Les diasporas africaines en Asie ou le dialogue culturel de deux continents

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LES DIASPORAS AFRICAINES EN ASIE OU LE DIALOGUE CULTUREL DE DEUX CONTINENTS21543744_277724962719429_6348917096172103163_o.png

Une collaboration de L’Association pour les Mondes Asiatiques et d’Étudiants de Panthéon-Sorbonne pour les Mondes Africains

 

 

Dans les représentations collectives lorsque l’on évoque les diasporas africaines ces dernières sont principalement rattachées, et non à tort, au continent américain et européen. Les événements de la période contemporaine ont grandement stimulé les migrations des populations africaines en direction du Vieux continent ou du Nouveau Monde. Pourtant au cours de l’histoire et encore actuellement, ces deux continents n’ont pas capté l’entièreté des migrations africaines.  En effet de nombreuses cultures africaines s’expriment sur le continent asiatique; certaines sont le produit d’une diaspora historique liée aux traites esclavagistes de l’époque moderne et d’autres à une diaspora plus récente liée aux migrations économiques.

C’est dans ce cadre que les associations étudiantes de Panthéon-Sorbonne AMA et ESMA vous propose une analyse sur les diasporas africaines en Asie. L’intérêt de cette étude est de comprendre la raison de leur présence sur ce continent, quels ont été ont les facteurs clés ayant permis cette mobilité, les spécificités culturelles de ces diasporas, les éventuels métissages et la question de l’intégration de ces communautés à travers l’étude du cas de la Chine. Enfin en complément de cette analyse, Mireille Mouéllé, présidente-fondatrice de l’association Conseil International Représentatif des Binationaux Francophones et Francophiles (CIRBFF) nous apportera un éclaircissement sur les défis que doivent relever ces diasporas quant à la promotion du continent africain.

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Nous distinguons deux types de diasporas africaines sur le continent asiatique, l’une est historique et l’autre récente.

La première est répartie en plusieurs communautés de manière très hétéroclite sur le continent avec des spécificités qui leurs sont propres. Les raisons de ces mobilités commencent dès la Préhistoire avec les premiers mouvements migratoires de l’homo sapiens. Certaines des communautés concernées en ont même gardés des traits physiques. Nous pouvons citer les Nakhis arrivés en Asie il y a 100 000 ans et vivant actuellement au sud de la Chine; les Negrito, peuple vivant en actuel Asie du Sud-Est et ayant colonisé l’Australie il y a 50 000 ans ou encore les Agta peuple vivant actuellement aux Philippines. Néanmoins ces ressemblances ne traduisent pas nécessairement une revendication d’identification de ces populations au continent africain. Certaines de ces communautés, en plus de porter des traits caractéristiques de l’homme africain subsaharien portent également des traits culturels communs. En effet, la communauté Sidis en est un exemple, localisée en Inde dans les régions occidentales et méridionales, elle a émigré entre le IXe et XIIIe siècle depuis l’Afrique de l’Est dans une région allant de l’Ethiopie jusqu’au Mozambique actuels. Les ancêtres de cette communauté sont arrivés sur le continent asiatique en tant qu’esclave, marchand, ou mercenaire. Cette communauté regroupant environ 50 000 personnes en Inde a su préserver, en dépit des métissages, leurs musiques, leurs chants ainsi que leurs chorégraphies qui confessent une forte proximité avec les cultures africaines subsahariennes. La communauté Sidis est principalement musulmane, elle utilise des instruments tels que le malunga et le murguman que l’on retrouve dans les lieux saint musulmans soufis, et garde dans sa structure linguistique des éléments de la langue swahili.

La deuxième diaspora pourrait être qualifiée de récente puisqu’elle comprend des ressortissants de nations africaines ayant émigré durant la période contemporaine. Les mobilités de ces populations ont été stimulées par le décollage économique de l’Asie ainsi qu’une proximité géographique plus clémente qu’avec le continent ou les États-Unis. En effet, elles sont composées principalement d’étudiants, d’enseignants et de commerçants qui espèrent profiter de l’essor de l’Asie pour réaliser leurs projets et participer au développement du continent africain en y envoyant de l’argent ou en revenant diplômé d’une école ou d’une université. Par ailleurs, on trouve une étonnante diaspora africaine en Chine, notamment à Canton, sur laquelle nous reviendrons. En Inde, on retrouve quasiment le même schéma, le pays compte à l’heure actuelle 10 000 étudiants ressortissants de pays africains dans ses universités.

