Point Actualité du 14 mai 2018

Deux fois par mois, les étudiants membres de l’Association de la Sorbonne pour les Mondes Asiatiques vous présentent un résumé et des analyses de l’actualité asiatique. Voici ce qu’il s’est passé entre le 23 avril et le 14 mai !

 

🌏🌏 QUESTION RÉGIONALE : QUELLE PAIX POUR LES DEUX CORÉES APRÈS LE SOMMET INTER-CORÉEN ?

Après une année 2017 marquée par une escalade spectaculaire des tensions entre Kim Jong Un et Donald Trump, la volte-face diplomatique du régime nord-coréen a atteint son paroxysme le 27 avril 2018 avec la tenue du sommet inter-coréen. Après une poignée de main résolument symbolique, les dirigeants coréens se sont réunis le temps d’une journée dans le village de Panmunjom, en zone démilitarisée, pour discuter des modalités de la paix. Fortement médiatisée, cette rencontre a débouché sur la signature d’un document, la déclaration de Panmunjom.Cette déclaration confirme le climat de détente de ces derniers mois avec la promesse d’un accord de paix avant fin 2018, l’annonce d’une dénucléarisation totale de la péninsule, la reprise du dialogue bilatéral et la promesse d’une visite de Moon Jae In, le président sud-coréen, à Pyongyang. Unanimement salué par les partenaires étrangers, ce document s’inscrit néanmoins dans la continuité des tentatives de coopération précédentes: démarrées en 1992, approfondies lors des précédents sommets, en 2000 et 2007, elles ont rapidement avorté dû au bellicisme du régime nord-coréen, mais aussi aux changements de majorité en Corée du Sud. Ce sommet est-il susceptible de représenter le coup d’envoi d’un processus de paix durable et effectif, contrairement aux précédents ?

Un énième sommet inter-coréen?

Le rapprochement intervient dans un contexte politique particulièrement favorable à la relance du dialogue bilatéral. En effet, les deux voisins se situent à un moment de « croisée des chemins », de rupture des constantes stratégiques qui ont marqué la décennie précédente pour faire place à de nouvelles priorités. Du côté de la Corée du Sud, l’élection de Moon Jae In marque le retour au pouvoir du Parti Démocrate après une décennie de gouvernement conservateur particulièrement frileux sur la question: l’exécutif, qu’il soit représenté par Lee Myung Bak (2008-2013), ou par Park Geun Hye (2013-2017) avait fortement ralenti voire gelé toute relance du processus de paix en promouvant une approche militariste. Au contraire, le nouveau Président se démarque de ses prédécesseurs par sa volonté de remettre au goût du jour la politique du « rayon de soleil », à savoir une posture cherchant le dialogue et la coopération dans un esprit d’ouverture vis-à-vis du régime nord-coréen. Du fait d’élections législatives qui se tiendront dans deux mois, Moon Jae In peut tirer un bénéfice politique considérable à relancer des négociations qui patinent depuis des années, maintenant la société sud-coréenne dans un étau insupportable entre les menaces étatsuniennes et nord-coréennes. La Corée du Nord se trouve de même dans une situation où ses intérêts immédiats la poussent à négocier avec le frère ennemi. La réussite annoncée du programme nucléaire clôture le premier volet de la politique du «Byongjin », mise en avant par Kim Jong Un. Celle-ci consiste en un développement nucléaire qui, en garantissant la sécurité nationale et en approvisionnant le pays en énergie, créerait les conditions pour le développement économique, réelle priorité du régime. Le volet nucléaire terminé, la Corée du Nord a annoncé vouloir approfondir le second objectif, ce qui nécessite un allègement des sanctions et la reprise de la coopération avec son voisin. On peut de même penser que l’obtention de l’arme nucléaire place le régime dans une situation de puissance qui lui permettrait d’imposer des conditions davantage favorables à ses intérêts.

Cependant, ce sommet est-il réellement novateur par rapport aux précédents ? Le fait que Moon Jae In ait à peine débuté son mandat devrait garantir la cohérence de la position sud-coréenne dans les années à venir, et permettre à celui-ci de mettre en place les dispositions énoncées lors de la rencontre du 27 avril. Par ailleurs, c’est la première fois qu’une telle initiative a lieu dans un moment de rupture totale entre Corée du Nord et États-Unis. Cette situation de crise pourrait renforcer la légitimité et la profondeur des négociations, qui sont le fruit d’un volontarisme effectif de la part de Moon Jae In qui tente de se placer en médiateur pour forcer les deux protagonistes à la tempérance. Cet engagement sud-coréen est renforcé par la reconnaissance de la souveraineté de l’État sud-coréen par l’exécutif nord-coréen, quand précédemment il s’agissait de nier celle-ci en assimilant le voisin à une «marionnette des États-Unis ». La dénucléarisation, pierre d’achoppement des tentatives de résolution du conflit, est annoncée comme objectif principal des négociations, ce qui devrait accélérer le dialogue sur le sujet malgré la faible teneur de la déclaration en annonces concrètes. Enfin, il s’agit de la première fois qu’un dirigeant nord-coréen se rend en Corée du Sud, précisément à l’endroit où l’armistice de 1953 a été signée. Le choix d’un lieu si symbolique est révélateur de l’originalité de ce sommet qui marque par sa continuité avec les précédents, mais dans un esprit visiblement nouveau.

L’attitude des médias est révélatrice néanmoins de la réception mitigée de ce nouveau sommet en Corée. Les journaux conservateurs pointent un cynisme évident de la part de Kim Jong Un, qui utiliserait ces tractations comme un répit pour terminer en secret son programme nucléaire, tandis que les tribunes progressistes soulignent la nécessité d’attendre une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un pour tirer des conclusions. Ces positions, au mieux circonspectes, au pire complotistes soulignent la profonde désillusion de la société sud-coréenne quant à un processus de paix en permanence bafoué par son voisin. Pourquoi respecterait-il des engagements déjà émis en 1992 , 2000, 2005 et 2007 ? Au vu de l’opacité entourant la société nord-coréenne, il paraît difficile de mesurer l’accueil des négociations de l’autre côté de la frontière. Cependant, l’octroi du titre de «Président » à Moon Jae In lors du journal télévisé annonçant l’événement, confirme la nouvelle légitimité de l’interlocuteur sud-coréen, par rapport aux sommets précédents où le dirigeant était appelé par son prénom.

