15 avril 1912 : Naissance de Kim Il-sung, 1er Président de la République Populaire Démocratique de Corée

A l’occasion du 106e anniversaire de la naissance du premier membre de la “Dynastie des Kim”, l’Association pour les Mondes Asiatiques vous propose un résumé de la vie de l’architecte de l’État nord-coréen.

Le 15 avril 1912, Kim Hyong-jik, communiste coréen militant pour l’indépendance de son pays vis-à-vis de la présence japonaise, célèbre la naissance de son premier né, Kim Song-ju. Ce nom, « Pilier du pays », apparaît a posteriori très prophétique…

Du fait des convictions politiques paternelles, la famille Kim est forcée d’émigrer en Mandchourie. En grandissant, Kim Song-ju suit les traces de son père, change son nom en Kim Il-sung (littéralement « Kim devient le soleil »), et organise la résistance face aux Japonais après l’établissement de l’État fantoche du Mandchoukouo en 1932. Le jeune homme atteint le grade de commandant au sein de la Deuxième Armée chinoise communiste, s’illustrant au cours d’un raid en 1937. C’est durant ces années de guérilla qu’il rencontre et épouse Kim Jong-suk, mère de son successeur Kim Jong-il.

En 1940, pourchassé par les Japonais qui balayent les forces communistes une par une, Kim se replie en Union soviétique, où il acquiert à nouveau un grade d’officier supérieur. Il ne participe cependant pas à l’invasion surprise des territoires nippons par les bolcheviks en 1945, entrant dans Pyongyang une fois la ville tombée aux mains des Soviétiques.

La Seconde Guerre mondiale achevée, Kim Il-sung n’est pas en position de force : le Parti communiste coréen est basé à Séoul, hors de sa portée ; par ailleurs il ne parle que très peu coréen. Il reçoit alors l’aide et l’appui du NKVD qui en fait son champion : le « Parti des travailleurs » est créé pour qu’il en prenne la présidence. De là, Kim force les différents partis à fusionner au sien pour augmenter son pouvoir. Il organise également l’Armée populaire de Corée (APC), constituée de vétérans des conflits face aux Japonais et aux nationalistes chinois. L’Union soviétique encadre la formation de ces hommes aux tactiques de guérilla, et leur fournit du matériel de guerre.

En 1948, la Corée doit connaître des élections organisées par les Nations Unies ; cependant le Sud se constitue en État en août. En réponse, le 9 septembre, Kim Il-sung devient Premier ministre de la République populaire de Corée du Nord, reconnu comme seul régime légitime le mois suivant par l’URSS. L’année suivante, Kim s’assure la direction de tous les éléments populistes de la péninsule.

En 1949 toujours, la Corée du Nord devient une dictature. L’encadrement de la population et le culte de la personnalité de Kim sont instaurés. Le dirigeant nord-coréen se fait désormais appeler « Grand Leader ».

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« Mon dieu n’est autre que le peuple. Seules les masses populaires sont omniscientes, omnipotentes et toutes-puissantes sur Terre. De ce fait mon principe est « Le peuple est mon dieu ». » (1993)

En 1950, dans un contexte de fortes tensions des deux côtés de la frontière matérialisée par le 38e parallèle, Kim Il-sung prend l’initiative d’envahir la Corée du Sud afin de réunifier la péninsule, en dépit de la réticence chinoise à un tel projet. C’est le début d’un conflit de trois ans, qui coûte la vie à 3,5 millions de Coréens de part et d’autre, s’achevant par un statu quo et l’instauration d’une zone démilitarisée sur le 38e parallèle. Le pari de Kim lui a également coûté beaucoup vis-à-vis de ses alliés russes et chinois, son armée ayant été reléguée au second rang dans la direction et la poursuite des opérations militaires.

Néanmoins, le pays se reconstruit rapidement grâce à une politique de type stakhanovienne dite « Mouvement Chollima ». La Corée du Nord profite en effet à la fois du soutien de ses puissants voisins, et du fait que les Japonais avaient concentré l’industrie dans le nord de la péninsule au temps de leur présence.

Par la suite, Kim Il-sung assoit son autorité en cumulant de nombreuses fonctions de direction : commandant militaire suprême dès 1948, il cumule également les rôles de Président de la Commission militaire centrale du Parti du travail de Corée (1962), Président puis Secrétaire général du Parti du travail de Corée (1949 puis 1966) et de Président de la République populaire et démocratique de Corée (1972). Durant son règne, il poursuit une politique d’équilibre entre URSS et RPC, ce qui lui vaut un certain crédit vis-à-vis du reste de la communauté internationale. Il propose également et à plusieurs reprises une réunification des deux Corées, sans succès.

Kim Il-sung décède d’une crise cardiaque le 8 juillet 1994, à l’âge de 82 ans. A son fils Kim Jong-il qui lui succède, il lègue un Etat nord-coréen sous contrôle total.

Plus encore, l’héritage de Kim Il-sung s’incarne dans l’idéologie du Juche, « la pensée du corps-maître ». Bien que baptisée ainsi et définie peu de temps après la mort du « Grand Leader », cette idéologie de type autocratique a été forgée et enrichie tout au long du «règne» de Kim Il-sung. Elle vise à encadrer entièrement la vie de chaque citoyen ainsi que le fonctionnement de l’Etat. Inspirée du communisme sans s’en revendiquer, elle s’appuie sur le principe d’absence de classes sociales, renforcé par l’objectif d’autarcie absolue. Paradoxalement, le Juche affirme la capacité de l’homme à être maître de lui-même et de pouvoir prendre des décisions à volonté, tout en assurant le contrôle intégral de la population.

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« La base du principe du Juche est que l’Homme est le maître de toutes choses et le facteur décisif en tout » (1977)

A la mort de Kim Il-sung, la classe dirigeante, composée à majorité des cadres de l’armée, rend hommage au disparu en le déclarant « Président éternel », ce qui explique qu’aucun de ses successeurs ne portera plus ce titre. Au demeurant, sa mort donne lieu à de nombreuses scènes de tristesse ; réfutées par le reste du monde, elles apparaissent cependant légitimes aux yeux de certains transfuges nord-coréens. Ces derniers, bien que fondamentalement opposé au régime dictatorial qu’ils ont fui, affirment que la figure de Kim Il-sung était, au moment de son trépas, appréciée de ses concitoyens. Par opposition à son successeur, l’image du fondateur de la « Dynastie des Kim », en dépit de la mise en place de l’asservissement de sa population et des purges successives, reste à ce jour positive en Corée du Nord.

 

Cédric Legentil

 

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