『 CINEMA 』Tampopo, par Juzo Itami

Deuxième long-métrage de Juzo Itami, Tampopo, sorti en 1985, est aussi son plus grand succès en Europe et aux États-Unis. Le cinéaste est avant tout connu comme acteur et commence à tourner ses propres films tardivement, se spécialisant dans la comédie.

Si Tampopo fit date, c’est qu’il traite de manière originale et humoristique de la gastronomie japonaise, et du rapport des Japonais à la nourriture, en mobilisant des références cinématographiques nombreuses, se présentant comme un « western ramen », en référence au genre du western italien, développé à partir des années 1960, qu’on qualifia de « western spaghetti ».

La trame est simple, néanmoins déjà farfelue : Tampopo est une veuve d’une quarantaine d’années, qui a récupéré la petite échoppe de ramen que tenait son mari. Un soir de pluie battante, deux routiers s’y réfugient dans l’idée de se réchauffer autour d’un bon bol de ramen. Ils finiront par se battre avec d’autres clients puis sympathiser avec Tampopo et son fils, âgé d’une dizaine d’années. L’un des deux, Goro, finit par avouer à la patronne que ses ramen ne sont pas franchement les meilleures de la ville.

L’aventure commence : Goro apprendra à Tampopo à faire des ramen, et l’objectif fixé sera rapidement de faire le parfait bol de ramen. Le critère d’évaluation ? Que les bols vides laissés par les clients ne contiennent plus une goutte de bouillon…

La force du film vient de son mélange des genres : comédie satirique, western, film noir, film érotique, film à sketch, film initiatique… Ce qui fait du film-même un grand bol de ramen bien réussi. L’attachante Tampopo traverse ces genres comme elle travers les épreuves pour enfin parvenir à faire les meilleures ramen possibles : elle va tour à tour se muscler en transportant des grandes marmites d’eau bouillantes d’une table à une autre, espionner d’autres restaurants de ramen, venir y dîner discrètement, prendre les conseils d’un vieux clochard qui, sous des dehors rustres, cache un palais et des talents de grand chef….

Quant au personnage de Goro, c’est une parodie du cowboy dans les westerns. On le voit entrer dans l’échoppe, ouvrant grand la porte, le pas lourd, son chapeau mouillé enfoncé sur la tête. Mais contrairement aux vrais westerns, lui sauvera la veuve et l’orphelin par la cuisine.

Parallèlement à cette histoire, Juzo Itami glisse de saynètes indépendantes, mettant en scène les japonais et la nourriture : une chambre d’hôtel luxueuse est ainsi le cadre des ébats culinaires d’un couple, où l’on voit des crevettes vivantes tressaillir sur un ventre blanc ; On assiste aussi à une course-poursuite dans un supermarché entre un vendeur et une vieille femme qui prend un malin plaisir à enfoncer ses doigts dans les fruits, gâteaux à la crème et autres aliments moelleux ; On voit encore un clochard s’introduire dans une cuisine luxueuse dans le seul but de cuisiner un okonomiyaki.

Ce film s’inscrit dans la production culturelle japonaise à propos de la gastronomie, et peut nous faire penser aux mangas de Jiro Taniguchi, Le Gourmet solitaire et Les Rêveries d’un gourmet solitaire, ou bien la série Oishinbo, de Tetsu Kariya et Akira Hanasaki, parue en comics entre 1983 et 2008, et rassemblée en 111 volumes, qui mettent en scène les pérégrinations de grands gourmets anonymes, entre deux réunions de travail. Les trois œuvres ont en commun d’aborder la société japonaise par le prisme de la gastronomie, ce qui en fait de fait, malgré leurs multiples références et influences, des œuvres très japonaises.

Film léger, hymne à la gastronomie japonaise, Tampopo nous rappelle aussi que l’amour de la nourriture n’a pas de classe, qu’il rassemble les personnes les plus différentes et répare disputes, malheurs et malchances.

Annonciade Bazot

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