La relance du processus de paix, effective mais à nuancer.

« Les deux dirigeants déclarent solennellement devant les 80 millions de Coréens et le monde entier qu’il n’y aura plus de guerre sur la péninsule coréenne et qu’en conséquence une nouvelle ère de paix a commencé. » annoncent d’office les dirigeants dans leur déclaration conjointe, se donnant jusqu’à fin 2018 pour signer un traité de paix qui mettrait fin à des hostilités de presque 70 ans. Pour ce faire, un arsenal de mesures sont proposées en vue de relancer la coopération entre les deux nations. La fusion des délégations coréennes lors d’évènements sportifs (à l’image des Jeux Olympiques d’Hiver de 2018, voir pour plus de détails sur cette question notre Point d’Actualité du 5 mars), la reprise des réunions familiales, la fin de la propagande par haut-parleurs, l’alignement du fuseau horaire nord-coréen sur celui de son voisin, la promesse de rencontres bilatérales régulières ont notamment été évoquée par les deux leaders dans une déclaration qui se veut optimiste et volontariste.

Il s’agit ainsi de transformer la zone démilitarisée (DMZ), en « zone de paix », ce qui implique effectivement la signature d’un traité de paix mais aussi le désarmement des deux protagonistes. Sur ce point, les discussions semblent de même avoir été fructueuses, mais le flou reste de mise : si la « dénucléarisation » de la péninsule est annoncée, aucune mesure pour l’appliquer n’a été donnée. Le terme n’a pas non plus été défini. On présuppose qu’une telle politique impliquerait le démantèlement de l’arsenal nord-coréen et du bouclier nucléaire déployé par les États-Unis au sud de la péninsule, scénario peu probable dans un futur proche. Instrumentalisée comme outil de légitimation à l’extérieur comme à l’intérieur, assurance-vie du régime nord-coréen, la force nucléaire restera probablement hors de portée de ces négociations qui déboucheront probablement sur des mesures de type cosmétique (fermeture d’un site d’essai nucléaire…).

Par ailleurs, la dénucléarisation de la péninsule est soumise à des conditions de « sécurité » de la part de Pyongyang, qui fait référence au bouclier nucléaire mais aussi à la présence de 28.500 soldats américains en Corée du Sud. Le conditionnement de l’accord au retrait des troupes américaines représente une menace évidente à la survie de celui-ci. Cependant, il convient de noter qu’un moratoire sur les armes balistiques et essais nucléaires a été annoncé peu avant le sommet par Kim Jong Un, un pas en avant timide mais réel. Sur ce point, la déclaration de Panmunjom adopte ainsi davantage les caractéristiques de la déclaration d’intention que de la mise en place concrète des conditions de la paix…

Contrairement aux avancées pratiques, le 3e sommet inter-coréen a brillé par sa charge symbolique, qui a fait de l’événement un véritable éloge du nationalisme coréen. Après une poignée de main amplement photographiée, la traversée de la frontière par Kim Jong Un, puis par Moon Jae In, avant de retourner en territoire sud-coréen pour l’entrevue, les deux chefs d’État se sont réunis autour d’une table, dégustant des mets typiques aux deux Corées (nouilles froides), entourés de marguerites, signe de la paix. Le paysage des Monts Kumgang qui se dessinait à l’horizon rappelait la station touristique co-gérée par les deux États jusqu’en 2008, tandis que le pin qui a été planté sera irrigué par des fleuves transfrontaliers. Enfin, comme de coutume dans tous les nationalismes, l’unité coréenne a été mise à l’honneur au détriment d’un voisin, en l’occurrence le Japon : le dessert, en forme de Corée, incluait de même les îles Dokdo, contrôlées par la Corée du Sud mais revendiquées par le Japon. La garde d’honneur sud-coréenne a été à l’occasion vêtue du costume impérial datant d’avant l’invasion japonaise, rappel de l’unité d’autrefois. S’il y a bien une chose qui réconcilie les deux Corées, c’est leur histoire conflictuelle avec le voisin japonais.

L’internationalisation du conflit révélateur de la nouvelle donne régionale.

Exhortant les leaders coréens à organiser une réunion quadrilatérale (Chine, États-Unis, Corée du Sud, Corée du Nord) en vue du traité de paix, la déclaration de Panmunjom officialise l’internationalisation du conflit et fait preuve d’un certain pragmatisme géopolitique en s’assurant le soutien des traditionnels alliés des deux États.

Dans un tweet tonitruant, le président des États-Unis s’est félicité de sa ligne dure envers le régime nord-coréen et s’est accordé les mérites de ce sommet. Bien qu’en réalité, la reprise du dialogue inter-coréen soit en majeure partie due à des facteurs internes aux deux États, il est impossible de nier la pression exercée par l’administration Trump sur le régime nord-coréen. Pour autant, ce sommet peut-il être considéré comme une victoire diplomatique ? En réalité, le président Moon Jae In, en prenant l’initiative de ce sommet, en lui donnant des relents nationalistes qui ont accru sa légitimité, et en signant une déclaration conjointe avec Kim Jong Un, a considérablement réduit les marges de manœuvre de Donald Trump. Au risque d’être fortement discrédité, il ne peut s’opposer frontalement à une déclaration qui ne satisfait que partiellement les revendications étatsuniennes. Le bellicisme du président, qui a fait bouger les lignes, a préoccupé le gouvernement coréen à tel point que celui-ci s’est distancié de son allié américain, le contournant en cherchant une solution par lui même au conflit.