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La diaspora africaine représente un enjeu économique et culturel important pour l’Afrique. En effet, l’Afrique a entretenu au cours de ces dernières décennies une relation particulière avec l’Asie. Au premier semestre 2017, les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine se sont établis à plus de 85,3 milliards de dollars selon l’Agence Ecofin. Puis au cours du sommet sino-africain de 2006 à Pékin la Chine s’est engagée à envoyer en stage 40 000 techniciens africains sur son territoire, à offrir 30 000 bourses d’études à des étudiants africains ainsi qu’à 200 chercheurs pour poursuivre leurs travaux en Chine. Le ministère de l’éducation en Chine affirme que 41 677 étudiants africains étaient en Chine en 2014. Parmi ceux qui immigrent en Asie pour des raisons économiques, une grande majorité bénéficie d’une rémunération allant de 1500 à 3000 euros selon les cas. Ainsi, c’est à la lumière de cet essor qu’il est aisé de comprendre l’opportunité économique que représente les ressortissants africains pour l’Asie et notamment en Chine. De plus nous pouvons d’ores et déjà dresser des portraits qui affichent la réussite de certaines personnalités africaines ayant eu carrière en Asie. Au Japon, Oussouby Sacko, universitaire malien, occupe la présidence de l’université de Kyoto Seika University depuis le 27 septembre 2017. Cet ancien professeur d’architecture est le premier africain à diriger une université japonaise.

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Du point de vue africain, l’Asie est de plus en plus perçue comme une terre de richesse et d’avenir. Le continent asiatique profite d’une croissance exceptionnelle, même si les inégalités persistent et parfois, se creusent. Le chômage est un phénomène rare, certains pays sont même en manque de main d’œuvre. Les progrès technologiques sont rapides et suscitent l’admiration mondiale à l’image des BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) qui deviennent des champions de l’économie mondiale. Le continent asiatique devient donc un concurrent solide de l’Europe et du continent américain tant d’un point de vue économique que technologique. Ainsi les Africains se tournent de plus en plus vers l’Est pensant, parfois à tort, que l’Asie serait une terre d’accueil plus favorable.

L’intégration de la diaspora africaine en Asie illustre également la nature des liens entre ces deux continents. Ces liens seront au cœur des grandes problématiques du XXIème siècle pour ces deux continents d’avenir. Après le rêve d’Europe, les Africains songent au rêve asiatique mais ce dernier peut parfois virer au cauchemar. Les communautés africaines, installées en Asie depuis longtemps, se sont bien implantées lorsqu’elles ont eu la possibilité de préserver leurs identités et leurs pratiques culturelles, tandis que la diaspora dites “récente” a elle beaucoup plus de mal à s’intégrer et à s’assimiler aux différents pays asiatiques et notamment enChine.

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En effet, si l’assimilation des Africains aux mœurs et pratiques sociales asiatiques diffère selon les pays, le cas de la Chine à travers l’exemple de Canton illustre les problématiques auxquelles sont confrontés les Africains tout juste arrivés en Chine. L’Empire du milieu reste le pays asiatique qui accueille le plus grand nombre d’Africains. Ainsi plus de 250 000 Africains seraient dispersés dans les grandes métropoles chinoises.

