Point Actualité du 23 avril 2018

Deux fois par mois, les étudiants membres de l’Association de la Sorbonne pour les Mondes Asiatiques vous présentent un résumé de l’actualité asiatique. Voici ce qu’il s’est passé entre le 4 et le 23 avril !

🌏 🌏 QUESTION RÉGIONALE : ESCALADE DES TENSIONS EN MER DE CHINE MÉRIDIONALE, SITUATION ET ENJEUX

          La confrontation entre la Marine chinoise et un destroyer australien se rendant au Vietnam le 15 avril a fait parler la presse australienne. L’évènement a été révélé par les médias australiens une semaine plus tard, au moment même où les rumeurs d’installation d’une base chinoise au Vanuatu laissaient craindre aux gouvernements australiens et américains une expansion de la Chine dans le Pacifique Sud. De ce fait, cet incident est significatif de la montée des tensions et de la logique d’intimidation grandissante de la Chine en mer de Chine méridionale également.

La mer de Chine est une mer semi-fermée et bordée par la Chine, les Philippines, le Vietnam, le sultanat du Brunei, la Malaisie, Singapour, Taïwan et l’Indonésie. Comptant plusieurs centaines d’îles et de récifs que les différents pays de la zone se disputent afin d’élargir leur zone économique exclusive (ZEE), cette mer est cruciale commercialement et stratégiquement. En effet plus d’un tiers du commerce maritime mondial transite sur ses eaux. La présence de ressources halieutiques et énergétiques permet également d’expliquer les différents contentieux. À cette présence de ressources naturelles s’ajoutent les motivations patriotiques des pays frontaliers s’appuyant sur des arguments historiques multiples.

Les différents litiges frontaliers en mer de Chine méridionale reposent sur l’impossibilité d’appliquer la convention de Montego Bay de 1982 sur le droit de la mer (UNCLOS). Selon ce droit de la mer, la mer territoriale de chaque pays s’étend jusqu’à 12 miles nautiques – environ 20 kilomètres –  des côtes. La ZEE, source principale des conflits, s’étend jusqu’à 200 milles – 370 kilomètres – des côtes. L’État côtier dans ces zones maîtrise la pêche, la construction d’ouvrage et l’exploitation des sols. La souveraineté sur les îles et les îlots de la mer de Chine permet au pays d’étendre leur ZEE et donc leur influence sur cette zone stratégique. Pour qu’une île puisse servir de base à une ZEE, elle doit être habitée et avoir une activité économique. La Chine, depuis plusieurs années, a transformé plusieurs îles en véritables îles habitées et militarisées. Les différentes ZEE se superposent ainsi facilement et la souveraineté sur les îles est disputée par plusieurs pays. Par exemple, la Chine, Taïwan, le Vietnam, le sultanat de Brunei, les Philippines et la Malaisie se disputent la souveraineté des îles de Spratley. Les Spratleys sont considérées depuis 1998 comme un des huit points chauds de la planète en matière de conflit armé du fait de leur emplacement stratégique et de leur militarisation.

Le droit international ne parvient pas à résoudre ces conflits. En juillet 2016, suite à la militarisation d’îlots du récif de Scarborough par la Chine, La Cour permanente d’arbitrage (CPA) de la Haye a jugé qu’il n’y avait « aucun fondement juridique pour que la Chine revendique des droits historiques sur des ressources dans les zones maritimes à l’intérieur de la “ligne en neuf traits” » et estimait que « la Chine avait violé les droits souverains des Philippines dans leur zone économique exclusive ». La Chine a cependant rejeté cet arbitrage. Ainsi, dans le règlement des litiges frontaliers en mer de Chine, Pékin préfère les accords bilatéraux et ne prend pas en compte les arbitrages internationaux.

La question des frontières est essentielle en Asie. Le géographe Michel Foucher dans Asie Nouvelles (2002) souligne que ces dernières sont plus le fait d’une « politique de puissance » que de véritables « litiges territoriaux ». Les intérêts économiques de chaque pays se doublent d’une volonté de puissance. Cela est particulièrement vrai pour la Chine qui cherche à dominer la zone et rivaliser avec les États-Unis. Avec la libéralisation de son économie à partir de 1978, la Chine a compris l’importance économique de la mer dans ses échanges avec le monde. En 2012, Hu Jintao appelait ainsi la Chine à devenir une « puissance maritime » afin de défendre « résolument ses droits et ses intérêts maritimes ». Souhaitant devenir puis conserver son rôle de grande puissance, la Chine a dû développer une puissance maritime pouvant rivaliser avec les autres grands, les démonstrations militaires et la capacité à rivaliser étant encore l’expression la plus évidente de la puissance d’un État. L’expansion économique et cette quête de puissance ont incité la Chine à prendre des initiatives maritimes et renforcer son contrôle sur les grands lieux de passage du commerce international.

Le passage le plus décisif pour la Chine est le détroit Malacca. Cette importance du détroit explique la présence renforcée dans une mer que la Chine considère comme sa mare nostrum. Le problème rencontré par la Chine est qu’elle n’a un accès direct qu’à l’océan Pacifique alors que la majorité de ses échanges passe par l’océan Indien. Le détroit serait, ainsi, le centre de gravité du commerce chinois, son accès et son ouverture sont donc indispensables pour le développement du commerce chinois.  La peur de sa fermeture à la Chine ou d’une limitation de la liberté de navigation par une puissance rivale comme les États-Unis pousse les Chinois à se concentrer sur cette zone afin de sécuriser leurs flux commerciaux. Éloigné de la Chine, le détroit de Malacca se trouve hors de sa zone d’action. Ne pouvant contrôler entièrement Malacca, la Chine tente de se positionner stratégiquement de part et d’autre du détroit avec une politique maritime expansionniste. Dans cette optique de contrôle de la mer de Chine, la Chine pratique une stratégie du «saucissonnage» qui selon Robert Haddick, consultant auprès de l’État-major des forces spéciales américaines « consiste en une lente accumulation de petites actions dont aucune ne peut constituer de casus belli, mais qui, au fil du temps, conduisent à un changement stratégique majeur ». Progressivement, par le renforcement de sa marine et sa prise de possession d’îles de la mer de Chine méridionale, la Chine a avancé ses pions dans la zone.

