『 CINÉMA 』Kaïro par Kiyoshi Kurosawa

Kaïro (Pulse en anglais) est un film d’horreur réalisé par Kiyoshi Kurosawa. À la sortie du film en 2001, ce dernier a déjà vingt ans de carrière derrière lui. Connu tout d’abord comme auteur de films de série B et films érotiques (pinku eiga en japonais), Kiyoshi Kurosawa ne s’intéresse au genre thriller qu’à partir des années 1990. Ce genre fait son succès. C’et en effet avec le film Cure en 1997 qu’il se fait connaître. C’est aussi ce film qui donne le ton à la suite de sa carrière de réalisateur :  formes fantomatiques, solitude des personnages, mise en scène esthétisée… des thèmes que l’on retrouve dans les films d’horreur qu’il réalise ensuite. Ses derniers succès en France sont Shokusai (2012) et Creepy (2016).

Kaïro est une histoire placée dans le contexte de l’avènement du numérique et d’internet. Le film met en scène une suite de mystérieux suicides et décès à Tokyo, des évènements qui mènent à une déliquescence de la société. Tout au long du film, on suit différents personnages qui reçoivent des appels téléphoniques inconnus et voient des visages appelant à l’aide apparaître sur leurs écrans d’ordinateur, sans comprendre la provenance de tels messages ni leur raison. Ils doivent également faire face au suicide inexpliqué de proches. En tentant de comprendre ce qu’il se passe, les personnages rentrent un à un dans le jeu de ces messages, jeu qui les mène dans « la chambre interdite »…

A travers ce film, Kiyoshi Kurosawa met en scène une société qui se décompose du fait des nouvelles technologies : les personnages sont harcelés par des images et des voix qui s’imposent à eux à travers leurs téléphones, ordinateurs et télévisions. Le réalisateur dénonce l’isolement auquel mène l’usage des technologies : malgré les appels au secours, les personnages ne sont pas capables de s’entraider et de se sauver mutuellement, notamment lorsque l’un d’entre eux se trouve aux prises de ce harcèlement. Il surfe également sur les appréhensions que suscite l’avènement d’internet : une peur de la puissance des ordinateurs, une inquiétude vis-à-vis de la protection des données personnelles, des phénomènes d’addiction… Le film met également en lumière des maux de la société japonaise de l’époque, que l’on pourrait retrouver aujourd’hui : le conflit constant entre la prédominance de la dynamique collective et le rejet de cette société désinvidualisée par certains de ses membres qui préfèrent mettre fin à leurs jours ou s’isoler et s’enfermer dans les mondes fictifs apportés par la japanimation.

La mise en scène sublime par ailleurs l’intrigue. On retrouve des mouvements de caméras et des éléments caractéristiques des films d’horreur : la caméra ne filme pas toujours du point de vue des personnages mais les montre de dos, s’avance dans une pièce ou se rapproche d’eux de manière autonome si bien qu’on a l’illusion qu’un autre personnage se déplace dans le cadre. Puis cet effet s’évanouit, et on a l’impression d’avoir assisté à l’apparition furtive d’un fantôme qu’on sentait sans pourtant voir. Le cadre du film est également finement choisi, transmettant une ambiance lourde voire étouffante, à l’image de l’isolement que vivent peu à peu les personnages. Les habitations japonaises se prêtent bien à cela avec leurs petites fenêtres aux rideaux toujours fermés et la lumière artificielle blême qui les remplit. Est mis en scène dans ce film un Tokyo à la fois résidentiel et industriel où roulent des bus vides, à la nuit tombée. On sent qu’on se situe à la périphérie de la ville, là où poussent des rangées d’arbres dans des allées larges et vides où l’on ne croise personne. Le film développe ainsi, en filigrane, une réflexion sur la ville japonaise et ses liens avec l’isolement des habitants. A contrario, lorsque les personnages se rencontrent les lieux mis en scène sont souvent lumineux, le spectateur peut enfin respirer. La figure du fantôme est en outre omniprésente, à travers les rideaux qui se soulèvent, les draps, les jeux de lumière, transposant (ou parodiant ?) la figure du fantôme traditionnel de la culture japonaise dans ce Japon de plus en plus urbain et individualiste.

Outre l’ambiance très années 1990  que l’on retrouve dans le contexte des débuts d’internet, de l’urbanisation triomphante et du triomphe des pachinkos (casinos japonais) ou encore dans les styles vestimentaires – ambiance qui n’est pas sans rappeler le Japon actuel – et son intrigue bien ficelée, le film renvoie à une tendance très japonaise de voir les progrès technologiques et l’urbanisation comme un danger pour l’homme, allant contre un état de nature initial. On retrouve cela dans d’autres films comme Akira de Katsuhiro Otomo, les films d’Hayao Miyazaki, Gojira d’Ishiro Honda.

Annonciade Bazot

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