Point Actualité du 4 avril 2018

Deux fois par mois, les étudiants membres de l’Association de la Sorbonne pour les Mondes Asiatiques vous présentent un résumé de l’actualité asiatique. Voici ce qu’il s’est passé entre le 19 mars et le 4 avril !

🌏 🌏 QUESTION RÉGIONALE : LA RUSSIE ET L’ASIE

           La partition géographique du monde que l’on enseigne aujourd’hui divise la surface terrestre en continents dont la délimitation pose parfois question. La Russie est dans ce cas : tiraillée entre deux continents, avec l’Oural comme limite entre sa partie européenne et sa partie asiatique. Cette division du monde est le produit d’une construction occidentale et nullement géographique. Les réflexions originelles sur la création de notre association en sont un témoin : bien que la majorité du territoire russe soit « en Asie », nous l’avons exclue presque instinctivement de notre champ d’intérêt. La Russie reste pour nous à la fois « l’étranger proche » et extérieur à cet Orient asiatique lointain.

           C’est cette dimension que nous avons souhaité questionner pour ce Point d’Actualité alors que Vladimir Poutine vient d’être réélu à la tête de la Fédération de Russie. Pour tenter d’élaborer une grille de lecture de la Russie en Asie, il faut étudier le regard des Russes sur cette partition bi-continentale de leur pays. C’est avec cette perspective qu’on peut tenter de comprendre les flux et reflux de la Russie « moderne » de Poutine en Asie.

Penser la Russie, penser l’Europe, penser l’Asie :

           En 1881, le célèbre écrivain Dostoïevski expliquait que « l’Asie est notre débouché d’avenir, c’est là notre richesse ». En effet, le « mouvement vers l’Est » est un classique de la mythologie historique russe. Dès le Rus de Kiev l’élargissement vers l’est était la tendance. Malgré le « choc » mongol de la Horde d’Or du XIIIe siècle, le XVIe siècle marque le début de la conquête de la Sibérie et de la Russie telle que nous la connaissons. Cette construction de la Russie est mise en valeur traditionnellement pour asseoir l’idée de l’Empire russe des tsars.

           Le XIXe siècle et la fin de la conquête marquent l’opposition entre deux grands courants de pensée : une Russie dans la modernité européenne malgré les influences tatares et turques contre le rejet de l’Occident et la défense d’une spécificité du « monde russe ».  La conscience d’une spécificité face à l’Occident européen se fait lors de la Guerre de Crimée et avec le développement du panslavisme qui suit. Ce qu’on appelle aujourd’hui « eurasisme » est un courant de pensée développé par les diasporas russes exilées dans différentes villes d’Europe après 1917. Ce courant fait la synthèse de ces idées et voient la Russie comme une entité continentale, quand l’URSS pense le monde selon un coloriage idéologique et voit l’Asie comme une simple réserve de puissance dans le cadre de la Guerre froide et non comme région où s’intégrer. Relativement marginaux, ces courants de pensée prennent en Russie au crépuscule de l’URSS selon les travaux de Lev Goumilëv. Celui-ci développe « l’ethnogenèse » comme théorie (une pensée de l’ethnie en développement de sa naissance à sa mort). Ses travaux serviront de base à une vision eurasiste qui combine nationalisme russe classique et une vision englobante inclusive de celui-ci via une perspective Europe-Asie, d’un bloc au cœur du continent avec ses spécificités. Cette eurasisme devient un « néo-eurasisme » politisé. Le vide idéologique de l’après-1991 provoque une très grave crise identitaire en Russie, et les néo-eurasistes en profite pleinement : Alexandre Douguine créé le Parti Eurasiste en 2002 et lutte contre l’atlantisme et hégémonisme régional. Il défend une vision multiconfessionnelle et multiethnique de ce bloc eurasiatique.