La stratégie chinoise en mer de Chine semble payante. Le développement de la Marine chinoise fait craindre aux spécialistes qu’un conflit éclate en mer de Chine méridionale. De plus, plusieurs rapports américains, notamment celui de la RAND corporation (Research And Development), soulignent que dans le cas d’un conflit armé en mer de Chine la probabilité d’une victoire chinoise était grandissante. L’amiral Philip S. Davidson, nommé pour le poste de US Pacific Command Commander (PACOM) a de son côté affirmé devant le Sénat américain que la Chine était « désormais en mesure de contrôler la mer de Chine méridionale quel que soit le scénario, sauf dans le cas d’un conflit armé avec les États-Unis ». Selon lui, l’expansion de la marine chinoise dans la zone Asie-Pacifique avec la construction de bases secrètes laissait à craindre une domination totale de la Chine sur la région. Afin de pouvoir concurrencer la Chine dans la région, il est crucial selon Davidson que les États-Unis reprennent leur avance technologique sur la Chine avec de nouvelles armes hypersoniques et à énergie dirigées. Pour les mêmes raisons que la Chine – sécurisation de son commerce et volonté de puissance – les États-Unis sont fortement présents dans la zone avec le déploiement de la VIIème flotte et son alliance avec les Philippines. L’expansion chinoise semble cependant remettre en question l’hégémonie américaine sur la zone. Les tensions grandissantes entre Washington et Pékin sur la question taïwanaise et les tarifs douaniers pourraient s’intensifier en mer de Chine méridionale, ce qui déstabiliserait la zone encore plus.

 

 

🇲🇲 🇲🇲 BIRMANIE : AUNG SAN SUU KYI, PEUT-ON PASSER DE RÉSISTANTE A FEMME POLITIQUE EN UNE ÉLECTION ?

En 1991, le prix Nobel de la paix était décerné à Aung San Suu Kyi pour son opposition indéfectible et déterminée au gouvernement militaire qui avait oppressé la Birmanie pendant cinquante ans. De même, la victoire de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), aux élections de novembre 2015 a valu à la résistante une vague d’acclamations et d’éloges en Occident, qui voyait dans la fin du régime des généraux une nouvelle ère démocratique très prometteuse pour le pays le plus pauvre d’Asie du Sud-Est. Si à l’époque, une ondée d’investissements et d’experts se répandait sur le pays pour soutenir la mise en place de ce nouveau gouvernement et Mme Suu Kyi était qualifiée « d’héroïne » (The Econonomist, mars 2017) et de « femme qui a affronté une armée » (The Econonomist, mars 2017), le ton est maintenant plutôt au retrait des investissements étrangers et à la condamnation de l’ancienne résistante face à son silence au sujet des persécutions répétées envers la minorité musulmane des Rohingyas. La question qui hante donc tous les esprits depuis quelque temps est de savoir la cause de ce changement radical d’attitude entre une Aung San Suu Kyi militant pour les droits de l’homme et la démocratie et une femme au pouvoir qui ferme les yeux sur les violences faites aux minorités dans son propre pays et qui néglige les conseils de son entourage politique.

Pour commencer, un petit rappel de l’histoire d’Aung San Suu Kyi et de son pays. La « dame de Rangoun » est la fille du célèbre résistant Aung San, qui s’est opposé non seulement à la colonisation britannique, mais aussi à la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale mise en place par le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale, et qui a négocié par ailleurs l’indépendance de la Birmanie en 1947. Fidèle à ses antécédents familiaux, Aung San Suu Kyi a participé à la fondation de la LND en 1988, pour s’opposer à la junte militaire au pouvoir depuis 1962. Persécutée pendant 25 ans et mise sous résidence surveillée pendant 15 ans pour sa résistance politique malgré la victoire indéniable de son parti aux élections de 1990, Aung San Suu Kyi se voit décerner le Prix Nobel de la paix en 1991 pour son acharnement à promouvoir la démocratie. C’est donc en 2015 que Mme Suu Kyi obtient le retrait de l’armée dans ses baraques, avec de nouvelles élections, qui portent une nouvelle fois la LND au pouvoir. Interdite d’accès à la présidence du fait de la nationalité étrangère de ses enfants, comme le prévoit la Constitution mise en place par les généraux en tant que dernier cadeau laissé à leur opposante, Mme Suu Kyi peut néanmoins siéger au Conseil national de défense et de sécurité en tant que ministre des Affaires étrangères et présider aux décisions concernant la Birmanie, grâce au poste de conseillère d’État créé spécialement pour elle.

Mme Suu Kyi se doit donc maintenant de gouverner les 135 ethnies du pays reconnues par l’État, de faire la paix avec les autres minorités, ainsi que de relancer la croissance économique ralentie du pays. En effet, selon Romain Caillaud, spécialiste de la question birmane « beaucoup d’électeurs issus des minorités ont voté pour le parti [de Mme Suu Kyi] dans un objectif d’union nationale et d’efficacité des réformes » (Le Monde diplomatique, 2016). Au demeurant, la Conférence de Panglong du XXIe siècle, organisée par la conseillère d’État en 2016, avait amorcé un début de réconciliation nationale. Cependant, un mois après cette conférence, une attaque de gardes de frontières par la minorité musulmane connue sous le nom de Rohingya dans le nord de la province de Rakhine à l’ouest de la Birmanie avait donné lieu à des opérations des forces de sécurité, qualifiées de « nettoyage ethnique » selon un représentant de l’Agence des réfugiés de l’ONU. De même, en 2017 ont émergé de nouveaux conflits entre bouddhistes et Rohingya, se terminant aussi par de dures représailles des forces armées. Quel est donc le dilemme qui se pose à Mme Suu Kyii face à cette question qui mine son pays ?