Cette nouvelle approche sud-coréenne a été saluée par le gouvernement chinois, qui a exhorté Moon Jae In à « ne pas obéir aux États-Unis » et à continuer sur cette lancée. La présence chinoise, discrète sur cette question, s’est néanmoins faite sentir tout au long du processus d’apaisement des relations inter-coréennes : après une période de crispation des relations Chine-Corée du Nord, Kim Jong Un s’est rendu sur le territoire chinois pour y rencontrer Xi Jinping en mars. La pression continue de celui-ci pour assurer la stabilité de la péninsule et la nécessité du dirigeant nord-coréen de s’assurer le soutien de son allié ont pu représenter un atout pour la réussite de ces négociations. Le leadership chinois s’est ainsi fait sentir sur la question, avec une subtilité que n’a pas connu l’approche étatsunienne : il s’agit de se positionner en tant qu’arbitre régional et ne pas se laisser distancier par Donald Trump sur la question. Protecteur auto-déclaré du dialogue inter-coréen, l’exécutif chinois a ainsi commenté le sommet en citant des vers du poète Lu Xun « Après toutes les vicissitudes traversées, nous restons des frères. / Lorsqu’on se revoit, un sourire chasse la rancune. »

Le sommet du 9 mai à Tokyo entre la Corée du Sud, la Chine et le Japon a officialisé le nouveau rapport de force, qui se fait visiblement au détriment du dernier acteur. En effet, le Japon a brillé par son absence lors des tractations : la présence massive de l’administration Trump, et de la Chine sur la question a occulté le voisin nippon. Favorable à un règlement du conflit, le Japon s’est senti à la fois bafoué par les attaques sur sa souveraineté ( Shinzo Abe a estimé que le gâteau Dokdo n’avait « pas lieu d’être »), et ignoré sur ses revendications : en effet, le sujet des droits de l’homme a été totalement ignoré lors des débats, et notamment la justice quant à l’enlèvement de plusieurs japonais par le régime nord-coréen dans les années 1970. Ainsi, le sommet inter-coréen du 27 avril a servi de miroir du nouveau rapport de force, et des tensions qui traversent actuellement la région est-asiatique.

Sur la spécificité du 3e sommet inter-coréen par rapport aux précédents: http://english.hani.co.kr/arti/english_edition/e_northkorea/842393.html
Sur la possibilité d’une réunification coréenne: https://www.monde-diplomatique.fr/2016/01/BULARD/54457

🇧🇹 🇧🇹 BHOUTAN : DES ÉLECTIONS POUR LA CHAMBRE HAUTE, OU L’OCCASION D’UN RETOUR SUR DIX PREMIÈRES ANNÉES DE DÉMOCRATIE

Le 20 avril 2018 a eu lieu l’élection des membres du Conseil national du Bhoutan, assemblée qui remplit depuis l’adoption de la constitution de 2008 le rôle de chambre haute de la monarchie constitutionnelle.

Le Conseil national du Bhoutan a pour fonction d’examiner les décisions et actions dans les domaines de la sécurité et de la souveraineté ainsi que les projets de lois venus de l’Assemblée nationale du Bhoutan (la chambre basse). Composé de 25 membres (20 élus par les 20 districts du pays et 5 nommés par le roi, tous sont en fonction pour cinq ans), il est voulu apolitique : les membres de partis politiques n’y sont pas éligibles . Au contraire, sont recherchés des profils civils d’experts : un diplôme d’études supérieures délivré par un établissement reconnu est nécessaire pour candidater.

Plutôt que des enjeux politiques, ce sont donc des enjeux constitutionnels qui sont révélés par les élections du Conseil national. Marquant le dixième anniversaire de la première constitution du pays, elles ont été l’occasion de nombreuses réflexions de la part des leaders et des Bhoutanais sur l’état de leur démocratie, comme en témoigne cet article du journal national bhoutanais, le Kuensel, qui pose un regard critique sur les différentes avancées mises en avant par l’élection et sur les efforts à poursuivre.

Parmi les grandes évolutions notées par les observateurs et notamment par la Commission des élections du Bhoutan qui est en charge de l’organisation des élections du pays, on retient un gain d’intérêt pour le fait politique. Cela se voit à la fois avec le nombre de candidats en constante augmentation (127 candidatures en 2018 contre 67 en 2013 et 52 en 2008) comme avec le nombre d’inscriptions puisqu’on note une augmentation de 13% depuis 2013. Pour ce qui est du taux de participation de 54,3%, il a toujours été bas pour les élections du Conseil national (il était à 53% en 2008 et de 45% en 2013). En cause, une difficulté d’accès importante aux centres de vote. En effet, le pays est entièrement composé de terrains montagneux et le système électoral veut que l’on vote selon son lieu d’inscription, ce qui correspond généralement au lieu de naissance quand beaucoup de Bhoutanais vivent dans les grandes villes. Ainsi, peu font le déplacement. Pour remédier à ce problème, qui avait déjà été observé en 2013, des systèmes de vote par envoi postal ont été installés et sont responsables d’un gain de participation important. Des mesures ont également été prises pour les prisonniers et personnes à mobilité réduite, montrant l’importance de la question de la participation pour les dirigeants du pays.

Une autre question importante pour les Bhoutanais est celle de la place des femmes. Parmi les 127 candidats à cette élection, seulement 6 étaient des femmes, et parmi les 20 élus on ne compte que deux femmes. Bien que ce soit une différence par rapport aux résultats passés (deux avaient été élues en 2008, aucune en 2013) et que le roi continue de contrebalancer ces résultats en choisissant des femmes parmi les cinq membres qui relèvent de sa discrétion, il ne faut pas mettre fin aux efforts selon le réseau pour la reconnaissance des femmes du Bhoutan et la Commission des élections. Une discrimination positive en faveur des femmes a été mise en place au Bhoutan avec la tenue de formations lors des campagnes électorales.. Des cycles de débats et de conférences sur les effets de ces actions ont été tenus pour poursuivre les efforts pour les prochaines élections. Pour en savoir plus sur la place des femmes dans la société bhoutanaise, nous vous invitons à consulter cet article du Kuensel du 12 mai 2018.

