『 CINÉMA 』Hana-bi par Takeshi Kitano

Hana-bi (feux d’artifice en japonais) est un film de Takeshi Kitano sorti en 1997. Le réalisateur s’était fait connaître en Europe dès la sortie de son film Sonatine, mélodie mortelle en 1993.  C’est cependant avec Hana-bi que sa renommée a atteint un apogée. Le film a obtenu de nombreux prix européens (Lion d’or du festival de Venise par exemple). Au Japon, Takeshi Kitano est surtout connu comme acteur, jouant entre autres dans les films de Nagisa Oshima (Furyo en 1983, Tabou en 2000), mais aussi comme animateur d’émissions télévisées. Les deux aspects de sa carrière sont si antinomiques qu’il porte des noms différents selon qu’il travaille comme animateur ou comme auteur : son nom d’animateur et de comique est Beat Takeshi et son nom d’auteur Takeshi Kitano. Pour les Japonais, il est avant tout Beat Takeshi, et son succès comme réalisateur est bien moindre au Japon qu’à l’international. Il faut dire que Kitano ne peint pas la société japonaise sous son meilleur jour. Ses films mettent souvent en scène une violence ouverte qui détonne dans une société où l’harmonie (wa) doit prévaloir, des vies marginales subies ou choisies, ainsi qu’une certaine tristesse. On pourrait peut-être ainsi dire que Takeshi Kitano dévoile, dans ses films, les violences physiques et psychologiques constitutives de la société japonaise.

Hana-bi s’intègre tout à fait à cette logique. C’est l’histoire d’un policier, mari et père, Nishi Yoshitaka, qui faillit à remplir ses trois rôles : sa fille est morte, son épouse, Miyuki, est atteinte d’une leucémie incurable et son collègue, Horibe, devient tétraplégique suite à une fusillade de rue durant laquelle Nishi était absent. Le héro est en outre endetté auprès de yakuzas et doit faire face à leurs menaces. Lorsque le médecin qui s’occupe de Miyuki lui conseille d’emmener cette dernière en voyage durant la dernière phase de sa maladie, Nishi décide de démissionner et de braquer une banque pour financer ce voyage. Ainsi commence un périple tout autour du Japon, se transformant peu à peu en course-poursuite avec les yakuzas…

Le personnage de Nishi est interprété par Takeshi Kitano lui-même, et caractérisé par sa sobriété et son calme à toute épreuve. Impassible au milieu de yakuzas le menaçant, ses gestes et son apparence sont extrêmement contrôlés – il porte par exemple des lunettes rondes et noires qui nous empêchent d’accrocher son regard, de voir même s’il cille – jusqu’à que, foudroyant, son bras s’abat sur celui qui lui fait face. Le jeu de Takeshi Kitano donne ainsi toute la mesure de l’histoire de son personnage : Nishi est rongé par la culpabilité et la haine, et de l’impossibilité de les dire ou de s’en défaire résulte une violence hallucinante et incompréhensible.

En filigrane, se dessine une critique de la société japonaise, qui conçoit les individus selon le rôle qu’ils occupent dans la société. Quelle échappatoire peut trouver celui qui ne s’y conforme pas, ou plus ?

Le film met ainsi aussi en scène la trajectoire de Horibe, le collègue de Nishi devenu tétraplégique. Immobilisé à vie, il est abandonné par sa femme et ses enfants. Retiré en bord de mer, il fait face à sa vie devenue absurde. Après une tentative de suicide, il se met à peindre. Il peint la nature autour de lui, des souvenirs de sa vie de famille. Des scènes le montrent face à mer, la peignant, et sa place sur la plage, entre mer et terre, symbolise sa position marginale : il est coincé dans une réalité qu’il ne peut pas quitter mais qui ne l’accepte plus. Les peintures, que l’on peut voir plus haut et qui sont présentées dans le film ont été réalisées par Takeshi Kitano lui-même, après un accident grave de moto, alors même qu’il ne savait pas s’il pourrait remarcher un jour.

Parallèlement à la violence de la société japonaise, Kitano met en scène la douceur des relations interpersonnelles, comme celle qui relie Nishi à sa femme. On les voit jouer ensemble, faire des feux d’artifice et contempler la nature en silence. Les mots ne peuvent pas exprimer ce qu’ils vivent mais ils recréent un langage commun dans leurs gestes et leurs regards, mimétique, répétitif, recréant l’univers de cette enfant qu’ils ont perdue.

Hana-bi est un grand film de Takeshi Kitano, complexe par toutes les thématiques qu’il aborde. Les scènes de violence ne sont jamais gratuites et trouvent leur sens dans le désespoir des personnages. Pour autant, la tristesse de ce film est paradoxalement poétique et lumineuse, portée par la musique de Joe Hisaishi.

En extrait, l’ouverture du film : https://www.youtube.com/watch?v=2mV0ZXGknDE&feature=youtu.be

 

Annonciade Bazot

 

 

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