          Bien qu’ayant peu de succès politique, ce discours idéologique a un impact. Le pensée de la Russie « d’Asie » chez les décideurs existe dès Gorbatchev. Son célèbre discours de Vladivostok du 28 juillet 1986 se veut le fer de lance d’une politique de sécurité collective en Asie-Pacifique. En 1987, le terme Asie-Pacifique remplace « Pays d’Afrique et d’Asie » dans les documents officiels : on ne pense plus un mondialisme idéologique mais une empreinte régionale géopolitique avant tout. Une vraie stratégie en Asie attendra cependant les années 2000, comme nous allons le montrer dans un instant.

           La Russie de Poutine hérite de toute cette histoire de l’eurasisme. La Russie est perçue comme un « monde » et non comme un pays. Un espace culturel à part, entre l’Asie confucéenne et l’Europe occidentale. Pour palier au vide idéologique d’après-1991, le bloc russo-sibérien est exalté comme un tout cohérent au « cœur » de cet immense continent eurasiatique dont les périphéries restent marginales et se positionnant in fine dans la grande opposition face aux États-Unis. Il faut tout de même prendre garde à ne pas essentialiser ce développement : même si Poutine aurait fréquenté les « cercles Goumilëv » et que l’eurasisme lui sert de ressort idéologique et de légitimation, il reste avant tout un réaliste dans sa politique internationale. « L’étranger proche » est autant pensé comme une cible de puissance régionale dans un cadre réaliste que comme une zone d’influence légitime et historique eurasiste. Il faut utiliser ces deux grilles de lecture a minima pour comprendre la politique russe en Asie.

L’Asie comme une horizon politique :

           On l’a dit, la politique russe est très limitée en Asie durant la Guerre froide. C’est seulement sous Gorbatchev que la question apparaît. On peut noter deux types de politiques russes en Asie : une politique d’influence vers les anciens membres de l’URSS en Asie centrale, et une politique d’insertion internationale vers les puissances asiatiques.

           La diaspora russe en Asie centrale est le premier outil de la puissance et de l’influence. Le Kazakhstan, par exemple en est peuplé à 35 %. La Russie n’a plus les moyens d’être une puissance réellement structurelle dans ces régions, son influence passe donc par une jugulation de l’intégration asiatique des pays concernés. Elle influe la création en 1996 le « groupe de Shanghai » entre les pays « asiatiques » de l’ex-URSS et la Chine, un moyen de contrôler les canaux de négociation entre la nouvelle puissance structurante asiatique et cette aire d’influence traditionnelle. Ce groupe devient en 2001 l’Organisation de coopération de Shanghai, avec pour but de lutter contre les « trois fléaux » que sont le terrorisme, l’extrémisme et le séparatisme. Malgré des prétentions ambitieuses, ce groupe n’a pas un impact fort sur ces questions et sert avant tout de relais russe dans la politique extérieure des pays de l’ex-URSS. Poutine évoque en 2014 le « monde russe » pour la première fois, et en 2015 l’Union économique eurasienne est créée, sur le modèle du marché commun européen. C’est avant tout un moyen d’institutionnaliser « l’étranger proche » eurasiatique, et aussi le ressort de l’échec d’une réelle intégration de la Russie à l’Occident. On peut donc parler d’une réelle géopolitique du « Heartland », du « monde russe » en Asie centrale.

           Mais la politique asiatique russe se fait aussi vis-à-vis de l’Asie orientale. On peut noter une stratégie d’intégration très légère et surtout une stratégie d’insertion internationale via la force montante de l’Asie et des BRICS. On a déjà parlé du groupe de Shanghai avec la Chine. Cette dernière est le partenaire central de la politique russe en Asie. Dès avril 1996 est signé un partenariat stratégique. Cette proximité a des visées politiques (la Chine n’a pas pris position à propos de la crise en Crimée), mais reste relativement inopérante dans l’intégration économique (2 % des importations chinoises seulement viennent de Russie). C’est Poutine qui lance une « offensive en Asie ». L’année 2000 est une année riche en visites, au Japon et en Corée notamment. On assiste aussi à une offensive sur les forums régionaux (la déclaration Russie-ASEAN de 2003 sur la paix et la sécurité dans la région). En 1998 l’APEC (association Asie-Pacifique) est également intégrée. Le constat reste cependant marginal au sein de tous ces forums régionaux, et d’un isolement face au Japon à cause du conflit sur les îles Kourïles.

