Point Actualité du 11 décembre 2017

Point actualité #2:


 

 

🇧🇩🇲🇲 BANGLADESH et BIRMANIE 🇲🇲🇧🇩

C’était la grande question que tous les commentateurs et journalistes se posaient : est-ce que le pape prononcerait le terme de Rohingyas lors de son voyage en Asie? Au terme d’un voyage d’une semaine du lundi 27 novembre au samedi 2 décembre où il a passé 4 jours en Birmanie puis 3 jours au Bangladesh le Pape a prononcé le mot tant attendu le 1er décembre après s’être entretenu avec 16 réfugiés rohingyas.

Alors que les attentes internationales autour de l’étape birmane du pape et la pression médiatique étaient fortes, lors de ses élocutions à Rangoon et Naypyidaw le souverain pontife n’avait pas employé le terme de « Rohingyas » très controversé en Birmanie où beaucoup lui préfèrent le terme de « Bengalis » afin de renvoyer à la supposée situation clandestine de ces habitants de l’État de Rakhine. La simple utilisation du mot en Birmanie a déjà provoqué de violentes manifestations bouddhistes. C’est pour cela que le cardinal Charles Maung Bo avait exhorté le pape plus tôt en novembre de ne pas utiliser le mot afin d’éviter des représailles contre la minorité catholique du pays. Le pape n’a tout de même pas manqué d’utiliser des formules allusives mais aussi des termes forts pour faire référence à la condition des Rohingyas et à la crise humanitaire sans jamais les nommer.

La visite du pape ne se limitait pas seulement à des raisons strictement politiques et humanitaires. Elle fut également un moment de recueillement religieux pour les catholiques birmans et bangladais ainsi qu’une occasion pour le souverain pontife de visiter les églises locales. En Birmanie où près de 700 000 Catholiques vivent, la première messe publique célébrée par un pape a ainsi réuni des centaines de croyants venus de toute la péninsule indochinoise le 29 novembre à Rangoon

À la même période, Aung San Suu Kyi était en visite en Chine où elle rencontrait Xi Jingping. Cette rencontre entre la présidente birmane et son homologue chinois a permis à leurs deux pays de se rapprocher un peu plus alors que la Birmanie se retrouve de plus en plus isolée sur la scène internationale suite à la crise des Rohingyas.

Sur le voyage d’Aung San Suu Kyi en Chine et les liens Chine – Birmanie : https://www.nytimes.com/2017/11/30/world/asia/china-myanmar-aid-sanctions.html?rref=collection%2Fsectioncollection%2Fasia

🇰🇵 CORÉE DU NORD 🇰🇵

Dans l’espoir d’inciter à la création d’autres sanctions contre la Corée du Nord, Donald Trump, lors d’une réunion publique avec son Cabinet à la Maison Blanche, a annoncé lundi dernier avoir remis la Corée du Nord dans la liste des pays soutenant le terrorisme. Alors que cette annonce a été applaudie par plusieurs pays de la région, comme le Japon et l’Australie, la Corée du Sud, elle, se tenait prête à des représailles du côté nord-coréen, pourtant resté relativement silencieux. Pour contrecarrer l’effet d’une telle nouvelle, le Comité international olympique a cependant déclaré que la Corée du Nord était la bienvenue aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, malgré l’annonce de Washington.

La Corée du Nord, qui surprenait par son silence de 70 jours, a fait naître toutes sortes d’hypothèses à son sujet. Cependant, le mystère de cette inactivité a été résolu rapidement, puisque le régime nord-coréen a annoncé jeudi sur la chaîne nationale de télévision avoir lancé avec succès son nouveau missile balistique intercontinental, le Hwasong-15. Après deux mois de silence, la Corée du Nord réapparaît ainsi sur la scène internationale avec un missile récemment élaboré pour pouvoir atteindre le sol américain. Cette nouvelle, qui pourrait notamment ranimer l’animosité entre le grand leader Kim Jong-Un et le président américain, est aussi de mauvaise augure pour les Sud-Coréens, qui, malgré leur calme apparent, se crispent à chaque mouvement agressif de leur voisin du nord, comme l’avait expliqué l’auteure sud-coréenne, Han Kang, dans un article poignant du New York Times.