Enfin, ces élections ont permis de raviver le débat sur la place de la démocratie au Bhoutan. De nombreux éléments ont ainsi été étudiés, allant de l’âge moyen des candidats élus au taux de renouvellement de la chambre. En début mai, s’appuyant sur ces éléments, les représentants des différents partis politiques du pays se sont réunis avec des journalistes pour réfléchir sur les dix premières années de la démocratie bhoutanaise et pour préparer correctement celles de la chambre basse. Un compte-rendu de cette réunion est disponible sur le Kuensel.

 

🇮🇳 🇮🇳 INDE : LES VIOLENCES SEXUELLES, UN PROBLÈME DE SOCIÉTÉ PERSISTANT.

Le 16 décembre 2012, Jyoti Singh, une étudiante en kinésithérapie âgée de 23 ans est sauvagement agressée par six hommes dans un autobus de New Delhi. La victime est violée à plusieurs reprises y compris avec une barre de fer rouillée avant d’être violemment battue. Gravement blessée, elle est hospitalisée et meurt des suites de ses blessures le 29 décembre 2012. L’événement entraîna des réactions populaires de grande ampleur ainsi qu’une réelle prise de conscience, un réel questionnement de la condition des femmes en Inde. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme demanda à l’Inde d’organiser un débat en urgence pour convenir des mesures à prendre pour mettre un terme à ce problème d’envergure nationale que constituent les agressions sexuelles en Inde. Toutefois depuis la mort de Singh, ce problème ne semble pas avoir été réglé, il semblerait même s’aggraver. En l’espace d’une semaine, trois adolescentes ont été violées puis brûlées vives en Inde. L’une d’entre elles âgée de 16 ans est morte des suites de ses brûlures. Elle menaçait de dénoncer son violeur de 26 ans. Les faits se seraient déroulés dans le district de Sagar, dans l’État de Madhya Pradesh, dans le centre de l’Inde. Les deux autres agressions se seraient produites dans l’État de Jharkhand dans le nord-est de l’Inde. La première victime est décédée et la deuxième lutte toujours en ce moment même entre la vie et la mort. La législation contre les viols, agressions sexuelles et violences sexuelles faites aux femmes ne cesse de se renforcer en Inde depuis le viol collectif commis à New Delhi en 2012. Toutefois le problème semble persister, les horreurs ne cessent de se répéter. Au mois de janvier deux fillettes de huit ans ont été agressées. L’une d’entre elles a été enlevée, violée puis tuée par un groupe d’hommes. L’autre a été violée par son oncle âgé de 28 ans. Ces drames ont chaque fois gagné une ampleur nationale et suscité des manifestations et une vague d’indignation en Inde. De plus en plus d’Indiennes dénoncent ces actes innommables dont elles sont les victimes. Le travail de compréhension et de prise en charge du problème effectué par le gouvernement depuis 2012 ne semble pas suffisamment efficace pour vaincre ce fléau qui touche des femmes adultes mais aussi des fillettes de moins de 12 ans.

Pour en savoir plus : https://www.20minutes.fr/monde/2267975-20180512-fait-societe-coup-projecteur-mediatique-pourquoi-parle-autant-cas-viol-inde
http://www.europe1.fr/international/inde-une-troisieme-adolescente-violee-et-brulee-vive-en-une-semaine-3649802
http://www.cnews.fr/monde/2018-05-11/inde-une-troisieme-adolescente-violee-et-brulee-vive-en-une-semaine-781366

🇨🇳 🇮🇳  CHINE ET INDE : SOMMET À WUHAN, QUELLE SUITE POUR LES RELATIONS SINO-INDIENNES ?

Les relations sino-indiennes ont, depuis l’indépendance indienne en 1947, oscillé entre coopération et affrontement pour le leadership régional. Avec la proclamation de la République populaire de Chine en 1949, l’Inde avait vu dans son voisin chinois un allié potentiel pour son projet de « troisième voie » et de non alignement face aux deux superpuissances soviétique et américaine. Cependant, le conflit qui a éclaté en 1962 autour de la ligne McMahon, frontière sino-indienne héritée de la colonisation britannique et jamais reconnue par la Chine a rapidement fait s’évaporer le rêve d’une coopération sino-indienne pleine et entière. Cette guerre qui s’est conclue par la victoire écrasante de la Chine avec l’annexion du territoire indien de l’Aksai Chin est à l’origine d’une crainte indienne envers Pékin et le symbole de la montée en puissance chinoise.

À cette crainte s’ajoutent la relation privilégiée que la Chine entretient avec le Pakistan et ses relations avec les pays traditionnels de l’arrière-cour indienne – Sri Lanka et Maldives entre autres – dans le cadre d’une politique ambitieuse dans l’océan Indien que certains observateurs caractérisent comme politique du « collier de perles ». La Chine a aidé le Pakistan à se doter d’une force nucléaire lui permettant de rivaliser avec l’Inde mais a également mis en place un vaste projet d’infrastructure reliant le port pakistanais de Gwadar au Xinjiang dans le cadre du China-Pakistan Economic Corridor (中国-巴基斯坦经济走廊), autant de raisons poussant New Delhi à se méfier de Pékin.

Pour en savoir plus sur la politique chinoise dans le sous-continent indien, n’hésitez pas à consulter notre Point d’Actualité du 28 janvier.

De son côté, la Chine a souvent eu pour habitude de nier le rôle de grande puissance à l’Inde et à considérer les relations sino-indiennes comme secondaires dans sa politique régionale. Le rapprochement entre New Delhi et les États-Unis à partir de la présidence de Bill Clinton a cependant obligé la Chine, craignant un endiguement américain, à reconnaître l’importance de l’Inde dans les relations internationales. Dans le même temps depuis l’ouverture économique de la Chine et la mise en place d’un statu quo autour de la question de leur frontière commune et des territoires de l’Aksai Chin et de l’Arunachal Pradesh, les deux puissances se sont rapprochées. La Chine étant devenue le premier partenaire commercial de l’Inde, les gestes d’amitié se sont accrus depuis la présidence de Hu Jintao. Avec l’arrivée en 2013 de Xi Jinping à la tête de l’État chinois, ces signes ont continué mais les tensions ne se sont pas pour autant atténuées.