Plus une « Eurasie » qu’une « Russie d’Asie » ? :

           On ne passera pas en revue toutes les offensives diplomatiques russes en Asie, notamment envers l’Inde et la Chine. Mais on peut dire que la stratégie asiatique russe témoigne de sa non-intégration à l’Asie au sens culturo-politique. En effet, la politique russe actuelle en Asie centrale est avant tout une politique « eurasiatique », une consolidation du « monde russe » après la dislocation de l’URSS. La politique en Asie du Sud et de l’Est, quant à elle, peut être vue comme le témoin d’une absence d’intégration à l’espace asiatique aux époques impériale et soviétique, et d’un choix non pas systématique d’une Russie de l’Occident mais au moins d’une Russie qui redécouvre seulement son caractère potentiellement asiatique.

🇰🇭 🇻🇳 CAMBODGE ET VIETNAM : UN NOUVEL ACCORD SUR LES FRONTIÈRES TERRESTRES

              Les questions de frontières terrestres sont encore un enjeu important pour les pays anciennement colonisés. L’exemple du contentieux entre le Cambodge et le Vietnam illustre bien cela. Sous la colonisation française, le Vietnam avait occupé certaines régions cambodgiennes, dont le Delta du Mékong. Au moment de l’indépendance cette région est revenue au Vietnam. Arrivés au pouvoir, les Khmers rouges s’en étaient pris aux Vietnamiens en représailles. Cela explique la guerre entre les deux pays, qui a d’ailleurs contribué à la chute du régime totalitaire. Aujourd’hui, cette région appartient donc au Vietnam, mais on y trouve des ruines revendiquées  par les deux pays. Se mêlent donc dans ce conflit des considérations à la fois politiques, historico-culturelles et économiques, du fait des ressources halieutiques.

              En 2005 avait été signé un traité d’accord sur les démarcations pour mettre fin aux disputes territoriales, qui n’avaient pas été réglées par le premier traité de 1985, en trouvant une démarcation qui serait claire et conviendrait aux deux pays. Les disputes se sont cependant poursuivies jusqu’à ce qu’en 2011, face à la pression, le Premier ministre du Cambodge ne déclare vouloir accélérer le processus de délimitation des frontières. En 2012, les deux pays ont célébré l’établissement du dernier marqueur de la démarcation en présence des deux premiers ministres de l’époque.

              En 2014, après que l’ambassade vietnamienne ait déclaré que la région du delta du Mékong était historiquement vietnamienne, des protestations ont explosé au sein de la population cambodgienne. Les manifestants réclamaient des excuses et la reconnaissance de l’appartenance historique de cette région au Cambodge. Alors que le gouvernement vietnamien appelait au calme, les protestations se sont envenimées, allant jusqu’à l’attaque d’entreprises vietnamiennes, la mort de ressortissants vietnamiens et la menace de mise à feu de l’ambassade du Vietnam à Phnom Penh. Pour comprendre les origines et la nature du sentiment anti-vietnamien, qui est fort présent au Cambodge, nous vous invitons à lire cet article du Global Security sur l’histoire des relations entre le Cambodge et le Vietnam, et cette analyse du Diplomat, datée de 2016, sur la nature de ce sentiment.

              De nombreuses rencontres ont eu lieu entre les dirigeants des deux pays depuis pour s’entendre sur une frontière acceptée par tous. Les deux parties ont appelé à une dépolitisation du contentieux et ont mis en place un comité mixte de recherche. Le 31 mars dernier, les co-présidents de ce comité ont signé en présence des premiers ministres des deux pays un accord pour faire avancer la délimitation et donner un fonds juridique au projet.

🇰🇵  🇰🇷  CORÉE DU NORD ET CORÉE DU SUD : LA VAGUE HALLYU S’ÉTENDRAIT-ELLE AU NORD ?