Le premier problème auquel doit se confronter Aung San Suu Kii au sujet des Rohingyas est leur acceptation au sein même de la population birmane. En effet, les Rohingyas sont un peuple minoritaire musulman, établi dans le nord de la province de Rakhine à la frontière avec le Bangladesh. Ce peuple se considère comme descendant des peuples arabes, persans ou moghols qui seraient arrivés dans la région au VIIIe siècle. Il importe de souligner ici que la colonisation britannique, régie par la règle « diviser pour régner » a donné une connotation négative à ce peuple au sein des autres communautés, qui voient la minorité musulmane comme arrivée du Bengale illégalement pendant la période coloniale pour répondre à la demande en main-d’œuvre agricole des Britanniques. Cette perception a en outre été exacerbée par les tensions autour des terres agricoles qui ont émergé lors de la décolonisation et qui ont donné lieu à des massacres entre musulmans et d’autres peuples de la région. En outre, la loi de 1982 sur la citoyenneté exclut certains groupes, comme les descendants chinois et indiens et les Rohingyas qui de surcroît se sont vu retirer leurs cartes nationales d’identité dans le cadre d’une inspection de citoyenneté qui n’avait pourtant pas eu lieu depuis 20 ans. En effet, la Constitution de la Birmanie donne droit à un représentant régional et étatique pour tout groupe ethnique de plus de 0,1 % de la population. Les Rohingyas étant composés d’un million d’individus et constituant donc 2 % des habitants du pays auraient un impact important s’ils venaient à participer à la politique birmane. Cette éventualité effraie énormément le reste de la population de Rakhine, qui a peur de se voir imposer la charia si les Rohingyas venaient à obtenir la nationalité birmane. Ainsi, même si l’ancienne résistante avait demandé en 2016 la suppression de l’usage du mot « Bengali » pour qualifier la minorité dans la sphère publique, elle ne peut pas non plus utiliser le nom Rohingya au sein d’un gouvernement qui voit encore ces individus comme des intrus ou des immigrants illégaux.

Le deuxième problème qui met un frein à l’intervention d’Aung San Suu Kyi à l’égard des Rohingyas est l’ombre militaire qui ne cesse de menacer le gouvernement birman, malgré les résultats de l’élection de 2015. Dans les faits, l’armée birmane, pour qui la nationalité birmane ne devrait revenir qu’aux 70 % à 90 % de bouddhistes birmans du pays détient encore 25 % des sièges au Parlement, alors qu’il faut 75 % des voix pour modifier la Constitution birmane et faire la paix avec les minorités du pays. De même, les généraux birmans, déjà à l’origine du déplacement de 300 000 personnes et du massacre de plusieurs individus lors d’une mission « anti immigrants illégaux » en 1978 brandit souvent le principe de sécurité nationale pour justifier son ingérence dans les affaires nationales ou pour faire planer la menace de l’état d’urgence. Ainsi, à l’occasion des violences de 2016, c’est Mme Suu Kyi elle-même, lors d’une réunion avec le chef du gouvernement, qui a convenu de nommer les expéditions de l’armée dans la région « opérations de nettoyage de zone », pour empêcher que l’armée ne prenne le pouvoir sous prétexte que la révolte des Rohingyas constituait un risque pour la nation, comme lors de la constitution du groupe de guérilla musulman entre 1940 et 1960, lorsque la fusion entre Rakhine et ce qui était alors l’est du Pakistan a été  refusée par la Birmanie. Mme Suu Kyi se retrouve donc à devoir gérer non seulement une situation explosive dans le pays, mais aussi la lourde influence d’une armée qui se gère elle-même, choisit les ministres de la Défense et de l’Intérieur et devient violente de plus en plus fréquemment.

Enfin, le dernier problème hypothétique qui empêcherait la dame de Rangoun d’agir serait peut-être le fait qu’il n’est pas toujours évident de passer du statut de résistant à celui de gouvernant. Depuis son arrivée au poste de conseillère d’État, en plus de son silence sur le sort des Rohingyas, Aung San Suu Kyi a commis d’autres faux pas. Son gouvernement a en effet annoncé un projet de loi qui obligerait les étrangers vivant en Birmanie à demander la permission du gouvernement pour quitter leur ville de résidence pendant plus de 24 heures. Cette loi, assez contraire aux valeurs défendues par l’ancienne résistante jusqu’à présent, s’ajoute aussi à une absence de transparence dans ses activités, à son penchant pour la centralisation ou au peu de cas qu’elle fait des conseils politiques et économiques que lui donnent son entourage ou les représentants de la société civile. Peut-être que les séquelles de sa lutte de 25 ans contre les généraux birmans ont rendu Mme Suu Kyi méfiante et peu encline à recevoir des conseils, ou encore que la communauté internationale attend trop d’un gouvernement somme toute récent, qui doit gérer une situation extrêmement complexe, en plus d’un passé colonial et autoritaire traumatisant. Quoi qu’il en soit, si Aung San Suu Kyi veut réellement tenir sa promesse de paix entre le gouvernement et les groupes ethniques du pays en révolte et régler le problème des 650 000 réfugiés rohingyas ayant fui au Bangladesh, la meilleure solution serait sûrement pour elle de descendre de sa tour, finalement bien fragile.