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Carte provenant de cet article du SCMP revenant sur les disputes frontalières: http://www.scmp.com/week-asia/geopolitics/article/2105519/road-doklam-when-will-china-and-india-start-talking-about-1962

En effet, l’été dernier, les tensions frontalières au niveau du plateau du Doklam ont été ravivées. Certains observateurs y voyaient déjà les prémices d’une seconde guerre sino-indienne. Dans ce contexte de rivalités historiques pour le leadership régional et de craintes communes, le premier ministre indien Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping se sont rencontrés à Wuhan en Chine lors d’une visite informelle les 27 et 28 avril. Xi Jinping espérait que ce sommet « ouvre un nouveau chapitre » pour les relations sino-indiennes. Cette rencontre a été l’occasion pour les deux dirigeants de multiplier les signes d’apaisement et de coopération bien qu’aucune déclaration conjointe n’ait été publiée. Les diplomates des deux côtés de la frontière ont ainsi fait allusion à la reprise d’un projet conjoint en Afghanistan. Ce projet avait déjà été discuté par les deux puissances en 2010 mais n’avait jamais abouti.

Sur les projets communs en Afghanistan et les différentes déclarations : https://www.indiatoday.in/modi-in-wuhan/story/with-afghanistan-project-india-and-china-look-to-move-beyond-obor-differences-1222454-2018-04-28
Article du South China Morning Post sur la position du Pakistan face à cette rencontre : http://www.scmp.com/week-asia/geopolitics/article/2143695/should-pakistan-be-alarmed-bff-china-gets-pally-india

Les déclarations des deux dirigeants semblent démontrer la prise de conscience commune des enjeux d’une coopération entre les deux pays. En outre, Xi a déclaré que « la Chine et l’Inde sont toutes les deux des moteurs importants de la croissance mondiale. Nous sommes les piliers centraux pour promouvoir un monde multipolaire et globalisé. Une bonne relation Chine-Inde était importante et un facteur positif pour maintenir la paix et la stabilité dans le monde ». Modi pour sa part a affirmé qu’une coopération entre la Chine et l’Inde, deux pays représentant 40% de la population mondiale, était une grande chance pour les deux pays et qu’une forte amitié sino-indienne était bénéfique pour les deux peuples et le monde entier. Les deux partis ont ainsi appelé à un renforcement du dialogue entre leurs pays et de la confiance mutuelle tout en soulignant l’autonomie de leurs politiques régionales et internationales.

Ce sommet laisse espérer des deux côtés, des relations pacifiées ainsi que des échanges culturels stratégiques plus fréquents. Dans ce sens, Modi a indiqué qu’il espérait que ce type de rencontre informelle devienne une tradition entre les deux pays et qu’il serait « heureux, qu’en 2019, nous puissions avoir une telle rencontre en Inde ». Cependant, ce sommet a avant toute chose été symbolique. L’Hindustan Times dans son éditorial du 29 avril fait valoir que la reprise de relations pacifiées entre les deux puissances est loin d’être assurée, des questions comme celles du Tibet et du Dalaï-lama du côté indien et la relation sino-pakistanaise pouvant demeurer des sources de tension.

Trois articles d’opinion d’anciens ministres des Affaires étrangères indiens:
http://indianexpress.com/article/opinion/columns/narendra-modi-xi-jinping-wuhan-summit-india-china-relations-doklam-5160656/
http://www.thehindu.com/opinion/lead/when-india-and-china-meet/article23752113.ece

https://thewire.in/diplomacy/shivshankar-menon-india-china-wuhan-korea

🇯🇵 🇯🇵 JAPON : DES AVANCÉES POUR LA PAIX ? UNE RENCONTRE PRÉVUE ENTRE POUTINE ET ABE LE 26 MAI

Une rencontre entre Vladimir Poutine et Shinzo Abe a été annoncée cette semaine pour le 26 mai. Elle aura lieu à Moscou. L’objectif des deux représentants est de trouver un accord sur les îles Kouriles, quatre îles du nord de l’archipel qui sont disputées par les deux pays depuis 1945. En effet, il serait question d’y engager des activités économiques conjointes. Des discussions en amont ont déjà eu lieu cette semaine entre les Vice-Premiers ministres Takeo Mori et Igor Morgulov pour décider du type d’activités qui pourrait être lancé. Mori a partagé après cette rencontre ses espoirs de trouver un accord de paix à l’issue de cette collaboration. Rappelons-le, le Japon et la Russie ne sont jamais parvenus à un traité de paix après la Seconde Guerre mondiale, précisément du fait de la dispute autour des Kouriles. Pour en savoir plus sur les relations russo-japonaises et sur l’histoire de leurs contentieux territoriaux, nous vous invitons à lire cette infographie (en anglais) qui en résume bien les enjeux.

Ce n’est pas la première fois cette année que sont engagés des pourparlers entre les deux États au sujet des îles. Déjà en février, alors que la Russie organisait des exercices militaires sur les Kouriles, des représentants s’étaient rencontrés à Tokyo pour discuter du projet de collaboration économique. En janvier, devant le parlement, Shinzo Abe avait partagé son enthousiasme pour une relation à laquelle il disait prêter un potentiel important. Il évoquait alors des espoirs de paix. Ces nombreux rapprochements font en fait partie d’une dynamique plus large d’échanges culturels, lancée en 2017 : “L’année russe au Japon” et “L’année japonaise en Russie”.