            La Corée du Sud a déjà charmé de nombreux publics internationaux, à commencer par la Chine dans les années 1990, puis en s’étendant au Japon et à l’Asie du Sud-Est plus tard, grâce à ses groupes de musique pop ou à ses séries télévisées dramatiques. Cette vague Hallyu, nom donné à cet engouement pour la culture sud-coréenne qui se répand aujourd’hui jusqu’en Amérique latine, aurait-elle réussi à pénétrer les frontières hermétiques de la Corée du Nord ?

           En effet, les deux Corées se sont engagées la semaine dernière dans des pourparlers à propos de l’envoi d’une troupe de 120 artistes sud-coréens à Pyeongyang. Ainsi, une fois les désaccords réglés sur le choix des chansons présentées au Nord et les problèmes de sécurité des invités résolus, les deux voisins se sont décidés sur les artistes à envoyer, un large éventail de la crème de la crème de l’industrie du divertissement sud-coréenne, depuis ses débuts. Feront donc le voyage au nord du 31 mars au 3 avril, Choi Yong-pil, chanteur de rock célèbre dans les années 1970-1980, l’un des premiers groupes féminins de K-pop, Girls’ Generation (소녀시대), surtout connues pour leur grand succès Genie, mais aussi des athlètes de taekwondo, art martial coréen, ainsi que le ministre de la Culture et des Sports.

              Grâce à cet échange de troupes – rappelons que la Corée du Nord avait envoyé un orchestre pour animer les Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang 2018, au Sud –, une ligne aérienne Séoul-Pyeongyang sera ouverte pour l’occasion, et, pour la première fois depuis 2005, des artistes sud-coréens divertiront leur public au Nord.

🇨🇳   🇹🇼 CHINE – ÉTATS-UNIS : VERS L’AFFRONTEMENT ? RECONNAISSANCE DE TAÏWAN ET GUERRE COMMERCIALE

Les relations entre la Chine et les États-Unis semblent s’être encore un peu plus détériorées au cours du mois de mars 2018. Entre sanctions économiques et reconnaissance à demi-mot de la légitimité et de la souveraineté taïwanaise, les États-Unis de Donald Trump ont débuté leur offensive contre le géant Chinois.

  •   Taïwan et le contrôle de la mer de Chine méridionale, centres des relations Chine – États-Unis.

Depuis le retrait des troupes nationalistes de Tchang Kaï-Chek à Taïwan en 1949, la réunification des deux Chines est un des buts principaux du Parti communiste chinois (PCC). Cependant plus que la réunification, le véritable enjeu pour la République populaire de Chine (RPC) est la reconnaissance de sa souveraineté et de sa légitimité sur la scène internationale, au détriment du gouvernement de Taipei.

La signature par les deux chambres américaines et par Donald Trump du Taiwan Travel Act (TTA), loi favorisant l’envoi de diplomates et, de fait, les échanges diplomatiques officiels entre Taïwan et les États-Unis, va à l’encontre des principes associés à la reprise des relations diplomatique entre la RPC et les États-Unis en 1979. La normalisation des relations entre ces deux puissances n’a pu s’opérer que par la reconnaissance de Pékin comme seul interlocuteur légitime pour traiter des affaires chinoises. Le retour en arrière impulsé par l’administration Trump, avec l’intensification des relations officielles avec la République de Chine grâce au TTA, suscite de nombreuses protestations en Chine continentale. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lu kang, a affirmé que « comme cela a été souligné à plusieurs reprises par la Chine, les articles pertinents de la loi, bien que juridiquement non contraignants, violent gravement le principe d’une seule Chine et les trois communiqués conjoints sino-américains» et a demandé aux États-Unis de «corriger (leurs) fautes, de cesser de tisser des liens officiels avec Taiwan ou d’améliorer (leurs) relations actuelles avec Taiwan de quelque manière substantielle que ce soit et de traiter les questions liées à Taïwan de façon appropriée et prudente afin d’éviter de nuire gravement aux relations sino-américaines, ainsi qu’à la paix et à la stabilité à travers le détroit de Taiwan».