Pour tenter de comprendre l’origine du problème des Rohingyas : https://www.globalasia.org/v12no3/focus/a-complex-crisis-the-twisted-roots-of-myanmars-rohingya-conflict_hyuk-kim

Et pour une analyse plus approfondie des réalités politiques et sociales en Birmanie : https://www.monde-diplomatique.fr/2017/01/CHAUMEAU/57000

Enfin, pour une vue d’ensemble sur la politique en Asie du Sud-Est et sa perception en Occident : https://www.monde-diplomatique.fr/2016/10/FRECON/56409

🇰🇭 🇰🇭 CAMBODGE : AIDE FINANCIÈRE JAPONAISE, TARENTULES VICTIMES DE LA DÉFORESTATION, RETOURS DIFFICILES POUR LES « KHAMÉRICAINS » ET BOOM D’ACTIVITÉ POUR VINCI AIRPORTS

UNE NOUVELLE AIDE FINANCIÈRE ACCORDÉE PAR LE JAPON. Le 8 avril, le ministre japonais des Affaires étrangères Taro Kono, en visite au Cambodge, a déclaré que le Japon accordait au royaume une aide financière d’un total de 90 millions de dollars américains. Cette aide, qui consiste précisément en un prêt privilégié de 86 millions de dollars accompagné  d’un don de 5 millions viserait à appuyer, entre autres, le développement du réseau ferroviaire ainsi que le développement socio-économique cambodgien. Kono a profité de sa visite au Cambodge pour rencontrer son Premier ministre Hun Sen, et célébrer les 65 ans de relations diplomatiques entre les deux pays. L’aide financière, a-t-il indiqué, sera doublée d’une assistance technique et logistique. L’objectif est déclaré : le Japon veut aider le Cambodge à devenir un pays à revenu supérieur d’ici à 2030. Ce n’est pas la première fois que le Japon vient ainsi en aide au Cambodge. Si l’on suit l’analyse de Gordon Jones dans cet article sur le Japan Inc, entre 1992 et 2008 le Japon a accordé au Cambodge un total de 1,2 milliard de dollars américains d’aide au développement. Le Japon déploie également dans le pays depuis 1993 un projet de construction d’écoles et d’hôpitaux du nom de Japan Relief for Cambodia. Enfin, l’archipel investit énormément au Cambodge par le biais de ses entreprises, ce qui en fait le premier donneur d’aide  au Cambodge.

LES TARENTULES GRILLÉES, UN COMMERCE EN DANGER ? Au Cambodge, les tarentules grillées sont une spécialité culinaire locale qui, bien qu’intriguante au premier abord, plaît beaucoup aux touristes. Elles sont trempées dans de l’ail et du sel puis grillées à l’huile. La plupart d’entre elles sont vendues un euro la pièce sur le marché de Skun, une petite ville spécialisée dans la “tarentule zèbre” que l’on surnomme la « ville des araignées ». Certains touristes viennent spécialement de Phnom Penh, pour visiter ce marché. La chair de cette araignée est réputée pour être particulièrement croustillante. Le succès gastronomique des tarentules explique qu’elles soient aujourd’hui devenues une cible de choix pour les chasseurs, chargés d’approvisionner le marché en produits frais. Mais ce commerce subit également les contrecoups de la déforestation et les tarentules se font de plus en plus rares, car ce phénomène détruit leur habitat naturel. Les tarentules seraient de plus en plus difficiles à trouver dans les forêts des provinces de Preah Vihear et Kampong Thom notamment.

Pour en savoir plus : https://www.rtbf.be/tendance/detente/detail_les-tarentules-victimes-de-la-deforestation-et-des-gastronomes-au-cambodge?id=9887207

LE RETOUR DIFFICILE ET IMPRÉVU DES « KHAMERICAINS ». L’expression « Khaméricains » désigne les anciens détenus cambodgiens qui vivaient aux État-Unis et qui ont été rapatriés à Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Certains ont été condamnés pour des crimes tandis que d’autres ont été reconnus coupables de délits mineurs, mais tous ont dû quitter le pays pour ces faits. La gravité de la situation réside dans le fait que la plupart d’entre eux avaient toute leur famille aux États-Unis et ne connaissaient pas du tout le Cambodge, au moment de leur expulsion. Une fois le transfert effectué, le retour aux États-Unis était impossible. Dernièrement, c’est 43 « Khaméricains » qui ont été expulsés et selon les estimations, près de 200 Cambodgiens devraient être prochainement renvoyés dans leur pays d’origine pour cette année 2018.

Pour en savoir plus : http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20180406-reportage-le-difficile-retour-pays-khmericains

UN TRAFIC EXPLOSIF POUR VINCI AIRPORTS. Vinci Airports est une entreprise française qui construit et développe un ensemble de plateformes aéroportuaires dans de nombreuses régions du monde. Elle se fixe l’objectif ambitieux de développer et de financer un réseau de près de 35 aéroports dans le monde entier. Vinci Airports est l’un des quatre plus grands acteurs du marché aéroportuaire et en 2016 son chiffre d’affaires dépassait le milliard d’euros. D’après les récents résultats affichés par l’entreprise, le potentiel en termes de transport serait particulièrement prometteur pour Phnom Penh. Le trafic aurait notablement augmenté pour quatre destinations. On constate une augmentation de +34,5 % au Cambodge, de +12 % au Portugal, de +14 % au Chili et de +10 % au Japon. Le Cambodge apparaît donc comme une destination de plus en plus attractive.

Pour en savoir plus : http://www.air-journal.fr/2018-04-21-vinci-airports-en-t1-trafic-a-2-chiffres-au-cambodge-portugal-chili-japon-5197720.html

🇨🇳 🇨🇳 CHINE : LES ÉTATS-UNIS A L’OFFENSIVE

Du côté des États-Unis, les bouleversements à la tête de la diplomatie américaine semblent confirmer un revirement de stratégie face à la Chine. Dans le plus grand des secrets, le nouveau secrétaire d’État, Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA, s’est rendu en Corée du Nord début avril pour y rencontrer les représentants nord-coréens afin de négocier le prochain sommet entre la Corée du Nord et l’administration américaine.
La stratégie face à la Chine se précise donc. L’administration Trump, qui avait décidé le 22 mars 2018 de la mise en place de mesures punitives portant sur près de 60 milliards d’importations chinoises pour répondre aux pratiques commerciales jugées déloyales de la Chine comme traité lors du dernier point d’actualité, semble confirmer ses velléités de guerre économique face à son concurrent principal en mettant en place une haute taxation de l’acier et de l’aluminium chinois. Ces mesures sont en concordance avec le protectionnisme économique prôné par Trump tout au long de sa campagne et démontrent que les États-Unis sont désormais à l’offensive face à la Chine.