Les experts ne partagent cependant pas l’optimisme de Shinzo Abe. Trouver un accord sur le droit à appliquer dans le cadre de ces activités économiques (entre le droit russe et le droit japonais) ne sera pas une mince affaire expliquent-ils, dans la mesure où la souveraineté sur ces territoires reste un point de contentieux majeur. De plus, on ne peut s’attendre à voir l’une des parties donner un avantage légal à l’autre. Pour des analyses plus détaillées, nous vous invitons à lire cet article du Diplomat. Pour en savoir plus sur les engagement russes en Asie, n’hésitez pas à consulter notre Point d’Actualité du 4 avril, où nous revenions en détails sur l’histoire des ambitions russes en Asie.

🇲🇾 🇲🇾 MALAISIE : UNE VICTOIRE HISTORIQUE DE L’OPPOSITION?

Le mercredi 9 mai, près de 15 millions d’électeurs étaient appelés à se rendre aux urnes pour élire les 222 députés de l’Assemblé Nationale en Malaisie. Depuis 1957, le coalition multiethnique Barissan Nasional (Front national, BN) avait gouverné le pays. Najib Razak, le premier ministre issu de cette coalition avait perdu la majorité à l’Assemblé lors des dernières législatives. Il était de nouveau la figure de proue du BN pour ces élections. Son opposant était Mahathir Mohamad, ancien président et ancien mentor de Najib Razak. Il n’était cependant pas inconnu des Malaisiens. Âgé aujourd’hui de 92 ans, il a gouverné la Malaisie pendant 22 ans sous les couleurs du BN avant de quitter son poste de Premier Ministre en 2003. La coalition qu’il représentait, le Pakatan Harapan (Alliance de l’espoir, PH) a obtenu la majorité absolue en remportant 113 des 222 sièges.

La victoire de l’opposition apparaît comme historique pour la Malaisie. Cependant est-il possible de parler d’une véritable alternance ? La figure de Mahathir est double. Il a été le chef du gouvernement lors de la période de décollage économique de la Malaisie dans les années 1990. Sa politique économique faisait apparaître la Malaisie comme un des tigres asiatiques qui avaient le moins souffert de la crise financière. Toutefois, il a également été un chef autoritaire qui a limité la liberté d’expression et a fait emprisonner ses adversaires – tel que Anwar Ibrahim, son allié actuel, condamné à la fin des années 1990 alors qu’il était son adjoint. De plus sa politique identitaire a exacerbé les tensions. En quittant le pouvoir en 2003, il a assuré sa succession avec Abdullah Badawi. Puis, il a travaillé à le faire remplacer par Najib Razak.

Depuis que Najib Razak a été au centre d’une enquête internationale pour corruption et détournement de fonds concernant le scandale M1DB, Mahathir s’est retourné contre lui. Il a, par exemple, promis de le faire comparaître devant un tribunal. Le samedi 12 mai, Razak s’est vu dans l’impossibilité de quitter le pays. Le retour au pouvoir de Mahathir peut laisser craindre le retour de ses anciennes pratiques autoritaires et n’apporte pas de solution nouvelle au pays. Pour beaucoup de jeunes Malaisiens, il reste un homme politique qui a mené une politique autoritaire. Pour marquer leur mécontentement face au paysage politique malaisien, Ces jeunes avaient lancé le mouvement #UndiRosak (« #BulletinNul »). L’événement n’en reste pas moins marquant pour la Malaisie. Beaucoup voyaient les élections comme jouées d’avance avec une victoire plus que probable du BN, surtout que Najib Razak avait imposé un redécoupage des circonscriptions électorales favorable à son parti afin de conserver sa mainmise sur le pays.

“Le retour improbable” de Mahathir Mohamad. La Malaisie aurait-elle effacé d’un coup vingt ans de son histoire politique ? https://asiancorrespondent.com/2018/01/malaysia-erase-last-20-years-political-history/#tgJIdcRAouAksQLk.97
https://www.courrierinternational.com/article/portrait-mahathir-mohamad-limprobable-retour-de-lex-premier-ministre-malaisien

Les relations de Mahathir Mohamad et Anwar Ibrahim, de leur côté, semblent s’être plus qu’améliorées. Après avoir affirmé qu’il laisserait sa place à Anwar quand ce dernier serait sorti de prison lors de la campagne, Mahathir a obtenu du roi sa grâce immédiate. Dans un éditorial, le Malaysiakini rappelle qu’« il faut maintenant se retrousser les manches. Personne ne doit nourrir l’illusion qu’un nouveau gouvernement sera en mesure d’inverser le mouvement de la pourriture qui se répand depuis des décennies. Dans un pays où les divisions sont si profondes, il faudra du temps pour guérir les blessures, pour que les Malaisiens se fassent de nouveau confiance mutuellement et pour qu’ils acceptent l’autorité des nombreuses institutions qui les ont trahis ». L’arrivée au pouvoir de Anwar Ibrahim, si Mahathir tient sa promesse, pourrait être le renouveau que les Malaisiens attendent. La victoire de l’opposition et la réconciliation entre les deux hommes apparaissent comme un pas en avant pour la Malaisie. Mais comme le souligne Le Monde, le défi qui se pour le PH est de parvenir à gouverner alors que cette coalition est composée de partis hétéroclites.

Le sourire des Malaisiens peut être bref. Une tribune dans le Guardian sur le futur de la Malaisie: https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/may/11/mahathir-mohamad-malaysia-prime-minister-reelection

🇵🇭 🇵🇭 PHILIPPINES : LA RÉHABILITATION DE BORACAY A COMMENCÉ

Nous l’avions annoncé dans notre dernier Point d’Actualité, l’île Boracay, la plus touristique de l’archipel des Philippines est fermée depuis le 26 avril aux touristes pour six mois. Pour rappel, les raisons de cette évacuation étaient la dégradation de l’île causée par l’activité touristique. Selon le ministère de l’environnement, 195 commerces et 4 000 habitants n’étaient pas connectés aux réseaux d’égouts et étaient accusés de déverser leurs déchets directement dans la mer. Plusieurs installations avaient également été construites illégalement sur des zones protégées. La fermeture décidée par le président des Philippines Rodrigo Duterte a pour objectif de réhabiliter l’île en détruisant les établissements non autorisés, en nettoyant les espaces naturels et en construisant des routes et systèmes d’évacuation des déchets.