Le cas de Canton (Guangzhou), dans la région du Guangdong, met en lumière les difficultés d’adaptation tant culturelles que sociales des Africains. La ville accueillerait environ 50% de toute la diaspora africaine en Chine. Une grande partie de cette diaspora est arrivée à Guangzhou dans les années 1990 pour profiter de l’essor économique de la région et a investi peu à peu des quartiers de Canton que l’on appelle communément aujourd’hui « Little Africa » ou « Chocolate City ». Cette diaspora qui provient à majorité de l’Afrique de l’Ouest va s’installer progressivement et prendre de l’ampleur dans les années 2000 jusqu’à 2014, date d’un durcissement de la politique migratoire chinoise dû à l’apparition du virus Ebola, les autorités craignant une importation du virus. Le boom de l’immigration africaine en Asie a donc lieu durant les années 2000, les pays africains profitent de la mise en place de plusieurs accords universitaires bilatéraux entre universités africaines et chinoises et asiatiques, le tout conjugué à une politique d’accueil plus conciliante de la part des autorités chinoises. Ainsi les chiffres officielles font état de 6000 Africains installés de façon permanente à Canton mais ces chiffres sont démentis par la plupart des associations africaines sur place qui accusent les autorités chinoises de sous-estimer la population africaine afin de minorer l’impact et les revendications de cette communauté.

La communauté africaine de Canton rencontre une certaine difficulté à s’assimiler malgré des liens économiques très forts avec la population locale, notamment dans l’import-export de textile qui profite aux deux continents. Lorsque les intérêts économiques convergent, le dialogue s’installe. Toutefois des tensions subsistent avec les autorités chinoises et de violentes émeutes éclatent fréquemment. Il existe aussi des tensions intercommunautaires dans la mesure où il y a une reproduction des conflits nationaux voire internationaux à l’étranger. Les Africains sur place sont également victimes de discriminations et ont du mal à trouver un emploi ou à prolonger leur permis de résidence.

En plus des difficiles conditions de vie, la communauté africaine subit les conditions très strictes de la politique d’immigration de la RPC qui posent plusieurs problèmes. La rigidité de la politique migratoire chinoise est mise en place afin d’éviter que les nouveaux venus ne restent trop longtemps en terre chinoise mais elle empêche une grande majorité d’Africains sur place de conclure des affaires. En effet, une grande majorité des Africains estiment que les permis de séjour ou les visas octroyés sont trop courts pour conclure ou développer des affaires commerciales en Chine poussant une grande majorité à sombrer dans la clandestinité. L’adoption d’une fausse identité ou d’une fausse nationalité est même devenue une pratique courante, elle leur permet d’éviter une discrimination à l’embauche. Ainsi un Nigérian ou un Zambien payera le prix d’or pour s’acheter une fausse nationalité américaine ou canadienne.

Par ailleurs de récurrents problèmes de sécurité montrent qu’il existe bien une certaine tension entre la communauté africaine et les locaux. En 2009, une émeute éclate lorsque deux Nigérians tombent du toit d’un immeuble en tentant d’échapper à un contrôle d’immigration, de nombreuses émeutes similaires éclatent dans les quartiers africains de Canton et ce à fréquence régulière. En outre, les contrôles d’identité au faciès sont une source de tension majeure pour les immigrés africains, notamment depuis un certain durcissement des conditions d’immigration en Chine depuis 2014 qui s’est couplée à une répression de plus en plus ferme des clandestins sur place dont le visa expire.Ces populations qui veulent vivre le rêve chinois en s’installant pour une longue durée se heurtent donc à une politique d’immigration intransigeante et 74% d’entre eux seraient donc en situation irrégulière.

Selon les autorités chinoises la communauté africaine serait liée au trafic de drogue. Les vendeurs de drogues sont souvent accusés d’appartenir à la communauté africaine. La police mène des opérations spectaculaires visant à démanteler ces trafics comme le montre une opération menée à Yuexiu en 2013, un quartier africain de Canton. Stigmatisés et pointés du doigt comme des menaces à l’ordre public, les Africains de Chine sont aussi bien victimes de racisme ordinaire que de discriminations plus concrètes comme les discriminations à l’embauche, l’inaccessibilité à certains lieux. Les locaux pointent souvent du doigt un communautarisme africain qui serait problématique. Mais cette accusation reste paradoxale puisque la diaspora chinoise s’est elle-même construite et développée sur des liens intra-communautaires très forts depuis son expansion.

Le cas de Canton est intéressant car il est révélateur de la difficulté d’adaptation de la communauté africaine à la vie chinoise. Mais s’il existe des tensions, l’esprit commerçant des Chinois et des Africains montre qu’il y a bien un vivre-ensemble qui permet de dynamiser une économie régionale voire mondiale qui profite avant tout aux continents africain et asiatique.