La signature du TTA n’arrive cependant pas à un moment anodin et s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, malgré une détente relative entre les deux Chines, notamment sous la présidence de Ma Ying-jeou (KMT), la RPC a étendu son influence en mer de Chine méridionale avec la territorialisation et la militarisation de plusieurs îlots. Cette politique maritime et militaire vise à défendre les revendications territoriales et maritimes de Pékin et rivaliser avec les États-Unis, le but principal étant d’obtenir le leadership régional. Dans ce contexte de montée en puissance militaire chinoise, la signature du TTA est, pour les États-Unis, une façon d’affirmer leur position de puissance dominante et de contenir les ambitions chinoises en mer de Chine.

Lors de la clôture de la session annuelle du Parlement, Xi Jinping a réaffirmé dans un discours offensif ses vues sur Taïwan et sa vision de la souveraineté de la RPC sur l’ensemble du territoire chinois. Il a notamment souligné que « toute action ou manœuvre séparatiste (était) vouée à l’échec et (serait) condamnée par le peuple et punie par l’histoire », un message clair visant Taïwan et les régions administratives spéciales de Hong-Kong et Macao.

Sur la position des États-Unis et de la Chine vis-à-vis de Taïwan : https://www.washingtonpost.com/news/global-opinions/wp/2018/01/05/can-china-really-take-over-taiwan/?utm_term=.406396b2749c

Sur l’invasion éventuelle de Taïwan par la Chine continentale : http://www.scmp.com/comment/insight-opinion/article/2126541/china-planning-take-taiwan-force-2020

  • Protectionnisme américain et sanctions commerciales.

En plus de ses questions géostratégiques et géopolitiques reposant sur la question taïwanaise, Donald Trump a annoncé le 22 mars la mise en place de mesures punitives portant sur près de 60 milliards d’importations chinoises, pour répondre aux pratiques commerciales jugées déloyales de la RPC. De plus, Washington a déposé plainte devant l’OMC contre la RPC pour violation de la législation sur la propriété intellectuelle.

Ces mesures font écho à la politique protectionniste promise par Trump lors de sa campagne présidentiel. Dans un tweet partageant le discours suivant sa signature du « mémorandum ciblant l’agression économique de la Chine », Donald Trump rappelait en description que ”En tant que candidat, j’ai promis que si j’étais élu, j’utiliserais tous les outils légaux en mon pouvoir pour combattre le commerce injuste, protéger les travailleurs américains et défendre notre sécurité nationale. Aujourd’hui, nous avons pris un nouveau tournant décisif pour respecter cet engagement (As a candidate, I pledged that if elected I would use every lawful tool to combat unfair trade, protect American workers, and defend our national security. Today, we took another critical step to fulfill that commitment.)”. Le but de ces sanctions est clairement énoncé par Donald Trump : protection des travailleurs, de l’industrie et des technologie américaines et réduction de l’excédent commercial chinois avec les États-Unis, excédent qu’il a vivement attaqué lors de ce même discours.

En réponse à ces sanctions commerciales, la RPC avait publié le lendemain une liste de 128 produits américains pouvant être taxés de droits de douane de 15% ou 25% tels que les fruits frais, le vin, le ginseng, la viande de porc, l’acier et l’aluminium. Dans le même temps le ministère du Commerce chinois avait annoncé que « la Chine n’a en aucun cas peur d’une guerre commerciale ». Le 2 avril, elle a même officialisé cette riposte, en appliquant ces tarifs douaniers sur les 128 produits sélectionnés.

Sur le caractère contre-productif des sanctions économiques de Donald Trump : https://www.nytimes.com/2018/03/27/business/economy/trump-china-economy.html?rref=collection%2Fsectioncollection%2Fasia

🇮🇩 🇮🇩  INDONÉSIE : L’ASEAN ET L’AUSTRALIE, QUEL AVENIR ?