La veille de l’évacuation, des forces de police ont été rassemblées sur l’île pour réaliser des exercices de préparation. Les touristes encore présents ont ainsi pu assister avec surprise à des simulations de manifestations, de prises d’otages et mêmes d’attentats. Les habitants et travailleurs de l’île ne l’ayant pas encore quittée se sont montrés très critiques. Pris par surprise par l’annonce sur Twitter de la fermeture de l’île seulement une vingtaine de jours avant la date d’évacuation, ils s’élèvent contre l’absence de temps laissé à la préparation de leur départ. Certains ont saisi la Cour Suprême. Le président leur a promis des réparations financières et des relocalisations ou emplois temporaires, mais les sommes sont toujours attendues. Il leur a également été proposé de travailler à la réhabilitation de l’île, mais les salaires, très différents de ce à quoi ils pouvaient s’attendre avec l’arrivée de la haute saison à Boracay sont une source d’inquiétude.

Le 8 mai 2018, le président philippin a signé un ordre exécutif instituant un groupe de travail responsable de la réhabilitation. Présidé par le secrétaire d’État à l’environnement, lui-même assisté par les secrétaires d’État au tourisme et de l’intérieur, ce groupe travaille en coopération avec les pouvoirs locaux pour veiller à la légalité des plans et actions de réhabilitation et superviser la reconduction (ou non) des permis et licences des différents établissements de l’île, notamment de ceux accusés d’avoir dégradé l’environnement. Ce groupe dispose d’un mandat de deux ans à compter du 8 mai. Le problème de l’île Boracay n’est pas seulement local mais national selon Rodrigo Duterte, et il entend bien s’en saisir.

 

🇸🇬 🇸🇬 SINGAPOUR : 32e SOMMET DE L’ASEAN, UN BILAN MITIGÉ?

Le 28 avril dernier s’est tenu à Singapour le 32e sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Parmi les différents thèmes abordés : le nucléaire Nord Coréen ou l’intensification des rivalités sino-américaines. Cet article se propose cependant de développer deux points sur lesquels la position de l’ASEAN était tout particulièrement attendue : les tensions en Mer de Chine méridionale pour son libre accès et enfin, la crise rohingya en Birmanie.

Deux documents ont été élaborés à l’issue de la rencontre. Le premier : « the ASEAN Leaders’ Vision for A Resilient and Innovative ASEAN » témoigne d’une apparente cohésion entre les États membres, volontaires pour se mettre collégialement d’accord sur la gestion des enjeux régionaux. Il s’agit ainsi de renforcer la coopération et l’entente entre les nations de l’ASEAN, notamment par l’application plus soutenue de règles de droit international dans l’arbitrage des contentieux politiques régionaux. De même, l’accent a été porté sur la nécessité de limiter la prolifération d’armes nucléaires.

Mer de Chine méridionale, un itinéraire politique qui s’affine pour le navire ASEAN

Cependant, un second document vient nuancer le premier et montre que de grosses dissensions persistent entre les membres. Ce second rapport, beaucoup plus ancré dans le vif des enjeux et tensions qui alimentent les discussions entre les états-membres de l’organisation, se construit sur 25 points principaux, dont 7 sont tout particulièrement dédiés à la Mer de Chine méridionale. Chacun de ces points a fait l’objet de critiques, d’annotations et de reformulations de la part des états-membres pour parvenir à un consensus. Le Cambodge, la Malaisie ou le Vietnam ont pris une place prépondérante dans ces interventions. Le point 14 tout particulièrement réaffirme l’importance de la libre circulation en mer de Chine méridionale. Ce même point prévoit une coopération élargie entre ASEAN et la Chine pour la mise en place d’un code de conduite accepté par les deux parties. Il faut dire que la confiance entre ces états s’érode progressivement face à la militarisation accrue de cette zone maritime. L’établissement de bases navales sur des îles artificielles telles que l’archipel des Spratly en est l’exemple, tant il accentue la méfiance réciproque entre voisins. Notons que la plupart des états de l’ASEAN est toujours réticente à prendre position contre la Chine.

Pour en savoir plus sur la situation en Mer de Chine, n’hésitez pas à consulter notre Point d’Actualité du 23 avril.

Birmanie VS ASEAN… quid des Rohingya ?

Par extension, la logique de non-ingérence de l’ASEAN a souvent limité sa capacité décisionnelle. De fait, les décisions collégiales prises par la zone d’intégration régionale consistent souvent à un jeu d’équilibriste, marchant sur un fil sans faire preuve d’ingérence, pour ne froisser aucun des états membres. Le fait est que les oppositions politiques latentes entre ces états résultent aussi de différences culturelles et religieuses, ce qui est particulièrement vrai dans le cas de la crise des Rohingya. L’offensive de l’armée birmane sur la minorité musulmane Rohingya est ainsi vivement critiquée par les trois pays membres à majorité musulmane de l’organisation, que sont l’Indonésie, la Malaisie et le Brunei. Ces derniers considèrent que le gouvernement d’ Aung San Suu Kyi a jusqu’ici fermé les yeux sur la gravité de la situation dans l’État birman de Rakhine (anciennement État d’Arakan), qui est le théâtre d’une crise humanitaire sans précédent.
Le Myanmar prétend que l’organisation ne peut se permettre de faire preuve d’ingérence dans la politique intérieure de L’État birman. Ce contexte diplomatique tendu n’a pas encouragé la présence de la présidente birmane lors de ce 32e sommet. En somme, l’exode de plus de 700 000 rohingyas vers le voisin Bangladais représente une crise de droits humains sans précédent depuis la création de l’ASEAN en 1967, sur laquelle l’organisation asiatique n’est pas parvenue à accorder tous ses violons.

