Point d’Actualité du 19 février 2018

Deux fois par mois, les étudiants membres de l’Association de la Sorbonne pour les Mondes Asiatiques vous présentent un résumé de l’actualité asiatique. Voici ce qu’il s’est passé depuis le 21 décembre !

 

🌏 🌏 MER DE CHINE : NAUFRAGE DU MT SANCHI ET MARÉE NOIRE

Le 6 janvier 2018, un pétrolier iranien du nom de MT Sanchi transportant des hydrocarbures est entré en collision avec un vraquier (1) hongkongais au large de Shanghai. La cargaison a rapidement pris feu et provoqué des rejets de nuages toxiques importants. L’incendie a duré plusieurs jours, pendant lesquels les agences de police maritime coréennes et chinoises ont bravé le risque d’explosion et se sont activées avec la marine étatsunienne pour lutter contre les incendies et tenter de retrouver les 32 membres de l’équipage du navire, en vain : seulement trois corps ont été retrouvés. Le 14 janvier, le navire a coulé. Il se trouve aujourd’hui à 115m de profondeur.

Le 22 janvier, Le monde a publié des images de l’incendie et des colonnes de fumées venues des pompiers chinois sur place : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/video/2018/01/22/naufrage-en-mer-de-chine-de-nouvelles-images-montrent-l-interieur-du-petrolier-sanchi_5245292_3216.html

Rapidement après le naufrage, la nappe d’hydrocarbures qui entourait le lieu de la collision a gagné en volume, atteignant une superficie comparable à celle de la ville de Paris. L’hydrocarbure transporté par le Sanchi, du condensat, est un hydrocarbure léger et peu soluble. La conséquence est un étalement rapide à la surface de l’eau, ainsi qu’une possibilité d’évaporation rapide, et donc une dissémination à la fois par la mer et par les airs et un risque important à la fois pour les populations marines et pour les pays proches où se répandraient les nuages. Le Sanchi transportait également du fioul pour son fonctionnement, un fioul lourd du même type que celui échappé de l’Erika en 1999. Les quantités n’étant cependant pas comparables, c’est surtout autour du condensat que les inquiétudes tournent.

Christophe Rousseau, directeur adjoint du centre de recherche sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE) a présenté la situation en répondant à quelques questions pour le journal 20 minutes : https://www.20minutes.fr/planete/2204923-20180118-naufrage-petrolier-mer-chine-peut-attendre-diminution-rapide-nappe

En effet, la région de la collision fait aujourd’hui face à un risque important de marée noire. Dès le 16 janvier, le National Oceanography Centre prévoyait un risque de contamination aux îles japonaises avant la fin du mois de janvier et à la capitale japonaise pour la mi-février. Les côtes coréennes risquent également d’être touchées dans les prochaines semaines.

L’article en question ici :  http://noc.ac.uk/news/sanchi-oil-spill-contamination-could-reach-japan-within-month-update

En début février, des substances ont été retrouvées échouées sur des îles du sud du Japon. Les signalements n’ont cessé d’être multipliés depuis. Les autorités demandent aux habitants de ne pas nettoyer les substances par eux-mêmes, un mauvais traitement pouvant représenter un risque plus grand pour l’environnement. Un article du monde présente les risques pour les îles concernées et la manière dont les autorités tentent de lutter : http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/02/06/le-japon-face-a-la-menace-d-une-maree-noire_5252436_3244.html

(1) Un vraquier est un bateau transportant des produits en vrac

 

 

🇨🇳 🇨🇳  CHINE : UN RAPPROCHEMENT AVEC LE VATICAN ?

Il semblerait que des relations officielles pourraient bientôt être établies entre la Chine et le Vatican. Cependant ce rapprochement inquiète les catholiques chinois souvent victime de persécutions dans leur pays. En effet, l’Église catholique chinoise se divise en deux branches, une Église officielle dite patriotique et contrôlée par les autorités chinoises et une Église clandestine dont les évêques sont nommés par le Vatican. Selon certaines sources, le Vatican serait prêt à reconnaitre sept évêques consacrés par le régime chinoise. Récemment, il a également demandé à deux évêques reconnus par le pape de prendre leur retraite et donc de laisser leur place à des évêques proches du pouvoir. Le but de ces concessions majeures serait pour le Vatican d’obtenir un droit sur la nomination des évêques en Chine. Cependant en se rapprochant du Parti Communiste Chinois (PCC), le Vatican risque surtout de ne plus pouvoir critiquer les privations de libertés dont sont victimes les Chinois. L’accord qui se prépare entre le Vatican et la Chine semble se présenter comme une soumission déguisée du Vatican, qui n’aura plus son mot à dire, au pouvoir chinois.