Néanmoins, ce sont aussi ces difficiles conditions de vies qui deviennent l’une des raisons qui pousse la communauté às’organiser et prendre de plus en plus la forme d’une diaspora plus structurée.

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La grande majorité des Africains présents dans les grandes villes asiatiques y est pour des intérêts économiques. À son arrivée, elle peut bénéficier de l’appui d’une communauté installée lorsqu’elle existe comme à Canton. Hormis Canton, les quartiers africains sont un phénomène encore rare et la diaspora africaine n’est ni unie, ni homogène. Il existe aussi une grande proportion de stagiaires, étudiants. Cependant ces derniers sont uniquement de passage dans les capitales asiatiques même si beaucoup d’entre eux rêvent de s’installer dans les grandes villes telles que Shanghai, Hong Kong, Tokyo ou Kuala Lumpur. Pour ces étudiants, stagiaires, le court temps de passage dans une métropole asiatique ne permet pas de s’implanter en tant que diaspora sur le long terme. En outre, ils ne bénéficient pas non plus des solidarités que peut octroyer une communauté installée depuis longtemps dans un pays.

Depuis 2010, une multitude de sommets et de forums comme l’Africaseac à Singapour convergent pour une meilleure organisation des relations commerciales entre l’Afrique et l’Asie du Sud-Est. Les Africains veulent défendre le potentiel de croissance de l’Afrique ainsi que le potentiel commercial des entrepreneurs africains qui augmentent chaque jour. L’Asie du Sud-Est, quant à elle, recherche des débouchés pour ses produits. C’est donc un pacte gagnant-gagnant qui se dessine et il supposera des flux humains qui permettront de consolider ces liens économiques déjà matérialisés par l’implantation de Chambres de commerce.

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Des liens historiques existent entre les communautés asiatiques du Sud-Est et l’Afrique. L’île de Madagascar est un lieu d’hybridation culturelle et ethnique par excellence, les Chinois de Madagascar sont installés depuis bien longtemps et ils sont totalement adaptés aux coutumes malgaches. Les Malgaches, eux, entretiennent des liens avec une grande partie de la communauté asiatique d’Asie du Sud-Est. Sur l’île rouge, les principaux métissages sont le fruit des migrations indonésiennes. La langue malgache serait même d’origine asiatique, conséquence là encore d’une variété de mélanges linguistiques et culturels. Madagascar est donc un carrefour des civilisations et des cultures, qu’elles soient africaines, asiatiques ou encore arabes.

Mais généralement si l’assimilation des populations africaines en Asie est difficile c’est parce qu’elle est due à une distance culturelle qui serait trop forte si l’on se réfère à la méthode de Hofstede. Il y aurait plus de différences entre l’Asie-Pacifique et l’Afrique qu’entre l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, notamment parce que les pratiques de la négociation commerciale ne seraient pas les mêmes mais aussi parce que les codes de comportements sont également trop différents.

La communauté africaine est aussi divisée, beaucoup de conflits politico-religieux propres au continent africain sont exportés jusqu’en Asie. C’est pourquoi même en Chine la communauté nigérienne serait profondément fracturée entre les musulmans, les chrétiens mais aussi entre Nordistes et Sudistes. Les divisions s’accentuent et virent parfois à la violence ou à la discrimination intra-communautaire alors même que la communauté africaine a grandement besoin d’une plus forte solidarité face aux difficultés d’adaptation à la vie chinoise ou asiatique.

Ainsi donc, les échanges entre Asiatiques et Africains restent donc avant tout économiques. D’un point de vue global, l’assimilation étant difficile, les échanges afro-asiatiques ne se sont pas encore transformés en hybridations culturelles ou en métissages ethniques hormis de notables exceptions.

Le rêve chinois ou asiatique peut donc très rapidement devenir un cauchemar pour certains Africains comme l’indique le site « https://uturnasia.com/ » créé par un Gambien qui exhorte les Africains à ne surtout pas « immigrer vers la Chine ».