Pour en savoir plus :
Thayer Carl. « The South China Sea and ASEAN’s 32nd Summit Meeting, Will Cambodia once again undermine ASEAN’s position on the South China Sea? » in The Diplomat. Retrieved from: https://thediplomat.com/2018/04/the-south-china-sea-and-aseans-32nd-summit-meeting/
Welcome to Singapore – ASEAN Singapore 2018, Resilient and innovative – Ministry of Foreign Affairs. Retrieved from: https://www.asean2018.sg/About/ASEAN-2018
Le 32e Sommet de l’ASEAN se clôt sur un succès à Singapour » in Le courrier du Vietnam. Retrieved from: https://www.lecourrier.vn/le-32e-sommet-de-lasean-se-clot-sur-un-succes-a-singapour/460135.html
Chanda Tirthanka. « 32e Sommet de l’ASEAN: cinq questions à Bill Hayton » in RFI – Asie-Pacifique. Retrieved from: http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180425-32e-sommet-asean-cinq-questions-bill-hayton-singapour-rohingas-commerce

🇹🇼 🇹🇼 TAÏWAN: FIN DES RELATIONS DIPLOMATIQUE AVEC LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

Ce 1er mai, le gouvernement dominicain a informé Taïwan de la rupture des liens diplomatiques entre les deux pays. Cette annonce survient après la visite du ministre dominicain des affaires étrangères, Miguel Vergas, le lundi 30 avril et l’établissement de relations diplomatiques entre la Chine et la République Dominicaine par un accord commun. Saint-Domingue reconnaît, ainsi, « qu’il n’y a qu’une seule Chine dans le monde et que Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois ».

Taipei a dénoncé l’utilisation par la Chine d’une « diplomatie du dollar ». Pékin aurait offert jusqu’à 3,1 millions d’aide financière sous forme d’investissements, et des prêts à taux bas selon le témoignage d’un diplomate taïwanais au Reuters. Les deux Chines recherchent toutes les deux la reconnaissance internationale, véritable gage de légitimité pour deux entités qui se présentent chacune comme représentante de la Chine et de sa souveraineté sur l’entièreté de son territoire. Taïwan, cependant, ne peut plus rivaliser avec la Chine sur le plan économique et perd progressivement des alliés. Sao Tomé et Principe avaient rompu leurs liens diplomatiques en faveur de la Chine en 2016. Le Panama a fait de même en 2017. Le ministre des affaires étrangères taïwanais Joseph Wu a dénoncé le fait que la Chine offrait des montants d’aide que Taïwan ne pouvait égaler. Il a également rappelé que, Pékin ne réussissait pas pour autant à tenir les promesses faites aux anciens partenaires de Taïwan et que ces pays devaient « être conscients du danger de tomber dans le piège de l’endettement chinois quand ils s’engagent auprès de la Chine ».

L’article du Reuters sur le sujet : https://www.reuters.com/article/us-china-dominicanrepublic-taiwan/taiwan-says-china-dangled-3-billion-to-grab-ally-dominican-republic-idUSKBN1I22LN

Ainsi, Taïwan a perdu un de ses derniers alliés sur la scène internationale. Aujourd’hui, seulement 19 États reconnaissent la légitimité du gouvernement taïwanais.. L’article de l’AFP, repris par plusieurs journaux français, conclut en se demandant si le prochain État à changer de camp ne pourrait pas être le Vatican. En effet, depuis quelques mois, Pékin et le Saint Siège semblent s’être rapprochés. Les deux parties ont réaffirmé leur volonté au début de l’année 2018 d’un accord commun sur la nomination des évêques notamment, premier signe d’une normalisation de leurs relations. Le même article de l’AFP rapporte les propos de Joseph Wu qui affirme que les liens entre Taïwan et le Vatican « ne sont pas menacés dans l’immédiat ».

Pour un retour rapide sur les relations récentes entre la Chine et le Vatican, notre court sujet dans notre PA du 19 février : https://mondesasiatiques.wordpress.com/2018/02/17/point-actualite-du-19-fevrier/#more-519
Sur la difficulté de la normalisation des relations entre Pékin et le Saint Siège : https://www.youtube.com/watch?v=KbmfZFtgRpY

Pour la République Dominicaine, l’établissement de relations diplomatiques formelles apparaît comme une opportunité. Flavio Dario Espinal, conseiller juridique à la présidence, a souligné que Saint-Domingue était « profondément reconnaissante de la coopération entretenue pendant des années » avec Taïwan – pendant 77 ans – mais que « l’histoire et la réalité socio-économique nous contraignaient aujourd’hui à changer de direction ». Les médias dominicains voient dans cet accord une chance d’accroître les exportations et de redynamiser le tourisme chinois sur l’île.

Deux articles en espagnol de la presse dominicaine sur la suite de la relation Chine-République Dominicaine :
https://www.diariolibre.com/economia/confian-en-que-relacion-con-china-reanimara-las-exportaciones-KB9773927
http://hoy.com.do/aguantamos-los-amores-con-china/

Cette rupture des relations officielles entre Taïwan et la République Dominicaine semble s’inscrire dans une politique active de la Chine d’intimidation de Taipei, politique symbolisée par les démonstrations de force chinoises dans le détroit de Taïwan en avril dernier. Pour Richard W. Hu, professeur à l’Université de Hong-Kong dont les propos sont rapportés dans un article du New York Times, ce changement diplomatique en faveur de Pékin va créer une dynamique que les autres partenaires de Taïwan risquent d’imiter dans les mois à venir. Selon lui, Pékin ne respecte plus la trêve diplomatique entre les deux pays qui avait été initiée sous la présidence de Ma Ying-Jeou, l’ancien président taïwanais. En effet celle qui lui a succédé, Tsai Ing-wen, a une position plus défavorable vis-à-vis de Pékin, rejetant le consensus de 1992. La Chine continentale fait pression sur son gouvernement avec des actions comme celles du 1er mai et continuera certainement dans les prochains mois à chercher à déstabiliser le gouvernement du parti démocrate progressiste.

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