『 CINÉMA 』À la verticale de l’été par Trần Anh Hùng

            Sorti en salle en 2000, À la verticale de l’été (Mùa hè chiều thẳng đứng) est un film de Trần Anh Hùng, réalisateur français d’origine vietnamienne, arrivé en France en 1975 à l’âge de douze ans en tant que réfugié. On lui doit également, entre autres, L’odeur de la papaye verte (1993) ou, plus récemment, l’envoûtant Éternité (2016).

            Pour ce troisième long-métrage, Trần a choisi, comme pour ses deux précédents films, de planter sa caméra au Vietnam et plus particulièrement, à Hanoï, au service d’un synopsis dont la simplicité est en réalité trompeuse pour le spectateur :

« À Hanoï, trois sœurs, Lien, Suong et Khanh se retrouvent pour un repas d’anniversaire. Derrière leur complicité apparente se cache en fait un secret… »

               À la verticale de l’été n’est pourtant pas un film reposant sur le suspens d’un secret familial. La poésie l’emporte sur l’intrigue tout en permettant au réalisateur d’évoquer différents thèmes comme la famille, les relations fraternelles et sororales ou encore l’amour. Ainsi, chacune des sœurs incarne un aspect de cette dernière thématique, leurs secrets comme leurs désirs se croisant et s’entrecroisant le temps d’un été chaud et humide dont la capitale vietnamienne a, elle aussi, le secret.

               Liên (Trần Nữ Yên Khê), la plus jeune des trois sœurs – et la seule encore célibataire – vit avec son frère dans la maison familiale. Leur réveil, soit dans des lits voisins soit dans le même lit, tout en soulignant l’ambiguïté de leur relation, devient rapidement une scène récurrente du film, symbolisant la langueur et l’indolence de chaudes journées estivales qui se succèdent sans totalement se ressembler. Liên semble incarner la jeunesse vietnamienne dans toute sa naïveté et son inexpérience. Son secret est le reflet de sa méconnaissance des relations sexuelles et semble faire écho à des problématiques réelles au sein de la société vietnamienne, telle la contraception. Il est pourtant traité avec une insouciance, qui contraste avec la situation de sa sœur Suong (Như Quỳnh).

               En effet, cette dernière se trouve au cœur d’une double relation adultérine : son mari, un photographe, part régulièrement rejoindre une autre compagne et leur enfant dans le cadre paradisiaque de la baie d’Halong. Pendant son absence, Suong retrouve son amant, dont elle ne parvient pas à se séparer. L’été devient alors synonyme de révélations, d’aveux et, par conséquent, de choix.

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            Enfin Khanh (Lê Khánh), sans doute la plus discrète des trois sœurs, est enceinte et choisit de l’annoncer d’abord à son époux. C’est l’expérience de celui-ci qui est alors mise en avant par Trần : lors d’un voyage d’affaires, il est soumis à la tentation de l’adultère alors qu’il rencontre une aussi belle que mystérieuse jeune femme dans son hôtel.

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             À travers ces deux derniers récits entremêlés, c’est l’absence et la distance qui semblent mettre à mal les liens sentimentaux existant entre les différents couples. Face à cela, la tendresse entre les trois sœurs apparaît comme plus solide, résistant à toutes les épreuves. Le partage des secrets entre sœurs devient un moyen de les alléger, procurant réconfort et soulagement.

               À la verticale de l’été offre également un portrait, teinté de poésie, de la société vietnamienne à plusieurs égards. C’est d’abord l’importance de la famille qui transparaît tout au long du film. Elle ne repose pas seulement sur le lien fort entre Liên, Suong et Khanh. Ces dernières se retrouvent pour préparer une première fois pour préparer la cérémonie en l’honneur de leur mère défunte. Les ancêtres – et plus particulièrement les parents – sont les témoins silencieux des événements, comme le soulignent certains plans intégrant l’autel qui leur est dédié.

            Au fil du film, on retrouve cette ambiance propre à Hanoi : ses cafés et restaurants, ses fortes pluies estivales, ses séances de gymnastique… renforcées par un tournage en vietnamien et hors studio.

            Le réalisateur prend d’ailleurs le temps de jouer avec les subtilités de la langue vietnamienne, reflétant la complexité des relations amicales et sentimentales qui structurent son film : Liên et Hai, un de ses amis visiblement amoureux d’elle, partagent la même date de naissance et s’appellent réciproquement « grand frère » (anh) et « grande sœur » (ch). Leur entourage les encourage à intensifier leur relation et suggère ainsi à Hai d’utiliser « petite sœur » (em), comme le fait un mari envers sa femme.

Sara Legrandjacques

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