La nouvelle administration du président Trump réfléchit à ressusciter le Trans-Pacific Partnership (TPP), traité économique multilatéral entre les pays d’Asie du Sud-Est, d’Océanie et d’Amérique du Nord, ouvertement dressé à l’encontre de la Chine. Ce traité mis en place par l’administration Obama et signé en février 2016 consistait à contenir la puissance du géant économique chinois en l’excluant du traité. Ce revirement diplomatique se précise, alors que le président japonais, Shinzo Abe, lors d’une rencontre mi-avril, aurait tenté de convaincre le président Trump de faire revenir les États-Unis dans l’accord, pourtant fustigé par ce dernier comme étant un traité « inutile », ce qu’il a fait savoir en l’abrogeant dès son entrée en fonction en janvier 2017. Le président Trump, qui a toujours prôné une approche bilatérale plutôt que multilatérale par la négociation de deals gagnants, semble maintenant changer de stratégie, attitude qui se précise depuis le limogeage de Rex Tillerson, ancien secrétaire d’État. Si le retour des États-Unis dans le TPP est acté, le président Trump serait en passe de ressusciter le pivot asiatique enclenché par l’administration Obama et Hillary Clinton, en contradiction avec ses premières mesures consistant à défaire tout ce qu’avait fait l’administration Obama, tant sur le plan de la politique intérieure qu’extérieure.

Les leaders régionaux, Xi Jinping, Kim Jung-Un et Moon Jae-In (Corée du Sud), ainsi que le président américain, semblent en passe d’apaiser la situation dans la péninsule nord-coréenne. L’idéal serait en effet la signature d’un traité de paix entre les deux Corées, encore officiellement en guerre.
Ces initiatives diplomatiques aboutiront à un prochain sommet crucial pour l’avenir de la région et pour la sécurité globale entre les sulfureux Donald Trump et Kim Jung-Un qui, il y a encore quelques mois, se traitaient mutuellement de « vieillard sénile » et de « petit homme-fusée ».

🇰🇵 🇰🇵 CORÉE DU NORD : UNE RENCONTRE DÉCISIVE ENTRE KIM JUNG-UN ET XI JINPING

Du 25 au 27 mars 2018, une rencontre décisive a eu lieu entre les présidents de la République populaire de Chine et la République populaire démocratique de Corée.

Pour Xi Jinping, il était primordial de faire venir Kim Jung-Un en Chine avant la future rencontre entre les représentants officiels américains et nord-coréens qui se profile pour mai 2018. La venue du jeune leader coréen s’inscrit dans la volonté diplomatique chinoise de réaffirmer son alliance avec son voisin turbulent. C’est donc en empruntant le « train vert » historique qu’est arrivé un Kim Jung-Un vêtu d’une veste Mao, le 25 mars 2018 à Pékin. Cette visite surprise, révélée par les médias officiels un jour après les faits s’inscrit ainsi dans le protocole traditionnel employé par les prédécesseurs du leader nord-coréen. Selon CCTV et Xinhua, c’est donc là que Kim Jung-Un aurait déclaré qu’une « dénucléarisation pourrait aboutir ».

Si la plupart des commentateurs notent que le leader nord-coréen était à la recherche de garanties sécuritaires de la part de Pékin, on peut aussi interpréter cette visite éclair comme une volonté de la diplomatie chinoise de se réapproprier le dossier nord-coréen en réaffirmant le rôle de la Chine comme essentiel tout en montrant aux autres puissances que Kim Jung-Un reste sous une certaine influence chinoise. Pour le jeune leader nord-coréen, cette première visite hors de son pays démontre une volonté de sortir de son isolationnisme diplomatique habituel. Cependant, l’acteur principal de cette rencontre reste en réalité la Chine, seul acteur pouvant faire chuter la dynastie Kim par une application ferme des sanctions économiques prévues par l’ONU.

En effet, à Pyongyang, du fait de l’isolement volontaire du gouvernement les sanctions économiques ont un impact certain. L’embargo économique, notamment sur le pétrole, voté par le Conseil de Sécurité et appliqué par la Chine en décembre 2017 semble en effet avoir asphyxié le régime, qui dépend presque entièrement, c’est à dire 90 %, du commerce avec la Chine. Il est également important de rappeler que les essais nucléaires de la Corée du Nord nécessitent une quantité industrielle de pétrole dont le pays ne dispose plus.
L’asphyxie économique serait donc l’une des raisons qui expliquerait le changement de vitesse diplomatique si soudain de la part des officiels nord-coréens, qui poussent pour une future rencontre avec les officiels américains, dans laquelle les garanties chinoises sont indispensables. Ce passage éclair de l’invective à la flatterie constructive peut également se traduire par l’urgence absolue d’un régime aux abois, désireux de se sortir d’un isolement économique et diplomatique qui commence à peser.
La diplomatie nord-coréenne tenterait-elle un coup de poker en faisant croire que c’est elle qui s’est adoucie alors qu’elle n’a peut-être plus d’autres choix ?

Pourtant, derrière ce revirement tant dans le ton des déclarations nord-coréennes que dans l’octroi de garanties importantes de la part de Pyongyang, c’est la ligne diplomatique des Kim qui est en train de triompher. La stratégie enclenchée par Kim Jong-Il et perpétuée par son héritier consistait à : mentir aux Américains et aux puissances occidentales sur l’avancée du programme nucléaire militaire en engageant des discussions superficielles ; obtenir la bombe nucléaire pour s’assurer la survie de ce régime se sentant menacé depuis sa désignation comme « État voyou » par George W. Bush en 2003 ; et enfin négocier et se faire reconnaître en tant que puissance en atténuant ses velléités belliqueuses et en normalisant ses relations diplomatiques. C’est cette dernière phase, très délicate, que tente ici d’accomplir la Corée du Nord.