Conclusion

L’Asie sera-t-elle la terre d’avenir pour les Africains ? La démographie africaine est en augmentation exponentielle pour la plupart des pays africains qui peinent à maîtriser leur démographie. Les routes menant à l’Occident seront de plus en plus périlleuses et la tendance européenne aujourd’hui est celle d’un rejet de l’immigration africaine. Face à ce rejet, les voies menant au continent asiatique semblent plus opportunes que les voies européennes. Les Africains en quête d’une vie meilleure, sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance vers l’Asie en empruntant des routes tout aussi dangereuses mais qui existaient autrefois. Pour réaliser leurs rêves asiatiques, ces populations africaines africaines devront ressusciter les anciennes routes de la soie, lien historique entre les deux continents.

 

ENTRETIEN AVEC MIREILLE MOUELLE

29994440_226331187916440_1482339817_oQui est Mireille Mouéllé?

Camerounaise d’origine, c’est une femme issue des quartiers difficiles du 93, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir un parcours exceptionnel et à avoir de la prestance lors de ses interventions. Après un parcours scolaire scientifique alors qu’elle devait intégrer l’école Polytechnique, elle fait le choix de se consacrer à ses deux enfants. Son parcours professionnel s’illustre par une vingtaine d’années dont quatorze passées chez Total, avec la charge du “portefeuille grands clients”. De plus son engagement en politique lui a permis de pourvoir divers postes cadres et de tenter de briguer la présidence du parti “Les Républicains” en 2017 en tant que candidate.

Par ailleurs elle est engagéedans plusieurs domaine de la Francophonie qui rassemble tous les francophones et les francophiles. Elle est actuellement la présidente du Conseil international des bi-culturels, francophones et francophiles, un organisme domicilié au Luxembourg.

Pouvez-vous nous présenter les diasporas les plus présentes en Asie ?

L’objectif des diasporas africaines en Asie ne sont pas les mêmes qu’en Europe. Dans les pays latins, on est là pour faire des rencontres et  échanger des réflexions intellectuelles. En Asie, ce qui va d’abord attirer les africains c’est les accords de bourses d’études. L’univers étant devenue capitaliste à outrance, les africains veulent et deviennent des entrepreneurs.

Pouvez-vous marquer une différence entre une diaspora historique et récente ?

L’histoire des liens afro-asiatiques ne date pas d’aujourd’hui puisqu’on sait maintenant qu’il existait plusieurs routes de la soie dont certaines partaient de l’Afrique sans forcément passer par le Moyen-Orient. Par ailleurs ces relations ont vu des implications majeures d’acteurs proprement africains sans aucun autre intermédiaire dans les dynamiques et échanges afro-asiatiques.

Les Africains de cette diaspora historique sont là depuis des siècles mais pas pour les mêmes raisons… et ont un lien culturel qui n’est pas le même que celui d’un africain qui vient d’arriver en Chine par exemple… Il faut distinguer les aspects culturels des intérêts.

Il est à noter que l’accompagnement des ressortissants sur place par les autorités africaines est très faible voire inexistant dans certains cas, ce qui fait qu’ils sont livrés à eux-mêmes une fois sur place.

Exemple de la diaspora Malienne, la plus nombreuse dans le monde, mais par manque de structuration elle a un impact que trop faible sur le Mali et sur les pays où elle est installée.

Quelles sont les origines de ces mobilités des diasporas africaines en Asie tant pour les diasporas historiques que pour les diasporas récentes ?

Après avoir assisté dernièrement à une conférence où le Vice président du Conseil d’Etat est intervenu, j’ai retenu qu’il y a toujours eu des mouvements migratoires, et, parler d’explosions migratoires n’a plus de sens quand on prend conscience de cela.