 

🇰🇵 🇰🇵 CORÉE DU NORD : TRÊVE OLYMPIQUE AVEC LE SUD ET BAL DIPLOMATIQUE

Lors de l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Pyeonghcang 2018, les athlètes nord et sud-coréens ont paradé ensemble sous le drapeau de la réunification, à fond blanc avec la péninsule unifiée de couleur bleu clair au centre. Une poignée de main historique entre le président sud-coréen, Moon Jae-in, et la sœur du grand leader nord-coréen, Kim Yo Jong, fut aussi filmée dans la loge d’honneur durant le défilé d’ouverture des jeux. L’absence de participation de l’équipe russe aux jeux d’hiver de 2018 à cause d’un scandale de dopage généralisé a donc été quasiment éclipsée par ce bal diplomatique complexe entre les deux entités coréennes, ainsi que par les chants minutieusement millimétrés des pom pom girls nord-coréennes, toutes de rouge vêtues. Seul faux départ lors de cette cérémonie d’ouverture, le commentaire malvenu d’un commentateur sportif de la chaîne américaine NBC au sujet de l’héritage colonial japonais dans la péninsule coréenne.

 

🇰🇷 🇰🇷 CORÉE DU SUD : L’HÉRITIER DE SAMSUNG LIBÉRÉ DE PRISON

Loin des pistes de ski de Pyeongchang, les cours de justice coréennes se préparent déjà aux Jeux olympiques japonais de 2020, dans leur gymnastique judiciaire à l’endroit de l’héritier de Samsung, Lee Jae-yong, accusé de corruption dans le scandale qui a mené à la destitution de l’ancienne présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, l’année dernière. En effet, alors que le vice-président de Samsung Electronics avait été condamné à cinq ans de prison pour un pot de vin de 7,2 milliards de wons (5,2 millions d’euros) donné à la confidente de l’ancienne présidente sud-coréenne, la sentence a cependant été changée pour trente mois de prison avec sursis et libération immédiate. Cette décision surprenante viendrait du fait que le pot de vin aurait été donné de manière forcée et non volontaire, et que la somme offerte ne dépasserait pas les 3,6 milliards de wons (2,7 millions d’euros). Cependant, ce revirement de situation affaiblit considérablement la campagne d’éradication de la corruption menée par le président Moon Jae-in depuis son arrivée au pouvoir en mai dernier.

 

🇮🇳 🇮🇳 INDE : POLÉMIQUES AUTOUR DU FILM PADMAAVAT ; MISE EN PLACE D’UN « MODICARE » ET NOUVEAU PLAN POUR LES AGRICULTEURS

Le 25 janvier, sortait un Inde Padmaavat, le nouveau film de Sanjay Leela Bhansal. Prévu initialement en décembre, sa sortie a été retardée suite à de nombreuses polémiques le concernant. L’histoire de Padmaavat est celle de la princesse rajpute Padvamati qui aurait vécu au XIIIème et qui se serait immolée par le feu afin d’échapper aux avances de l’empereur musulman Allaudin Khilji.  Adaptation d’un poème médiéval, le film a été vivement critiqué par des communautés rajputes et musulmanes.

Avant sa sortie en salle, des rajputs accusaient cette superproduction hollywoodienne de vouloir humilier la population rajpute. L’origine de ces accusations part d’une rumeur de scène intime rêvée par le sultan avec la princesse hindou, perçue comme humiliante pour la communauté rajpute. Bien que le réalisateur ait réfuté cette rumeur, de nombreuses manifestations ont eu lieu et l’un des plateaux de tournage a été vandalisé.  Au Rajasthan ainsi qu’au Gujarat, où vivent la majorité des rajputs indiens, le film avait été interdit de sortie en salle avant que la Cour Suprême indienne annule ces décisions. Cependant, le parti au pouvoir dans ces deux régions, le Bharatiya Janata Party (BJP) a appelé au boycott de ce film.