Le 21 avril 2018, Pyongyang a annoncé la fermeture d’un centre de recherche nucléaire ainsi que sa volonté de « mettre fin à ses tests de missiles balistiques ». Si cette décision est, selon les médias coréens, la conséquence d’une réussite, elle peut également être considérée comme une forte garantie donné par Pyongyang à la diplomatie américaine, qui négocie actuellement les conditions d’une rencontre entre hauts dirigeants américains et nord-coréens dans un lieu neutre. Ces promesses ne signifient pas pour autant que la Corée du Nord va abandonner son arsenal nucléaire, si durement acquis, même si de grands doutes subsistent encore sur la capacité réelle de cet arsenal, notamment sur la portée des missiles et le nombre de missiles fonctionnels.

La Corée du Nord joue donc ici sa survie. Les négociations d’un sommet annoncé avec le président Donald Trump peuvent voler en éclat à tout moment, il suffirait d’un tweet grossier du président américain pour que l’égo d’un des deux dirigeants prenne le pas sur les négociations entamées par les deux parties. À moyen terme, la Corée du Nord est en passe d’acquérir une reconnaissance internationale ; à court terme Pyongyang tente le tout pour le tout pour alléger les sanctions économiques qui commencent à peser sur le régime. À long terme, il semblerait que la dynastie ermite des Kim semble vouloir suivre le modèle chinois en adoptant une économie de marché, une « économie socialiste » qui sortirait le pays de son autarcie.
La diplomatie nord-coréenne semble sur la voie de réussir ce qui paraissait improbable il y a encore quelques mois : sortir le pays de son isolement diplomatique.

🇮🇳 🇮🇳 INDE : LA PRIVATISATION DU « MAHARAJA » MET LA NATION EN ÉMOI

L’actualité indienne a été marquée ces dernières semaines par l’annonce de la privatisation d’Air India, aussi connue sous le nom de « Maharaja ». Cette privatisation prendrait la forme d’une vente de 49 % des actions de l’entreprise (l’État Indien en possède actuellement 76 %), L’État garderait néanmoins un certain contrôle de l’entreprise par la conservation de ses droits de vote au conseil général. Par ailleurs, le gouvernement se propose de prendre à sa charge la dette actuelle de l’entreprise, pour rendre la proposition plus attractive. Les potentiels acquéreurs ont jusqu’au 14 mai, date du début de l’ouverture du processus d’enchères. Pour l’heure, Air France KLM, Delta Air Lines, et Qatar Airways se sont déclarés intéressés.

Les raisons d’une telle décision sont multiples, mais sont principalement reliées à la non-profitabilité de la ligne aérienne qui accumule les dettes depuis le début du siècle. Celles-ci sont évaluées à 8 milliards de dollars. Déjà sous le gouvernement Atal Behari Vajpayee (1998-2004) la privatisation avait été envisagée, puis abandonnée en raison du tollé qu’elle suscitait. Depuis, la situation s’est empirée et les recapitalisations successives du gouvernement indien n’ont guère permis à l’entreprise de redresser ses comptes. En effet, la part de marché d’Air India s’est réduite à 13 % face à la concurrence d’entreprises privées telles que IndiGo et Jet Airways, tandis que l’achat successif de nouveaux appareils n’a fait qu’alourdir le bilan comptable sans provoquer une envolée des recettes. La privatisation d’un tel mastodonte répond de même à des intérêts politiques : « Ce n’est pas l’affaire de l’Etat d’être dans les affaires. » a affirmé le président Modi, dans sa stratégie de rapprochement des milieux patronaux à travers un discours aux tonalités néo-libérales. Nul doute qu’en dehors de ce raisonnement idéologique, les recettes estimées à 10 milliards de dollars ont été au cœur des motivations du gouvernement.

Plusieurs voix se sont néanmoins élevées contre cette décision, alimentant la controverse. Tout d’abord, la vente d’Air India, nationalisée en 1948 dans le but de permettre à l’Inde d’avoir une ligne aérienne qui couvrirait tout le territoire fait l’objet d’une contestation d’ordre affective : tous les Indiens connaissent la figure du Maharaja, logo d’une entreprise qui a traversé l’histoire de l’Inde post-indépendance. Par ailleurs, neuf syndicats représentant les quelques 16 500 employés préoccupés par leur avenir se sont réunis le 10 avril pour protester contre une décision qui va probablement se traduire par des licenciements massifs, une baisse de salaires et un arrêt des promotions. Enfin, un débat certes embryonnaire mais présent s’est lancé quant à l’utilité d’une privatisation. Tous se souviennent en effet des scandales de népotisme qui ont entaché la libéralisation du réseau télécom indien, aboutissant en un enrichissement des cercles proches du pouvoir plutôt qu’à une prise en main de la compagnie par des entrepreneurs soucieux de faire du profit. Ne faudrait-il pas plutôt encourager un leadership innovant et ambitieux, dans un contexte d’embellie du marché aérien, peu importe qu’il soit privé ou public ? Air India est en effet loin d’être condamnée : elle possède une flotte estimée à 3 milliards de dollars, des réserves financières à 2 milliards, et un certain prestige à l’intérieur des frontières comme à l’international. Le transfert des actions du public au privé permettra-t-il à l’entreprise d’exploiter ces atouts ?

Pour en savoir plus sur les raisons de la privatisation: http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/03/30/le-gouvernement-modi-donne-le-coup-d-envoi-a-la-privatisation-d-air-india_5278489_3234.html

Une approche comparative sur les dangers et la pertinence d’une privatisation d’Air India: https://scroll.in/article/864700/air-india-privatisation-lessons-from-italys-experiment-with-selling-its-national-carrier

🇯🇵 🇯🇵 JAPON : DÉCOUVERTE DE TERRES RARES POTENTIELLES, VERS LA FIN DU QUASI-MONOPOLE CHINOIS ?

Les terres rares sont indispensables à l’industrie de l’électronique et des nouvelles technologies. Le quasi-monopole chinois sur l’extraction de ces matériaux va peut-être être remis en cause par l’identification de gisements dans la Zone Économique Exclusive du Japon.

Présentes partout dans notre quotidien : aimant, smartphone, écran plasma, batterie de voitures, entre 40 et 50 % des réserves de terres rares mondiales se situeraient en Chine. La présence de ces terres rares et la mise en place de leur exploitation a permis à la Chine d’être le premier producteur de terres rares au monde. Au début des années 2000 grâce à une stratégie de dumping, la Chine produisait 95% des terres rares mondiales.