Pour en savoir plus sur les tensions entre nord et sud : https://www.nytimes.com/2017/10/07/opinion/sunday/south-korea-trump-war.html

🇰🇷 CORÉE DU SUD 🇰🇷

L’installation du système de missiles antibalistiques américain (THAAD) en Corée du Sud, mise sur pause lors de l’élection de Moon Jae-In en mai dernier, puis réactivée en août à cause de l’attitude de plus en plus agressive de la Corée du Nord, est encore sujette à polémique en Chine, qui craint que le dispositif ne menace sa sécurité. Alors que Cheong Wa Dae (la Maison Bleue) tente d’expliquer que le système a seulement pour but de dissuader les attaques nord-coréennes, l’administration de Xi Jinping insiste sur le fait que le THAAD pourrait être utilisé pour espionner les activités militaires chinoises. La méfiance des autorités chinoises quant au THAAD a même poussé le gouvernement chinois à interdire les agences de voyages de Beijing et du Shandong de proposer des voyages de groupe en Corée du Sud, en effet seulement partiellement rétablis cette semaine.

Pour mieux comprendre les tensions au sujet du THAAD : http://www.eastasiaforum.org/2017/06/20/thaad-is-no-easy-withdrawal-for-moon/

Sur un ton plus festif, la Corée du Sud continue la promotion des Jeux olympiques d’hiver qui se tiendront dans le district de Pyeongchang, à l’est du pays, en 2018, notamment à travers la tenue du Festival de la Corée, organisé à Singapour en novembre 2017, pour mettre en avant la culture coréenne.

D’ailleurs, toujours sur le thème de le coopération asiatique, Séoul a accueilli mardi le président du Sri Lanka, Maithripala Sirisena, dans le but de développer au maximum les relations de la Corée du Sud avec les nations d’Asie du Sud.

Enfin, au niveau social, Moon Jae-In a annoncé ce dimanche vouloir revoir la légitimité de la loi antiavortement, mise en place en Corée du Sud depuis 1953. Cette décision fait suite à l’envoi, en septembre dernier à la Maison Bleue, d’une pétition de 230 000 signatures demandant la décriminalisation de l’avortement dans le pays. En effet, il apparaît que sur 169 000 avortements effectués en 2010, 94% de ces actes ont été faits illégalement. Le gouvernement sud-coréen reconnaît donc l’urgente nécessité de réaménager cette loi des années 1950.

Pour en savoir plus sur la loi antiavortement sud-coréenne : http://www.koreatimes.co.kr/www/nation/2017/11/356_239938.html

🇳🇵NÉPAL 🇳🇵

Après des élections pour élire les gouvernements locaux au mois de juin dernier, les Népalais se sont rendus aux urnes ces deux dernières semaines pour constituer les assemblées nationale et provinciale. Les élections se sont déroulées en deux temps. Les habitants des montagnes du nord du pays ont été les premiers le 26 novembre. Le 7 décembre, ce sont les habitants du sud plus citadin et peuplé qui ont été invités à voter.

Ces élections pourraient être un moment décisif pour le pays qui a connu plusieurs décennies de difficultés et d’instabilité gouvernementale. C’est la constitution de 2015, fruit d’une volonté de transition démocratique amorcée depuis la fin de la guerre civile en 2006, qui prévoit ces élections. D’un type inédit au Népal, ces élections donnent de l’espoir aux Népalais, qui y voient la fin d’une instabilité ministérielle dévastatrice : ce ne sont pas moins de 26 gouvernements qui se sont succédés les 28 dernières années.

Lors du premier tour, de nombreux habitants des hauteurs, oubliés par les gouvernements successifs, n’ont pas hésité à parcourir le long chemin à travers les montagnes pour se rendre aux urnes. Les gouvernements ont longtemps promis des investissements à ces zones, qui n’ont ni routes ni systèmes de communication et peu d’infrastructures scolaires et sanitaires, sans jamais agir. De plus, après le tremblement de terre de 2015, les luttes politiques internes ont bloqué les reconstructions. Pour ces Népalais, la forme fédérale de la nouvelle république pourrait changer cet isolement en donnant du pouvoir aux régions.

