akinori Nishizawa futur attaquant de l’Espanyol finit co-meilleur buteur. Le Japon peut exulter, il est de nouveau considéré parmi les grandes équipes et peut préparer son mondial calmement (dont nous traitons dans une partie dédiée plus bas).

La sélection japonaise s’impose, le recrutement de joueurs japonais dans les grands clubs est de plus en plus intensif et de plus en plus strict. Moment fort, la Coupe d’Asie des Nations de 2004, organisée en Chine, où le Japon doit encore une fois défendre son titre. La finale voit s’affronter les deux voisins dont l’animosité est encore forte et se termine par une victoire du Japon sur le score de 1-0. Le Japon ressort fort, il a battu le pays organisateur et rafle le titre de champion d’Asie pour la deuxième fois consécutive.

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Célébrations après la victoire contre la Chine en 2004

En 2007, il faut de nouveau défendre le titre. Sans grande difficulté le Japon arrive en quart de finale, sortant sans encombre des phases de groupe. Rencontrant l’Australie en quart de finale, les Samourais bleus s’imposent difficilement : les joueurs australiens sont courageux. Le match se clôt par les tirs aux buts et sur une victoire. En demi-finale, l’archipel affronte l’Arabie Saoudite, et s’incline sur le score de 3-2. Pire encore, le Japon perd la 3eme, battu par la Corée du Nord.  Le Japon, peut-être à bout de souffle, doit se renouveler pour se préparer aux futures Coupes du Monde et redevenir puissance de football au sein du continent.

Le Japon et les coupes du Monde

            Si le Japon a commencé tardivement sa professionnalisation, cela ne signifie pas que ses participations à la coupe du monde sont récentes, bien au contraire. Nous en avons parlé plus tôt, le Japon a tenté à plusieurs reprises dans les années 1950 et 1960 de participer à la compétition mondiale. Cependant, leur jeune équipe manquait de talents et d’expérience face à des pays où le football est enraciné depuis bien longtemps. Le pays ne parvient donc pas à passer les sélections. C’est d’ailleurs souvent à son voisin sud-coréen qu’il se heurte, celui-ci étant bien plus aguerri. En 1993, il atteint la finale des éliminatoires de la zone Asie. Grands vainqueurs de la Coupe d’Asie des Nations un an plus tôt, les Japonais sont confiants. Malheureusement, le Japon déchante après un match nul concédé contre l’Irak lors de la dernière journée à Doha (Qatar). Avec ce résultat le Japon perd la possibilité d’accéder à la Coupe du monde, au profit de la Corée du Sud qui décroche son billet pour les États-Unis. Les supporteurs japonais n’ont jamais oublié ce match. Aujourd’hui il reste connu sous le nom de la « tragédie de Doha ».

            Cependant, comme expliqué précédemment, les années 1990 voient l’émergence de nouveaux talents. Ils permettent au Japon de se qualifier pour la Coupe du monde de France de1998. Malgré une victoire héroïque contre l’Iran 3-2 durant le match de barrage, qui lui a donné son billet pour aller jouer en France, l’équipe japonaise demeure faible. Pour ne rien arranger, le groupe dans lequel il joue n’est pas simple, composé de l’Argentine, de la Croatie et de la Jamaïque. Chacun de ses matchs se solde sur une défaite. C’est d’ailleurs la dureté de l’échec qui a décidé la fédération à changer le sélectionneur.

En 2002, la nouvelle sélection sort en tête de son groupe. Dans un match passionnant les Samouraïs bleus s’en sortent avec un match nul (2-2) contre l’équipe de Belgique. Par la suite les joueurs de Troussier battent la Russie puis la Tunisie se qualifiant ainsi pour les phases finales de la compétition. En huitièmes, le tirage donne comme adversaire aux Samourais bleus la Turquie, qui emporte la dispute. Le parcours des Japonais reste honorable, ce n’est que la deuxième fois que le pays participe au mondial. L’entraineur Troussier, qui est certainement responsable pour beaucoup du bon développement de l’équipe japonaise et de ses talents doit peu après démissionner, pris en grippe par la presse locale. Le mondial suivant, en Allemagne, est une suite d’échecs. Par la suite, la discipline semble stagner au Japon. Toujours qualifié pour le mondial, il ne dépasse jamais les huitièmes de finale.