Ce qui fait sortir une population de son pays se sont ses conditions de vie qu’elles soient économiques, naturelles ou démocratiques. On va là où on est en sécurité et où on a une histoire commune. Mais par le fait de la résurgence des duretés des politiques migratoires européennes et que l’Europe ait perdu en pouvoir économique et macroéconomique, la meilleure opportunité est de se tourner vers l’Asie. Il faut aussi se remettre en mémoire qu’il existe des routes de la soies qui partent d’Afrique pour aller en Asie depuis longtemps et qui n’avait aucun intermédiaire. En somme, les échanges Afro-asiatiques ne datent pas d’hier donc les mouvements de populations africaines vers l’Asie ne sont qu’un aspect actuel de relations qui existaient déjà il y a fort longtemps.

Même si administrativement, il est difficile de circuler vers l’Asie, les populations africaines ont la possibilité de gagner de l’argent facilement. Par ailleurs il existe depuis longtemps entre certains États asiatiques et certains États africains des accords au niveau de la scolarité; des bourses d’études sont mêmes octroyées aux étudiants africains partant pour des études en Asie.

L’insertion des étudiants africains en Asie comporte une dimension économique car ces derniers sont obligés de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires d’une part et sont amenés à supporter financièrement leurs familles restées au pays d’autre part. Ceci étant dit, il existe d’autres motifs de migrations de populations africaines en Asie et cette migration s’accompagne de création de richesses économiques qui reviennent en Afrique.

Parmi ces mobilités vers l’Asie, les nationalités qui ressortent le plus sont les pays d’Afrique subsaharienne. On peut notamment voir cela grâce aux ambassades de ces pays en Asie. S’il y a une grande ambassade dans un pays; il s’agit d’une grande diaspora, si c’est un consulat; il s’agit juste d’une représentation.

 

Est-ce une opportunité pour l’Afrique d’avoir des ressortissants asiatiques ?

Culturellement les Africains se comportent avec passion et sont démonstratifs. Or en Asie, culturellement, les populations ne sont pas très portées vers la démonstration, cela peut donner lieux à des incompréhensions. Mais il faut dire que dans ce domaine on se comprend déjà mieux. Il s’agirait pour les africains de s’adapter à l’autre en laissant momentanément de coté leurs valeurs culturelles pour aller vers l’autre et pour mieux le comprendre.

Point de vue structuration communautaire, on peut voir que certaines communautés asiatiques sont exemplaires, ils se rassemblent dans une optique d’intérêts collectifs pour mieux réaliser les objectifs personnels. En revanche cette culture d’organisation communautaire n’existe que peu en Afrique. Il s’agirait pour les africains d’apprendre à mutualiser et concentrer leurs énergies pour réaliser des projets à l’image de certaines communautés asiatiques. En outre il y a un manque d’encadrements politiques, publics et privés des ressortissants. On dit que nous sommes une diaspora rayonnante économiquement car on envoie énormément d’argent mais cet argent est mal utilisé.

Cet argent qui arrive massivement est mal géré, au lieu de créer de la richesse économique, il est dépensé inutilement. Le FMI en 2016 avance le chiffre de 215 milliards de dollars d’entrée d’argent sur le continent en provenance des populations africaines expatriées. Ceci dit cet argent est très mal exploité car il y a un manque flagrant d’accompagnement  et d’encadrements politiques qui inciteraient à un meilleur usage. De fait cet argent est souvent utilisé pour des besoins primaires, pour améliorer le quotidien ou pour rechercher plus de confort. Ce qui fait qu’aussitôt rentré en Afrique, cet argent en ressort car les achats effectués sont bénéficiaires à des entreprises non africaines.

L’argent qui est envoyé doit être utilisé d’une manière stratégique et non pas pour aller vendre du maïs sur les routes au pays.  Ce n’est pas le tout de se lancer en entreprise il y a un certain nombre de précautions à prendre. Il faut créer des stratégies innovantes et non pas copier. On peut, par exemple, faire une boutique comme tout le monde mais la où le projet peut être intéressant, c’est d’ajouter une plus value en étudiant le marché pour créer de nouvelles offres qui répondraient à une demande réelle.

Les États africains comme la diaspora africaine doivent tirer des enseignements de l’expérience de la Chine qui a une stratégie commerciale méthodique et efficace.

Il faut toutefois nuancer ces propos en mettant en avant quelques exemples de réussites de la diasporas africaine en Asie, loin d’être des exceptions mais hélas peu nombreuses. Par exemple Oussouby Sacko, malien de naissance, fut le premier Africain à diriger une université au Japon.