Dans une entrevue avec Fairfax Media, le président indonésien, Joko Widodo, aurait affirmé que l’entrée de l’Australie dans l’ASEAN, association économique et culturelle de dix pays d’Asie du Sud-Est, serait bénéfique pour la stabilité de la région. En effet, l’ASEAN est le troisième plus gros partenaire commercial de l’Australie, avec 100 milliards de dollars de transactions en 2016-2017. L’Australie a aussi des relations cordiales avec ces voisins, écrivant même dans son rapport L’Australie au siècle asiatique, que l’indonésien était l’une des langues à développer prioritairement dans le pays, à côté du chinois et de l’hindi. On trouve aussi 50 000 résidents singapouriens et un peu plus de 15 000 étudiants indonésiens dans ce pays de l’autre côté de la Terre. De plus, même si l’Australie n’est pas membre de l’ASEAN, elle accueille cependant à Sydney un sommet composé des représentants des dix membres de l’organisation, pour renforcer le commerce régional et la coopération contre le terrorisme.

Ce rapprochement entre l’Australie et l’ASEAN est cependant vu d’un mauvais œil par quelques ONG, car susceptible de renforcer les chefs d’État autoritaires de la région, comme Hun Sen, Premier ministre cambodgien et ancien Khmer rouge, ou Aung San Suu Kyi, qui garde le silence face aux persécutions de la minorité Rohingya à Myanmar, malgré sa position à la tête du gouvernement. De même, on pourrait se demander si des États aussi divers que l’Indonésie, avec ses 17 500 îles et sa variété ethnique, ou les Philippines, avec ces 170 groupes ethnolinguistiques, seraient vraiment prêts à accueillir dans leurs rangs un pays qui ne reconnaît que peu les droits de sa minorité indigène.

Pour en apprendre plus sur l’ASEAN : https://asiasociety.org/new-york/why-being-hugely-imperfect-secret-aseans-success

🇯🇵 🇯🇵 JAPON : LE GOUVERNEMENT JAPONAIS TOUJOURS PLUS FRAGILISÉ PAR LE SCANDALE

Le 19 mars dernier, à l’occasion de notre septième Point d’Actualité, nous vous présentions les enjeux du scandale entourant le premier ministre Shinzo Abe, sa femme, ainsi que d’autres membres du gouvernement japonais. L’affaire s’est poursuivie ces deux dernières semaines avec plusieurs moments forts que nous allons détailler.

Le 19 mars même, Shinzo Abe a pris la parole à la Chambre haute pour demander pardon en tant que chef de l’administration du pays, continuant à nier toute implication de lui-même et de sa femme dans la falsification des documents. L’information nous est apportée par le quotidien Asahi Shimbun dans cet article.

Le 20 mars, la coalition au pouvoir a accepté de convoquer à la Diète Nobuhisa Sagawa, pour qu’il témoigne sous serment. Pour rappel, Sagawa était chef de l’agence nationale des impôts et avait démissionné le 9 mars, vraisemblablement pour prendre la responsabilité de l’affaire. Il avait déjà pris la parole sous serment l’année précédente en tant que directeur général du ministère des finances et déclaré que tous les documents relatifs à la transaction avaient été jetés et que le ministère n’était pas et n’avait pas été en lien avec le groupe Moritomo. La coalition s’était longtemps opposée à sa venue mais la chute du PLD dans les sondages que nous avions évoquée dans notre précédent rapport et la menace de l’opposition de ne plus siéger en cas de refus l’a forcée à finalement accepter.

Nobuhisa Sagawa a donc engagé sa responsabilité pénale et pris la parole devant la Diète le 27 mars, risquant d’être poursuivi en cas de mensonge ou de refus illégitime de répondre à une question. Néanmoins, au total, il a refusé de répondre à plus de 50 questions, expliquant qu’en raison des enquêtes policières, il se devait de tenir le silence sur certains sujets. Il a déclaré que seuls les bureaucrates du ministère des finances étaient concernés par la falsification des documents et qu’il n’avait reçu de pression ni du premier ministre, ni de sa femme, ni du ministre des finances, Taro Aso. Interrogé sur la possibilité d’anticipation des bureaucrates des attentes de leurs supérieurs (le phénomène de « sontaku », bien connu au Japon), il est resté évasif. Pour plus de détails, le journal Japan Times a réalisé un compte-rendu du témoignage de Sagawa en libre accès sur son site internet.