Cependant, certains Népalais, qui ont refusé de voter, pensent que les résultats de ces élections ne seront pas différents des précédents. Pour eux, certains points des programmes tel que le wi-fi pour tous sont décalés des réalités de ces villages où les besoins primaires ne sont pas satisfaits. Enfin, le taux de corruption, le plus élevé d’Asie du Sud et de l’Est, est très décourageant pour ces populations.

Plus d’informations ici : https://www.washingtonpost.com/world/asia_pacific/why-a-village-of-sherpas-walked-for-hours-to-vote-in-nepals-election/2017/11/29/c5229e14-d3a3-11e7-9461-ba77d604373d_story.html?tid=a_inl&utm_term=.1e209dabb953

L’élection est également importante en Asie au regard de la position du Népal, entre influence indienne et investissements chinois. Le Népal a longtemps été sous la coupe de l’Inde, son premier partenaire commercial. Depuis quelques années, la Chine cherche à gagner en influence au Népal en investissant dans les infrastructures primaires (routes, hôpitaux, télécommunications), ce qui ne manque pas d’aviver les craintes de l’Inde. Au Népal, les dirigeants se sont emparés de la question dans leurs campagnes : l’alliance de gauche propose un revirement, surfant sur un sentiment anti-indien qui existe depuis 2015, alors que le parti du premier ministre sortant propose un équilibre qui permettrait au pays de gagner en souveraineté et d’être un acteur de la région. Cette idée n’a pas échappée aux Népalais, qui voient dans ces élections une prise de pouvoir de la nation népalaise.

En savoir plus ici : https://www.washingtonpost.com/world/asia_pacific/nepal-votes-thursday-will-china-or-india-come-out-the-winner/2017/12/05/41473934-d550-11e7-9ad9-ca0619edfa05_story.html?utm_term=.5fe32e2a6180

🇵🇰 PAKISTAN 🇵🇰

Le 27 novembre dernier le ministre de la justice Zhiad Hamid a du démissionné de son poste suite à une manifestation regroupant 2000 à 3000 islamistes à Islamabad organisée par le Tehreek-e-Labaik Ya Rasool Allah Pakistan (TLYRAP), un parti politique inscrit dans le mouvement Barelvi. Pour beaucoup d’observateurs, cette démission et les concessions gouvernementales sont une démonstration de force des islamistes modérés pakistanais ainsi qu’un signe de capitulation du gouvernement pakistanais.

Les manifestants se sont réunis suite à un amendement de la Constitution sur la loi du blasphème remplaçant la formulation «je jure solennellement que Mahomet est le dernier prophète de l’Islam» par « je crois » des déclarations des candidats aux élections. Depuis le 6 novembre, ils bloquaient la principale autoroute menant  à la capitale Islamabad.

L’effet de cette manifestation sur le pouvoir peut se comprendre par le rôle essentiel de ce groupe pour le gouvernement : leur tolérance a poussé le gouvernement pakistanais à les intégrer au champ du pouvoir face à la montée en puissance d’autres groupes islamistes moins tolérants. De ces événements le gouvernement et le TLYRAP tirent leur épingle du jeu : le gouvernement continue de garder auprès de lui un parti doté d’un fort capital religieux sur la scène politique et le TLYRAP continue de s’assurer une certaine puissance face à d’autres groupes islamistes.

Pour en savoir plus sur ce sujet et sur la libération de Hafiz Saeed, l’un des responsables présumés de l’attentat de Bombay de 2008: https://www.washingtonpost.com/world/asia_pacific/pakistan-is-making-concessions-to-religious-extremists-whats-the-cost/2017/12/01/ce5f7122-d3b8-11e7-9ad9-ca0619edfa05_story.html?utm_term=.952f0cbdc794

 

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