29 mai 1981 : Disparition de Song Qingling, “Mère de la Chine moderne”

Song Qingling est née dans le quartier de Pudong à Shanghai le 27 janvier 1893. Elle est la deuxième fille de Charles Soong, riche homme d’affaire et missionnaire méthodiste, et de sa femme Ni Guizhen. Au sein de la famille elle a une sœur aînée, Ailing ; une sœur cadette, Meiling, et trois frères cadets, Ziwen, Ziliang et Zi’an. Elle fréquente comme ses deux sœurs l’école anglophone locale pour filles Motyeire (ou McTyeire), puis de 1907 à 1913 le Wesleyan College (Macon, États-Unis). À son retour en 1914, elle se rend au Japon où son père a suivi Sun Yat-sen dans son exil. Elle sert de secrétaire à Sun, prenant la place de sa sœur Ailing après que cette dernière ait épousé le riche banquier Kong Xiangxi.

Sun Yat-sen et Song Qiling se rapproche rapidement, à tel point qu’un mariage commence à être envisagé. Cette idée rencontre une farouche opposition de la part de la mère de Qinglin et une certaine réserve de la part de son père. En effet non seulement la différence d’âge en Sun et Qinglin est importante (26 ans) mais Sun est déjà marié et père de trois enfants. De plus, un divorce apparait choquant pour les partisans traditionalistes de Sun Yat-sen. Ces derniers lui conseillent de prendre Qingling comme concubine mais cet arrangement est inacceptable pour les Soong qui sont de fervents chrétiens. Dès lors Qingling est ramenée de force à Shanghai où elle est assignée à résidence par ses parents. Cependant, elle parvient à s’évader avec la complicité d’une domestique et retourne au Japon où elle épouse Sun Yat-sen qui a obtenu le divorce en septembre. Les noces ont lieu le 15 octobre 1915. Le couple Soong finit par retrouver la trace de leur fille mais ils se résignent devant le fait accompli. Cette histoire d’amour n’a pas manqué d’être adaptée en de multiples occasions par le cinéma chinois.

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Photo du mariage de Sun Yat-sen et Song Qingling

En 1922 à Canton, lors de la lutte de pouvoir entre Sun Yat-sen et Chen Jiongming, Song Ching-ling doit fuir, ce qui l’amène à faire une fausse couche qui la laissera stérile. Elle accompagne son mari lors de son dernier voyage à Pékin en 1924. Après la mort de Sun Yat-sen en 1925, elle est élue au comité central exécutif du Kuomintang en janvier 1926. Cependant en 1927, choquée par l’entente entre le Kuomintang et la Bande Verte (une des triades de Shanghai), elle affiche publiquement son opposition à Tchang Kaï-chek et, par la même occasion, à son mariage avec sa sœur Meiling. La crise est si violente qu’une rumeur de complot contre sa vie fomenté par sa sœur et son beau-frère se répand. Song Qingling décide alors de fuir et de rejoindre Wang Jingwei, l’un des principaux rivaux politiques de Tchang, à Wuhan. Cependant après avoir fini par se brouiller également avec Wang Jingwei, elle décide en août 1927 de chercher refuge à Moscou. Elle restera quatre années en Europe.

En 1936, les trois sœurs Song se réunissent à nouveau autour de la lutte anti-japonaise. Elles participent ensemble à des activités pour promouvoir la résistance chinoise. En 1939, Qingling fonde la Ligue de défense chinoise : un fond destiné à la protection des futures mères et de la petite enfance. Pendant la guerre, son soutien penche de plus en plus du côté des communistes tandis que son hostilité à Tchang réapparaît au grand jour. En réaction, Tchang cherche à la faire purger du Kuomintang mais sa femme et Sun Ke, le fils de Sun Yat-sen, s’y opposent.

Après la fin des hostilités, elle prend la décision de se détacher officiellement de la majorité nationaliste fidèle à Tchang en cofondant en janvier 1948 le Comité révolutionnaire du Kuomintang dont elle est élue présidente honoraire. Le RCCK reste aujourd’hui l’un des rares partis politiques autorisés en Chine.

En 1949 après la prise de pouvoir par les communistes, elle est le seul membre de sa famille à rester en Chine. Elle ne reverra plus jamais ses frères et sœurs. Néanmoins des échanges de lettres et de cadeaux, en particulier avec Song Meiling qui a suivi Tchang à Taïwan, auront lieu en secret. Elle est nommée vice-présidente du gouvernement populaire central, présidente de l’Association des amitiés sino-soviétiques et présidente honoraire de l’Association des femmes. Cependant dans les faits ces fonctions sont purement honorifiques et ne lui donnent pas de véritables pouvoirs. Elle continue à poursuivre ses activités en faveur de l’enfance dans le cadre de l’organisme qu’elle a fondé durant la guerre, mais rebaptisé l’Institut chinois de protection sociale. En 1950, elle visite dans le cadre de ses fonctions l’Inde, la Birmanie, le Pakistan et l’Indonésie. Au début des années 50, elle crée avec Israël Epstein le magazine La Chine en construction, qui deviendra plus tard La Chine au présent. En 1951, elle reçoit le prix Staline de la Paix. En 1953 paraît une collection de ses écrits.

À partir de 1959, elle est nommée vice-présidente de la République Populaire de Chine, fonction qu’elle partage avec Dong Biwu. Pendant la Révolution Culturelle, la famille Song est dénoncée comme capitaliste et la tombe des parents de Song Qingling est vandalisée. Elle sera persécutée durant une partie de la période par Jiang Qing, mais Zhou Enlai persuade Mao Zedong d’établir une liste de cadres protégés, en tête de laquelle Song Qingling est inscrite. Son statut de veuve de Sun Yat-sen, qui reste une personnalité très respectée en Chine, lui offre une protection encore efficace. De 1968 à 1972, elle assure avec Dong Biwu l’intérim du poste de président de la République, vacant après l’éviction de Liu Shaoqi. Néanmoins, il s’agit encore une fois d’une fonction de façade. Song Qingling vit dès lors isolée et recluse à Pékin. À la fin de la Révolution Culturelle elle exprime dans une lettre au comité central son mécontentement concernant ce qu’est devenue la Chine.

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Parmi les honneurs rendues à la « Guomu », ce buste présent au Centre scientifique et technique pour l’enfance de Pékin portant son nom

Le 15 mai 1981, elle est inscrite au PCC et nommée le lendemain Présidente honoraire de la République. Malheureusement elle est atteinte d’une leucémie et meurt le 29 mai 1981 à l’âge de 88 ans.

Aurélien Gabriel Bréau

 

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