        Après la sortie en salle du film, il s’est avéré que ce soit les musulmans indiens les plus mécontents de la production bollywoodienne. Ils ont dénoncé son caractère islamophobe. En cause, la représentation du prince musulman, dépeint comme barbare et sanguinaire.  Très polémique, ce film a également été accusé d’homophobie et de misogynie.

Bande annonce du film : https://www.youtube.com/watch?v=8YaF2m7hCx0

Différentes critiques du film :

https://www.washingtonpost.com/news/global-opinions/wp/2018/02/06/padmaavat-is-pure-misogyny-dressed-up-in-diamonds-and-drama/?utm_term=.6eb84db51c02 (sur la misogynie du film)

http://indianexpress.com/article/opinion/columns/the-unlikely-desires-of-padmaavat-rajput-khilji/

***

Le gouvernement Narendra Modi mettra prochainement en place une assurance-maladie pour les familles défavorisées en Inde. Le ministre des finances indien, Arun Jaitley, parle d’un « Modicare » ; il est censé bénéficier à près de 100 millions de foyers, soit environ un demi-milliard d’individus. Le « Modicare » devrait être financé par les fonds publics pour permettre une prise en charge des traitements médicaux.  Le dispositif devrait démarrer en avril et fait partie du projet de loi de finances pour l’année 2018-2019.  Le plafond d’aide monétaire est fixé à 500 000 roupies, soit 6 265 euros par personne et par an en cas de maladie grave. Selon certaines estimations, le Modicare représenterait un financement annuel de 110 milliards de roupies, soit 1,4 milliards d’euros. Comme aucun crédit n’a été demandé pour mettre en place ce projet, et que l’État fédéral a affirmé que sa contribution ne pourrait pas dépasser 70 milliards de roupies par an, beaucoup se posent des questions au sujet des 40 milliards restant. Les 29 États fédérés de l’union indienne seront donc normalement sollicités pour finaliser ce projet.

Pour aller plus loin : http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/05/le-gouvernement-modi-promet-une-assurance-maladie-a-500-millions-d-indiens-defavorises_5252020_3234.html

***

Le secteur agricole représente la moitié des travailleurs indiens. Le gouvernement Modi souhaite aider ce secteur aujourd’hui en difficulté, et plus précisément les zones rurales qui sont frappées par une crise agricole. Pour remédier à ces problèmes, le ministre des finances, Arun Jaitley, a fait la promesse que les agriculteurs « toucheraient » à l’avenir « 1,5 fois le prix de la production de leurs denrées ». Jaitley parle aussi de désenclaver les villages reculés et a annoncé la construction de 50 000 km de routes. Il s’est fixé d’autres objectifs, notamment celui de subventionner la vente de bonbonnes de gaz et de raccorder 40 millions de foyers à l’électricité. Le budget alloué à ces projets n’étant que de 250 millions d’euros, beaucoup voient en son discours de simples promesses plutôt qu’une réelle volonté de faire avancer le secteur agricole sur de meilleures bases.

Pour aller plus loin : http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/02/l-agriculture-nouvelle-priorite-du-budget-indien_5250741_3234.html

 

 

🇲🇨 🇲🇨 INDONÉSIE : MAUVAIS TEMPS POUR LA COMMUNAUTE LGBT

Déjà violemment malmenée par les razzias et la violence physique du Front de défense de l’Islam, la communauté LGBT d’Indonésie se voit maintenant attaquée par le parti Alliance pour l’amour de la famille, qui utilise la législation pour tenter de limiter les droits de la communauté LGBT en vue de s’attirer les votes de l’électorat indonésien conservateur. Alors que certains groupes et médias conservateurs avaient pris l’habitude d’associer l’expression LGBT aux termes « pédophilie », « infection au HIV », « influence occidentale », ou autre stigmatisation, et que la police de la province semi-autonome d’Aceh, seule du pays à encore suivre la loi de la charia, avait interpellé de femmes transgenres en janvier pour leur couper les cheveux et mettre des habits d’hommes, ce sont maintenant des hommes politiques qui portent des propos homophobes contre les LGBT et demandent une révision du Code pénal pour entraver les droits de ce groupe. Face aux discriminations pénales en phase d’être mises en place dans la législation indonésienne, tel que l’emprisonnement pour rapports sexuels hors mariage, le haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a donc dû intervenir pour mettre en garde le président indonésien, Joko Widodo, contre ces dérives haineuses à l’endroit de la minorité LGBT.