Quel œil portez-vous sur ces diasporas africaines présentes en Asie notamment en ce qui concerne leur intégration ?

Immigrer dans ces zones géographiques est une chose, se faire accepter par les populations locales en est une autre. Culturellement les sociétés sont balisées par un ensemble de codes propres à chaque zone, celles-ci peuvent porter sur des valeurs, des manières d’interagir ou tout simplement une façon de vivre. Si l’individu migre dans une localité sans comprendre ses codes pour les assimiler et les exploiter, pour avoir de meilleurs rapports avec les populations locales, il connaîtra le rejet.

Ces mêmes codes se posent aux africains car au vu de leur histoire, ils sont dans la revendication de ceux-ci. Or pour interagir avec un individu qui possède déjà des codes ancrés dans un territoire et une communauté, il faut faire l’effort d’assimiler ces codes pour mieux les exploiter. Les autorités chinoises accordent plus facilement des moyens administratifs aux individus qui ont assimilés leur fonctionnement. C’est un effort à faire et puis quand vous avez une ambition, il faut se donner les moyens de la concrétiser.   

Puis il y a la question des politiques d’accompagnement des pays d’origine. Les États ne préparent pas assez leurs ressortissants à la vie en Asie, ils n’accordent que peu de moyens politiques et économiques. Néanmoins, les pays de l’Afrique de l’Est accompagnent bien mieux leurs ressortissants que les États de l’Afrique de l’Ouest. Les États d’Afrique de l’Est accompagnent leurs ressortissants en Asie, un accompagnement qui va jusqu’à la possibilité de rapatriement.   

Les populations africaines, bien qu’elles soient fort nombreuses, n’arrivent pas à s’organiser sur le type des communautés arméniennes, chinoises ou encore juives donc leur poids politique et social s’en trouve fortement réduit. Cela peut expliquer par la difficulté des populations africaines à être acceptées par les populations asiatiques qui les accueillent. Il est toutefois à noter que les populations d’Afrique de l’Est ou les populations anglophones en Afrique sont mieux structurées que les populations francophones.

Xavier Seurre, Rédacteur  pour l’AMA

Mathieu Longlade, Rédacteur pour l’ESMA

Bibliographie :

http://www.lisapoyakama.org/les-premiers-habitants-de-lasie-etaient-noirs/

http://www.afrikatech.com/fr/divers/etat-des-lieux-de-la-diaspora-africaine-en-asie/

https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2011-4-page-413.htm

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/10/les-africains-en-inde-entre-racisme-ordinaire-et-passage-a-tabac_5109044_3212.html

http://geopolis.francetvinfo.fr/migrants-africains-en-chine-une-aventure-sans-issue-118897

http://africultures.com/africains-dinde-les-sidis-du-karnataka-marrons-de-linde-12245/

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20150304-sidis-diaspora-africaine-inde-quete-identite

http://www.jeuneafrique.com/depeches/34695/politique/inde-des-descendants-de-migrants-africains-perpetuent-leur-culture/

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/12/07/ce-qu-il-faut-retenir-du-sommet-chine-afrique_4826212_3212.html

Note 1 : pour en savoir plus sur les affiches chinoises sur l’Afrique : un petit site qui recense et explique brièvement le contexte : https://chineseposters.net/themes/african-friends.php

Note 2 : sur la relation Chine-Afrique : Philip Snow, The Star Raft – China’s Encounter with Africa (London: Weidenfeld and Nicolson, 1988)

Note 3 : Chloé Maurel, « Une histoire mondiale de la diaspora africaine », La Vie des idées , 10 novembre 2010. ISSN : 2105-3030.

Note 4 : Histoire millénaire des Africains en Asie, Runoko Rashidi, Editions Monde global, 2005

Note 5 : Onana Jean-Baptiste, « Les enjeux de l’immigration africaine en Chine », Outre-Terre, 2011/4 (n° 30), p. 413-418. DOI : 10.3917/oute.030.0413. URL : https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2011-4-page-413.htm

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