Le manque de détails avec lequel Sagawa a témoigné a provoqué la colère de l’opposition. Le Premier ministre a déclaré le 28 mars qu’il avait suivi avec attention ce témoignage, mais qu’il refusait de se positionner sur sa qualité, préférant s’en remettre à l’avis des citoyens, comme l’explique le quotidien Asahi Shimbun ici. Alors que les sondages montrent une chute de popularité du LDP de plus en plus importante, l’opposition, restée sur sa faim (comme le montrent ces témoignages), réclame une réelle clarification de l’affaire et appelle la coalition au pouvoir à faire venir la femme du premier ministre Abe Akie. L’affaire semble loin d’être terminée.

🇯🇵  🇯🇵  JAPON : LA PEINE DE MORT POUR LES MEMBRES D’AUM ?

En mars 1995, la secte Aum Shinrikyo avait orchestré une attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, attentat qui avait fait 13 morts et plus de 6 000 blessés. Cet attentat, le plus terrible de l’histoire contemporaine japonaise, a profondément marqué les esprits au Japon. En 1994, les membres d’Aum Shinrikyo avaient déjà commis l’attentat au gaz sarin de Matsumoto et l’assassinat de Tsutumi Sakamoto, de sa femme et de leur bébé âgé de seulement 14 mois. Aujourd’hui, le gourou Shoko Asahara et douze membres de la secte attendent leur exécution. Le transfert de ces hommes dans d’autres centres de détention pendant le mois de mars laissent à penser qu’ils seront prochainement pendus.

Cette pendaison prochaine a cependant ravivé les critiques des associations internationales de défense des droits de l’Homme contre la pratique japonaise de la peine de mort. Amnesty International, entres autres organisations, a en effet condamné les pratiques qui consistent à garder les condamnés en isolement pendant des années avant que ces derniers n’apprennent leur sort, quelques heures avant leur exécution.

Au japon, Aum existe toujours, sous le nouveau nom d’Aleph, et continue de considérer Asahara comme un être suprême. De plus d’autres mouvements dissidents se rattachent à la pensée et aux principes d’Aum. La mort du gourou historique pourrait peut-être permettre de refermer ce chapitre douloureux de l’histoire japonaise. Toutefois, des voix s’élèvent contre la pendaison des membres de la secte, soulignant le fait que ce traitement les ferait apparaître comme des martyrs et permettrait aux sectes issues d’Aum de recruter de nouveaux membres.

Le communiqué d’Amnesty international sur la peine de mort au Japon : https://www.amnesty.fr/peine-de-mort-et-torture/actualites/lexecution-de-13-membres-de-la-secte-aum-shinrikyo

🇵🇰 🇵🇰 PAKISTAN : MALALA YOUSAFZAI, DE RETOUR AU PAYS APRÈS PRÈS DE SIX ANS D’EXIL

« Prenons nos livres et nos stylos, ce sont les armes les plus puissantes. L’éducation est la seule solution, l’éducation est la priorité ». Ces paroles sont celles que la Pakistanaise Malala Yousafzai a prononcées lors d’un discours à l’ONU en juillet 2013. Cinq ans et demi après avoir miraculeusement échappé à une tentative d’assassinat par les talibans en raison de son engagement pour l’éducation des jeunes filles, Malala est revenue dans son pays natal pour un bref voyage de quatre jours. Le programme de sa visite éclair est toutefois demeuré secret, pour éviter tout risque d’attaque des talibans pakistanais. Après s’être entretenue avec le Premier ministre, Shahid Khaqan Abbasi, à Islamabad, elle a pu revoir sa maison d’enfance et ses proches dans sa région natale du Swat, située au nord-ouest du Pakistan. La sécurité dans cette région demeure précaire malgré les opérations de pacification menées par les forces armées pakistanaises. Prix Nobel de la Paix en 2014, Malala Yousafzai a partagé cette distinction avec le militant indien pour les droits des enfants, Kailash Satyarthi. Tout un symbole lorsque l’on sait les tensions persistantes entre l’Inde et le Pakistan. Actuellement étudiante à Oxford en sciences politiques et philosophie, la jeune activiste de vingt ans entend revenir dans son pays une fois ses études terminées afin de poursuivre son combat en faveur de l’éducation.

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