En 2015 Vahid Halilhodžićer est engagé comme nouveau sélectionneur du Japon. L’équipe propose des débuts mitigés : des victoires amicales importantes mais aussi des défaites en compétition. Le 9 avril, il est licencié, à seulement deux mois de la Coupe du Monde, et remplacé par Akira Nishino. Les résultats du nouveau sectionneur sont rapidement peu encourageants, notamment avec une défaite contre le Ghana et la Suisse sur le score de 2-0 en match de préparation de la Coupe du Monde 2018. Cependant une victoire 4-2 contre le Paraguay à la veille de la compétition redonne l’espoir à l’équipe.

Et pour la Coupe du Monde 2018 ? Que peut-on espérer de l’équipe japonaise ?

La sélection japonaise débute bien sa coupe du Coupe du Monde contre un adversaire qu’elle connait bien, la Colombie. En effet, celle-ci l’emporte sur le score de 2-1 grâce à un penalty transformé par le meneur de jeu Kagawa et sur une merveille de passe délivrée par Honda pour la tête d’Osaka à la suite d’un corner. Cette victoire importante permet au Japon d’espérer tendre vers les huitièmes de finale.

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L’équipe japonaise officielle de la Coupe du Monde de Russie

 Dimanche prochain, les joueurs affronteront les Sénégalais dans un match intense qui, en cas de victoire, qualifierait l’équipe asiatique. Tout comme lors du match contre la Colombie, le Japon pourra compter sur ses cadres encore très importants dans les matchs tel que Honda ou Kagawa, respectivement buteur et passeur décisif lors du match contre la Colombie. Makoto Hasebe, milieu défensif du Eintracht Francfort sera surement encore le verrou de l’équipe, placé devant la défense centrale pour empêcher la construction du jeu sénégalais. Autre point positif, la solide défense nippone : hauteur d’une saison tout à fait convenable à l’Olympique de Marseille, les Samouraïs Bleus pourront compter sur Hiroki Sakaï, défenseur généreux dans les phases défensives mais qui pourra aussi alimenter le couloir droit en phase offensive comme il l’a montré face à la Colombie. Autre joueur important, Nagatomo, l’ancien joueur de l’Inter de Milan, défenseur choc, bloquera toutes les offensives sénégalaises dans son couloir gauche lors du prochain match. Attention, il faudra surement combler les lacunes sur les coups de pied arrêtés, point faible de l’équipe et qui s’est largement vu lors du premier match des Samouraïs bleus. Enfin les cages seront surement de nouveau gardées par le gardien du FC Metz, Eiji Kawashima, qui, lors du match contre la Colombie, a eu le temps par son match solide d’oublier la relégation de son équipe en Ligue 1 (malgré le but de Quintero).

 Bien évidemment, cette première victoire japonaise ne saurait désigner un vainqueur et les deux restent qualifiés pour la suite de la compétition, mais dans un groupe aussi homogène (Colombie, Sénégal et Pologne), il est évidement que les Japonais ont la volonté de vouloir accrocher le plus de points possibles et ce le plus rapidement. Avec la victoire d’aujourd’hui, ça commence bien.

 

Alexandre Cordier

Édition : Nada Guerrier

 

Image de couverture : Percée de Kunishige Kamamoto entre deux défenseurs sud-coréens.

[1] Compétition rassemblant les pays d’Asie de l’Est et du Sud-est entre 1913 et 1934, à raison d’une rencontre tous les deux ans.

[2] Il s’agit en réalité de l’équipe de l’école normale supérieure de Tokyo

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