L’intellectuel et militant LGBT, Hendri Yulius, prend la parole dans le Jakarta Post pour expliquer la situation des LGBT en Indonésie : https://www.courrierinternational.com/article/indonesie-lgbt-un-sigle-qui-fait-peur

 

🇵🇭 🇵🇭 PHILIPPINES : LE VOLCAN MAYON EN ÉRUPTION, LES POPULATIONS ÉVACUÉES

Le volcan Mayon, le volcan le plus actif de l’archipel philippin et situé sur l’île de Luçon est entré en éruption le mardi 23 janvier. La veille, l’agence volcanologique philippine avait prévenu les habitants d’une éruption imminente, car le volcan présentait une activité anormale depuis début janvier. Il s’est mis à rejeter une fontaine de lave d’une hauteur allant jusqu’à 600 mètres mardi, ainsi que des nuages de fumée allant jusqu’à 5 km de hauteur. Les habitants ont été encouragés à quitter les alentours du volcan, car la zone de danger n’a cessé d’être étendue par les autorités depuis lundi. Une évacuation du bétail a également été prévue. À ce jour, plus de 75 000 Philippins ont déjà quitté les lieux, mais tous n’acceptent pas de partir. Les Philippins évacués sont rassemblés dans des camps de fortune, dormant par terre et partageant les installations sanitaires, même si les autorités et associations fournissent des aides aux réfugiés. D’un autre côté, selon les hôteliers de la région, des touristes venus des États-Unis, d’Europe et aussi d’Asie se seraient déplacés pour pouvoir observer l’éruption.

Le Monde a fait, le 24 janvier, un résumé de la situation d’évacuation en images : http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/24/aux-philippines-des-milliers-de-personnes-fuient-la-menace-du-volcan-mayon_5246389_3244.html

Aujourd’hui, les habitants évacués continuent de vivre dans des refuges de fortune, du fait de leur nombre. Ainsi, des fonds ont été débloqués par le président Duterte pour répondre à la crise, qui représentent une somme insuffisante selon les responsables locaux. À cause des mauvaises conditions d’accueil des Philippins, certains habitants ne tenant plus ont décidé de retourner chez eux et certains éleveurs et agriculteurs font l’aller-retour régulièrement pour nourrir leur bétail et veiller sur leurs installations, malgré le danger et les injonctions d’évacuation.

Rapport du Strait Times sur les conditions de vie des réfugiés : http://www.straitstimes.com/asia/se-asia/living-in-mayons-shadow

On peut s’attendre à un maintien de l’activité du volcan pendant plusieurs semaines, jusqu’à deux mois selon les spécialistes. Les craintes sont aujourd’hui multiples. Par exemple, si le cratère est congestionné par la lave et que le gaz en fuite s’y accumule, on peut s’attendre à une explosion qui mettrait en jeu les vies des habitants, même éloignés. Une autre crainte, importante, est celle du phénomène de « lahars », coulées boueuses dévastatrices causées par de fortes pluies mêlées à une éruption.  Ainsi, en 1986, une éruption qui n’avait pas fait de victimes directes avait fini par prendre la vie d’un millier de personnes, quatre mois plus tard, après les pluies d’un typhon. Des pluies ayant été remarquées près du cratère, les populations près des rivières ont donc été sommées d’évacuer leurs habitations.

Science et avenir explique le phénomène des lahars dans cet article : https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/philippines-des-coulees-meurtrieres-redoutees-autour-du-volcan-mayon_12027

 

🇸🇬 🇸🇬 SINGAPOUR : DES JARDINS DANS LA DEUXIÈME VILLE LA PLUS DENSE DU MONDE

Singapour a décidé de se mettre à la page du développement durable en 2018 par une initiative du Bureau des parcs nationaux local (National Parks Board), qui a décidé d’ouvrir une campagne de location de jardins dans les parcs de la ville. Ce programme s’est donc fixé pour but la création de quelque 1 000 « jardins-lots » (« allotment gardens ») de 2,5 m2 chacun, dans dix parcs de Singapour. Chaque lot pourrait être loué pour un prix de 57 $ par an. Ce nouveau plan de développement durable constitue cependant un défi de taille pour cette cité État composée de 63 villes, dont la plus grande fait 584,8 km2, aussi connue pour être la deuxième ville la plus densément peuplée du monde après Monaco.

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