Si aujourd’hui ce pourcentage a légèrement baissé, la Chine produisant 90% de ces terres rares, le Japon est toujours aussi dépendant de la production chinoise. En effet, les terres rares sont essentielles pour le Japon qui en est le deuxième consommateur mondial. L’identification par des scientifiques de gisements près des îles Ogasawa, dans un rapport publié le 10 avril, donne la possibilité au Japon de s’affranchir de son voisin chinois, principalement parce que ces gisements pourraient contenir assez de terres rares pour couvrir les besoins mondiaux pendant plusieurs siècles.

Cependant, le gisement n’est pas encore exploitable. L’extraction de ces terres rares dans les fonds sous-marins risque d’être difficile et coûteuse, rendant la production de ces terres rare japonaises peu compétitive face à la Chine. L’exploitation de ce type de gisement à plus de 5000 mètres de profondeur n’est pas rentable avec les techniques actuelles du fait de leur faible concentration dans les boues sous-marines. Enfin, l’extraction des terres rares est une activité extrêmement polluante. A l’origine du rejet de poussières métalliques, de produits radioactifs et de produits chimiques, elle représente un risque pour l’environnement comme pour les travailleurs.

Sur l’identification de ces gisements :

https://www.courrierinternational.com/article/dimmenses-reserves-de-terres-rares-decouvertes-au-large-du-japon

Un retour sur l’exploitation des terres rares en Chine et les projets chinois futurs :

https://asialyst.com/fr/2017/10/16/chine-enjeu-economique-terres-rares-derriere-fin-vehicules-essence/

Pour en savoir plus sur les enjeux économiques et environnementaux mondiaux autour des terres rares : https://education.francetv.fr/matiere/developpement-durable/premiere/article/terres-rares-et-transition-ecologique-quelles-problematiques

🇵🇭 🇵🇭 PHILIPPINES : L’ILE BORACAY, GRANDE DESTINATION TOURISTIQUE FERMÉE POUR SIX MOIS

Boracay est une île de l’archipel philippin particulièrement connue pour ses plages de sable blanc. Elle a d’ailleurs reçu pour celles-ci de nombreux prix, comme la première position dans la liste des meilleures îles du monde du magazine Condé Nast Traveler en 2014. Qualifiée de « fosse septique » par Rodrigo Duterte, président des Philippines, du fait de son eau fortement polluée, elle sera fermée aux touristes pendant six mois à compter du 26 avril. La raison officielle de cette fermeture serait la nécessité de résoudre les problèmes posés par les pollutions. Une telle fermeture serait pourtant pour les 36 000 personnes travaillant dans l’industrie touristique une perte d’emploi assurée et constitue de ce fait une décision importante.

Décision importante, mais également intrigante pour certains analystes, qui relient le projet du groupe Galaxy Entertainment de construire un hôtel casino aux Philippines et la décision de Duterte. Ce dernier a en effet pris la décision de fermer l’île peu après une rencontre avec les entrepreneurs de cette société de Macao. Il leur a également concédé en mars 2018 un permis de construire pour leur projet de casino, alors même qu’il venait d’interdire la construction de tels bâtiments.

Une aubaine pour le secteur du tourisme ? Pas si sûr : si les touristes chinois sont de plus en plus nombreux sur l’archipel, sans contribuer pour autant à l’industrie touristique philippine, car ils ne voyagent qu’avec des tour-opérateurs de leur pays, qui ne travaillent eux-mêmes qu’avec des groupes hôteliers et restaurateurs chinois. La construction du casino signifierait en outre pour de nombreux établissements de l’île une fermeture définitive.

🇻🇳 🇻🇳 VIETNAM : UN PARTENARIAT AVEC L’AUSTRALIE

Les 14 et 18 mars derniers, le Premier ministre vietnamien, alors qu’il était en visite en Australie a acté un rapprochement entre les deux pays par la signature le d’un partenariat stratégique. L’Australie a été partie prenante à la guerre du Vietnam entre 1962 et 1973, et ce rapprochement apparaît au premier abord comme étonnant. Les termes du partenariat et de la déclaration conjointe nous invitent cependant à relire tout cela.

Les relations diplomatiques entre les deux pays sont effectives officiellement depuis 1973, il y a donc 45 ans. Les relations n’ont jamais été les meilleures par d’évidentes logiques de Guerre froide. Le Doi Moi (ou “le renouveau”, expression dédiée pour l’ouverture du pays au capitalisme libéral lors du IV e congrès du Parti Communiste vietnamien) de 1986 et la fin de ce conflit on changé la donne à l’échelle régionale comme mondiale. C’est tout le processus qui s’est enclenché dans les années 1980 qui est acté en partie par ce rapprochement.

La déclaration fait mention avant tout de classiques réunions interministérielles approfondies sur la Défense (réunions qui avaient déjà lieu avant l’accord) mais surtout de la coopération économique à approfondir.
Mais là où cette déclaration est des plus singulière, c’est sur des questions régionales très spécifiques qui donnent un sens plus intelligible à ce rapprochement et à la politique internationale vietnamienne.

> L’aboutissement de la politique d’Union nationale vietnamienne :

Les très importantes vagues migratoires dites des boat people, qui partent de l’ancienne Indochine, aboutissent en grande partie aux États-Unis. En effet, plus de 2,2 millions d’entre eux s’y rendent. Mais l’Australie n’est pas en reste, puisque sa communauté vietnamienne compte plus de 300 000 personnes aujourd’hui, soit autant  qu’en France environ. Considérant ces « fuyards » comme des traîtres, le Vietnam a fermé les yeux sur ceux qu’il appelle Viet Kieu, littéralement, les « vietnamiens d’outre-mer ». Le tournant de 1986 lors du IVe congrès du Parti communiste vietnamien (PCV pour acronyme) est un événement majeur pour l’histoire interne du pays, appelé le Doi Moi, c’est-à-dire, le « renouveau ». C’est aussi un tournant pour la politique extérieure du Vietnam. Les dirigeants socialistes vietnamiens y remettent donc en avant le concept d’ « Union nationale » développé par Ho Chi Minh en 1943. Le président du comité central des Viet Kieu déclare alors,  « chez tout Vietnamien, il y a l’étoffe d’un patriote ». Le développement de cette politique sur le long terme comporte notamment un soutien aux communautés vietnamiennes à l’étranger, développement de consulats, de voyages, ouverture du pays, ainsi que la remise en question de l’interdiction de double nationalité (Vigne, 2012). Nous reviendrons dans un prochain article sur le développement précis de cette politique, qui,  jusqu’à aujourd’hui, a pour but aussi de servir la politique étrangère du Vietnam.
La déclaration du du IVe congrès du PCV fait mention du « succès de la communauté vietnamienne en Australie » et insiste sur le renforcement des flux de personnes. Le Vietnam s’appuie en effet sur une politique d’envoi d’étudiants et de jeunes travailleurs dans les pays à forte communauté vietnamienne depuis les années 2000,  en utilisant surtout la communauté sur place en guise de relai. Même si cette diaspora est fortement clivée politiquement, notamment chez les anciens boat people, qui sont en majorité anti-communistes, cette déclaration témoigne bien du succès relatif de la politique communautaire du Vietnam envers ses Viet Kieu. Cela montre aussi le renforcement des flux migratoires estudiantins depuis le Vietnam, qui constitue une vraie stratégie de développement.

> Un replacement stratégique au cœur de l’Asie du Sud-Est :

La déclaration insiste sur la coopération régionale par l’ASEAN et les forums qui lui sont adjoints. Mention est faite aux sommets spéciaux ASEAN-Australie. L’ASEA en fait par son développement d’une intégration dans les domaines économiques (là où elle était essentiellement sécuritaire avant 1997 malgré l’activisme de Mahatir) un aimant pour toutes les puissances régionales. L’AFTA signé en 2002, un accord de libre échange limité portant notamment sur les normes de production généralisables de l’OMC et l’harmonisation douanière fut un des premiers pas de cette logique. Cela fait de l’ASEAN une zone attractive : la Chine négocie un accord de ce type, mais bilatéral, en 2010, et le Japon en 2012. Ce nouveau régionalisme ouvert, qui tranche avec le régionalisme fermé des années 90 sous la houlette de Mahatir, pousse des acteurs nouveaux à s’y intéresser. Dès 1983, par les déclarations de Bob Hawk, alors premier ministre australien, l’Asie apparaît comme un horizon d’intégration pour eux. Se rapprocher du Vietnam, membre historique de l’ASEAN, de manière bilatérale semble aussi donc être une ressource dans ce jeu régional.

Le Vietnam lui semble avoir aussi de forts intérêts à la lecture de la Déclaration. Bien que l’imaginaire collectif orientaliste en fasse un satellite de la Chine prétendument communiste, les deux pays sont tiraillés entre eux. Toute la construction nationale vietnamienne, bien que s’appuyant beaucoup sur la longue guerre d’indépendance du XX e siècle, se fait aussi sur la lutte anti-chinoise. Le mythe du « peuple qui résiste », ciment de l’idée actuelle de nation chez certains vietnamiens (de tous bords politiques, les « patriotes » aussi bien que les « nationalistes ») s’appuie aussi sur des grandes figures historiques dont l’action est relue téléologiquement au XX e siècle. Les sœurs Trung considérées comme les premières indépendantistes dès l’an 40 ap J.-C, jusqu’à des figures comme Lê Loi au XIVe siècle ou les trois frères Tay Son au XVIIIe.  Bien que cela reste du domaine de l’imaginaire symbolique, on peut déjà ainsi relativiser l’idée que se fait le Vietnam de sa place régionale face à la Chine sous des grilles de lectures autres que les occidentales (pour plus de détails sur ces idées de création nationale, voir Les fractures d’une nation de Guillemot). Il faut ensuite mentionner le conflit des Paracels  et des Spratleys entre le Vietnam et la Chine. Le contrôle de ces îles essentielles en Mer de Chine méridionale, dans un des carrefours maritimes entre l’Asie du Sud-Est et l’Asie du Nord-Est est un enjeu stratégique essentiel qui fâche les deux pays. La mention de la Déclaration aux questions maritimes et la citation de la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer montrent bien la volonté stratégique du Vietnam par ce type de partenariat de s’intégrer dans une logique pacifique vers l’Australie, mais pas que, afin de contrebalancer ce conflit asymétrique avec la Chine, et face à laquelle le ressentiment est qualifiable de « millénaire ». Le rappel à l’APEC fait en fin de déclaration semble confirmer nos propos : l’APEC est la principale association de coopération Asie-PAcifique créé en 1989 qui réunit de façon multilatérale (mais très états-uno-centrée) les pays des deux façades Pacifique.

En conclusion, on peut dire que cette Déclaration de Partenariat stratégique du 15 mars 2018 peut être lue comme plus qu’un simple partenariat économique. Il traduit aussi la réalité des politiques du Vietnam envers ses « Outre-Mer » et la continuité de l’utilisation des flux humains comme source de développement. C’est aussi un signe de l’apaisement des tensions politiques diasporiques vietnamiennes, ou du moins de l’échec relatif des partisans en Australie de l’ancien Sud-Vietnam dans leur travail de lobbying auprès de puissances politiques comme c’est le cas en Californie. Cette Déclaration nous montre aussi les tentatives des deux pays de se replacer dans le jeu régional : l’Australie par une approche d’un pays de l’ASEAN pour renforcer ses liens avec une Asie du Sud Est trop longtemps ignorée ; et le Vietnam par une approche de l’intégration de l’Asie de l’Est sous l’idée d’Asie-Pacifique, qui bien que relativisable, est le signe d’une tentative de se dégager de la sphère de puissance du voisin chinois aux prétentions territoriales, et pas que, fortes.

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